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Face à la coalition en Italie, l'Union européenne s'inquiète

Revue de presse 22.05.2018

En Italie, le visage du nouveau gouvernement se dessine. Les leaders de La Ligue et du Mouvement 5 Etoiles, qui sont arrivés en tête aux dernières élections générales, ont parachevé leur alliance en proposant un contrat de coalition, ainsi qu'un nom pour le futur président du Conseil : le juriste et sympathisant du MS5 Giuseppe Conte. Un accord qui suscite de nombreuses inquiétudes en Europe.

Giuseppe Conte, chef du gouvernement proposé par la Ligue et le M5S.

Giuseppe Conte, chef du gouvernement proposé par la Ligue et le M5S. Photo : Facebook officiel de Giuseppe Conte.

Une telle coalition à la tête de l'Italie ? "C'est totalement inédit, même à l'échelle de l'Europe", estime l'historienne Ludmila Acone, interrogée par Europe 1. Après une succession de coups de théâtre, les leaders de la Ligue et du Mouvement 5 étoiles sont parvenus à s'entendre sur une personnalité pour diriger le futur gouvernement italien : Giuseppe Conte, un professeur de droit de 54 ans "quasi-inconnu" du grand public et sympathisant du M5S. Le président de la République, Sergio Mattarella, doit maintenant "approuver ou non le nom qui lui a été proposé" [RFI].

La Ligue et le M5S sont les deux formations "qui ont obtenu le plus de suffrages aux élections législatives italiennes du 4 mars dernier", rappelle Sud-Ouest. Le quotidien régional note que seul "un tout petit nombre d’analystes pariait sur cette alliance, certes contre-nature", entre La Ligue, parti d'extrême-droite "populiste, nationaliste, raciste", et le M5S, "parti populiste inclassable, 'ni de droite ni de gauche', dont le programme emprunte à toutes les traditions idéologiques".

Or pour L'Express, "ce qui se produit en Italie dépasse largement le cadre de la gracieuse péninsule". D'abord parce que nous assisterions "à un basculement historique national et à un glissement de la démocratie au cœur de l'Europe". Mais également, d'après Franceinfo, parce que le contrat de coalition présenté par les deux formations comporte de nombreuses "mesures susceptibles d'effrayer l'Union européenne".

"Mesures coûteuses"

Les Echos concèdent que cette coalition "a abandonné le pire : une sortie de l'euro ou encore un projet de rachat par la BCE (…) de quelques 250 milliards d'euros de dettes de l'Italie". Mais pour le quotidien, "il n'y a pas de quoi être rassuré". Le nouveau gouvernement souhaite instaurer une "flat tax" qui réduirait à deux le nombre de tranches d'impositions, aux taux de "de 15% et 20%, que ce soit pour les ménages ou les entreprises", et prévoit un revenu de citoyenneté minimum pour les personnes en situation de précarité, qui s'élèverait à 780€. "En soi, les acteurs de l'Union européenne ne redoutent pas ces deux mesures", explique Franceinfo. Le média poursuit : "ce qui inquiète, c'est plutôt l'impact qu'elles pourraient avoir sur la dette (...), qui s'élève à 2 300 milliards d'euros". Et ce dans un pays qui, malgré ces difficultés, reste "la troisième économie de l’Union européenne" [Sud-Ouest].

Confrontation

Pour Le Parisien "l’UE rentre [ainsi] dans une zone de fortes turbulences". Le vice-président de la Commission européenne en charge de l'euro, Valdis Dombrovskis, a déjà "exhorté le prochain gouvernement italien à mener 'une politique budgétaire raisonnable' dans une interview publiée lundi par le quotidien économique allemand Handelsblatt" et repérée par Europe 1. Finalement, pour Sébastien Maillard, directeur de l’Institut Jacques-Delors interrogé par Le Parisien : beaucoup de choses vont "dépendre du profil du futur ministre des Finances [:] soit ils jouent la provoc’ en nommant un idéologue à la Varoufakis [ancien ministre des Finances grec] qui effraiera tout le monde, soit ils misent sur une personnalité plus rassurante". 

Dans les colonnes de la Tribune de Genève, l'éditorialiste suisse Marc Allgöwer est d'avis que "cette confrontation est bienvenue". Et permettra peut-être de remédier à "l'entre-deux morose où la coopération entre États européens se résume à reporter les véritables enjeux communs de sommet en sommet". Une opinion loin d'être partagée par le journaliste britannique Clive Crook, pour qui "le problème italien s'avère encore pire que le Brexit" [Bloomberg]. Contrairement au Royaume-Uni, Clive Crook constate que l'Italie est "solidement ancrée [dans l'UE], fait partie de la zone euro et est un membre central du projet européen". La promesse de renégocier certains traités européens et d'ignorer les engagements met le pays en position "d'endommager ce projet de l'intérieur".

Laboratoire pour l'Europe

"L'autre risque est de voir l'Italie devenir un laboratoire pour le reste de l'Europe", estiment Les Echos. "L'euroscepticisme pourrait continuer de se propager en Europe et devenir un ferment de coalitions hétéroclites", ajoute le quotidien. Sud-Ouest consacre un article à cette évolution, qu'il propose de nommer "orbanisation de l’Europe", en référence à l'actuel dirigeant hongrois, Viktor Orbán. Un phénomène que le journal caractérise comme "une nouvelle synthèse idéologique au sein de laquelle les doctrines et les pratiques gouvernementales des partis de la droite parlementaire et de gouvernement se fondent dans les doctrines des partis de droite radicale et extrême". Cela se caractérise "par une pratique illibérale et souverainiste de la démocratie parlementaire", poursuit-il.

Toutefois pour Le Parisien, "l’Union européenne ne laissera pas tout faire". "L’UE n’a-t-elle pas engagé une procédure disciplinaire contre la Pologne pour cause de non-respect des valeurs communes sur les libertés publiques ?", rappelle le quotidien. D'autant plus que, comme le souligne Euronews, certains pays ont déjà essayé de s'attaquer aux traités européens. Comme la Grèce qui "s'y [est] cassé les dents et [a] dû rentrer dans le rang". Ainsi "l’Italie sera scrutée de près aux prochains sommets européens et vite rappelée aux règles communes", avertit Sébastien Maillard dans Le Parisien.