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Facebook : Mark Zuckerberg peine à convaincre le Parlement européen

Revue de presse 23.05.2018

Mardi 22 mai, le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, a été reçu au Parlement européen à Bruxelles pour une réunion avec le président de l'institution, Antonio Tajani et les chefs des groupes politiques. Une audition publique qui laisse de nombreuses questions sans réponses.

Mark Zuckerberg au Parlement européen

Le président du Parlement européen Antonio Tajani et le fondateur et PDG de Facebook Mark Zuckerberg. Crédits : European Union.

Avant le début de l'audition Challenges annonçait qu'après "être passé sur le gril pendant dix heures devant le Congrès américain les 10 et 11 avril [2018], le fondateur de Facebook [allait] maintenant s’expliquer devant le Parlement européen".

Mark Zuckerberg était reçu pour s'expliquer sur le "vol d'informations personnelles (…) et les fake news qui ont influencé des élections", rappelle Le Point. Le journal résume le mea culpa du patron de Facebook : "nous n'avons pas réussi à empêcher l'utilisation nuisible de nos outils ces dernières années (...) c'était une erreur, je suis désolé".

La Commission européenne s'engage contre les fake news

"La sécurité des gens sera toujours plus importante que la maximisation de notre profit", a-t-il également assuré [Les Echos]. Pour le PDG de Facebook, son entreprise n'était pas "préparée à de telles opérations de désinformation coordonnées" et a été trop lente pour identifier "les interférences russes" au moment notamment du référendum sur le brexit puis de l'élection présidentielle américaine [Le Point].

Les Echos rappellent que le cabinet de marketing politique Cambridge Analytica, "désormais en faillite", est "à l'origine du scandale" et donc de l'acte de contrition de M. Zuckerberg. En effet, entre 2014 et 2015, l'entreprise "a récupéré les données d'au moins 87 millions d'utilisateurs de Facebook [à leur insu], qu'elle a ensuite mises au service de Donald Trump, pendant la campagne américaine présidentielle de 2016, pour mieux cibler ses messages". A noter qu'au "au moins 2,7 millions" de ces utilisateurs sont "des citoyens de l'Union européenne" [Les Echos].

Pression des députés européens

Dans ce contexte, les chefs des groupes politiques du Parlement européen, invités à interroger le fondateur de Facebook, n'ont pas retenu leurs coups à son égard. Le Point cite notamment Guy Verhofstadt, chef des libéraux (groupe ALDE), selon qui des excuses ne suffisent pas. "Cela fait déjà trois fois que vous vous excusez depuis le début de l'année : êtes-vous vraiment capable de régler vos problèmes ? Avec autant de dysfonctionnements, il faut se poser la question", a-t-il lancé.

Selon le journal, qui loue la bonne compréhension des enjeux par les eurodéputés, "très peu de questions ont obtenu une réponse". "Est-il acceptable moralement de collecter et revendre des données ?", ont ainsi demandé les parlementaires, sans obtenir de réponse. Même chose lorsqu'ils ont voulu savoir "qui décide de ce qui est vrai ou non, pour filtrer les contenus d'information publiés sur le réseau" [Le Point]. Quant à l'épineuse question de l'optimisation fiscale, qui a également été abordée, le jeune patron a répondu par une pirouette : "nous payons les impôts que nous devons payer, nous respectons les lois".

Pour Les Echos, le PDG de Facebook s'est contenté de mettre en avant le "meilleur contrôle des applications qui utilisent les données de Facebook à la possibilité offerte aux utilisateurs de retirer leur consentement au stockage de leurs données personnelles".

Par conséquent, les députés n'ont pas caché leur frustration. "Pas très convaincant", a ainsi jugé Manfred Weber, le chef du Parti populaire européen (PPE, droite), tandis que les chefs du groupe des Verts, Philippe Lamberts et Ska Keller, ont qualifié les réponses de "vagues promesses" [Sud-Ouest].

M. Zuckerberg a certes promis "de répondre à toutes les questions par écrit", ce qui n'a pas rassuré M. Lamberts. "J'y croirai quand je le verrai, mais j'avais déjà fourni mes questions précises aux services de Mark Zuckerberg, et ce dernier a choisi de les ignorer superbement"  a-t-il fait savoir, ajoutant "nous sommes nombreux à avoir été traités de manière cavalière, ce qui ne nous rend pas M. Zuckerberg plus sympathique" [RTBF].

Par ailleurs, le média belge rapporte la réaction du secrétaire d'État belge à la Protection de la vie privée, Philippe De Backe : "on ne sait pas clairement si Cambridge Analytica est le seul cas du genre qui s'est produit. Et on ne sait pas clairement non plus ce que fait Facebook pour empêcher ça".

RGPD

Libération rappelle que "l’audition du patron du réseau social se tenait à trois jours de l’entrée en vigueur (le 25 mai), dans l’Union européenne, du règlement général sur la protection des données (RGPD)". Cette nouvelle loi vise "à instaurer un cadre plus contraignant pour les entreprises dans la collecte, la conservation, le traitement et la sécurisation des données personnelles collectées auprès des résidents européens". A ce propos, "Facebook s’est engagé à appliquer le règlement européen" et son patron déclare y voir l'opportunité "d’aller au-delà de [ses] obligations pour construire de nouvelles expériences de confidentialité améliorées pour le monde entier sur Facebook" [Libération].

Protection des données (RGPD) : ce qui va changer

En cas de non-respect de ce règlement européen, des sanctions financières pouvant s'élever "jusqu’à 4% du chiffre d’affaires mondial annuel" sont prévues. "Facebook, dont le chiffre d'affaires mondial s'élève à 44 milliards de dollars" risquerait alors une amende de 1,76 milliard de dollars [Challenges].

Rencontre entre Emmanuel Macron et Mark Zuckerberg

Après Bruxelles, Mark Zuckerberg se rend aujourd'hui mercredi 23 mai en France. Il rencontrera Emmanuel Macron à l'Elysée à l'occasion du sommet "Tech for Good", qui sera l'occasion de rappeler l'attrait du réseau social malgré ses déboires. En effet, en 2015, "le géant américain a choisi l'Hexagone pour installer un centre de recherche en intelligence artificielle, le Facebook Artificial Intelligence Paris (FAIR)", "avec 40 chercheurs sur un total de 130 dans le monde" [Challenges].