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Face à Donald Trump, l'UE tente de présenter un front uni

Revue de presse 17.05.2018

Réunis pour un dîner de travail à Sofia, mercredi 16 mai, les dirigeants des 28 Etats membres de l'Union européenne ont affiché leur unité sur les dossiers du nucléaire iranien et des taxes américaines sur l'aluminium et l'acier. 

Donald Tusk, président du Conseil européen.

Donald Tusk, président du Conseil européen au sommet UE-Balkans à Sofia (Bulgarie), le 16 mai 2018. Photo : Union européenne.

La Bulgarie, qui exerce actuellement la présidence du Conseil de l'UE, accueille jeudi 17 mai un sommet UE-Balkans. Cela faisait quinze ans que tous les chefs d'État et de gouvernement de l'UE et leurs homologues de six pays des Balkans occidentaux (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Macédoine, Monténégro et Serbie) ne s'étaient pas ainsi réunis. En prélude à ce sommet, le président du Conseil Donald Tusk a convié les dirigeants des 28 à se retrouver pour un dîner informel de travail autour des "tensions avec les États-Unis sur le dossier du nucléaire iranien comme sur le commerce de l'acier et de l'aluminium" [Le Point].

Lundi 8 mars, le président américain Donald Trump avait en effet annoncé le retrait des États-Unis de l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien. En vertu de cet accord - signé en 2015 entre l’Iran, les Etats-Unis, l'Union européenne, la France, la Russie, le Royaume-Uni, la Chine et l’Allemagne - le régime de Téhéran s'engageait à restreindre ses activités nucléaires, en échange d'une levée des sanctions économiques qui touchaient le pays depuis 1979.

Outre le dossier iranien, Washington menace également l'Union européenne de rétablir les "taxes douanières américaines de 25 % sur ses exportations d'acier et de 10 % sur celles d'aluminium". L'UE en sera exemptée jusqu'au 31 mai à minuit, mais les États-Unis "exigent une plus grande ouverture du marché européen" pour établir une exemption définitive, rappelle Le Point. Pour Le Figaro, l'Europe "fait face à un test de volonté, peut-être à une épreuve de vérité".

Unité affichée

Ce "dîner de travail de plus de trois heures n'a pas donné lieu à des décisions formelles", rapporte Le Point. Les Européens se sont dits déterminés à préserver l'accord "pour autant que l'Iran le respectera". Ils lanceront des "travaux pour protéger les entreprises européennes affectées par la décision américaine", selon une source européenne interrogée par l'AFP. Même si, dans l'après-midi, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker avait reconnu que "les moyens dont disposaient les Européens pour protéger leurs entreprises d'éventuelles sanctions américaines étaient 'limités'", il a précisé "qu'ils entendaient les utiliser 'en intégralité'", rapporte la radio-télévision belge RTBF.

Les Européens auraient notamment évoqué la possibilité de mettre en œuvre la loi de "blocage", "censé[e] mettre les entreprises et les banques européennes à l'abri des sanctions" américaines, explique Le Figaro. En vertu du principe d'extraterritorialité, les États-Unis peuvent en effet poursuivre en justice des entreprises étrangères partout dans le monde. Mais pour échapper totalement aux sanctions américaines, les entreprises européennes devraient cesser d'utiliser le dollar, précise le EU Observer.

Le Figaro avance ainsi que les Européens pourraient "régler les exportations iraniennes d'énergie en euro, brisant ainsi le monopole du billet vert". Toutefois, comme le souligne le EU Observer, le dollar est utilisé dans près de 90% des transactions mondiales. Interrogée par le media, une fonctionnaire européenne s'interroge : "je ne sais pas combien d'entreprises seraient prêtes à couper tout lien avec les États-Unis pour conserver le marché iranien".

Acier et aluminium

Quant aux menaces de taxes sur l'acier et l'aluminium, "les 28 se sont rangés derrière la Commission, insistant sur le fait qu’il n’était pas question de 'discuter avec un pistolet sur la tempe'" [Le Monde]. Les dirigeants refusent ainsi de céder aux menaces américaines. Et si les États-Unis devaient rétablir les barrières douanières au 1er juin 2018, "la Commission a préventivement préparé une impressionnante liste de produits américains à taxer en manière de représailles", qu'elle devrait "notifier formellement à l'Organisation mondiale du commerce vendredi 18 mai", rapporte Le Monde.

Toutefois, derrière l'unité affichée par les Européens, Le Figaro souligne les divisions internes aux 28. Ainsi "Angela Merkel, menacée sur sa droite et inquiète pour l'avenir du 'made in Germany', n'est pas prête à croiser le fer". Le quotidien soulève également les difficultés traversées par l'Italie, toujours à la recherche d'un gouvernement et par l'Espagne "qui reste engluée dans la crise catalane".  

Dans un éditorial, Le Point estime qu'il s'agit maintenant "pour les dirigeants européens de montrer qu'une Europe souveraine peut émerger comme acteur international, indépendant de l'allié américain".