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Eurogroupe : une réunion inutile ?

Revue de presse 18.06.2015

Alors que la réunion de l’Eurogroupe se tient aujourd’hui à Bruxelles, la possibilité d’un accord entre la Grèce et ses créanciers n’a jamais semblé aussi lointaine. De nombreux médias parlent d’"un Eurogroupe pour rien". Les deux parties ne cessent de se renvoyer la responsabilité du gel des négociations et sont entrées dans une surenchère de reproches et déclarations provocatrices. Par conséquent, le risque de "Grexit" se concrétise de plus en plus.

Jeroen Dijsselbloem et Yanis Varoufakis

La tension monte, beaucoup s’impatientent sérieusement et même le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, qui a toujours essayé de se montrer conciliant, a explosé en accusant "les Grecs de dire à l’opinion grecque des choses qui ne sont pas cohérentes avec ce que j’ai dit au Premier ministre grec".

Hier, en fin de matinée, la Banque de Grèce a prévenu le gouvernement hellène qu’un échec des discussions entre Athènes et ses créanciers conduirait irrémédiablement à un défaut de paiement et à une sortie de la zone euro, voire à une sortie de l’Union européenne (UE), rapporte Le Point. Pour l’institution bancaire, un accord représente un "impératif historique".

Cette déclaration, très commentée par la presse grecque, a beaucoup surpris, notamment parce que la banque centrale est censée respecter un devoir de réserve.

Pour le gouvernement Syriza, cette prise de position est considérée comme une "pression supplémentaire de nos créanciers via l’un de leurs alliés naturels" [Le Monde]. Il faut en effet souligner que le dirigeant de la Banque de Grèce n’est autre que Yannis Stournaras, l'ancien ministre des Finances du gouvernement de coalition droite-socialiste qui a été battu aux législatives de janvier par la gauche radicale. Toute la presse s’accorde pour dire que la déclaration de l’institution bancaire est très "politique".

Mais la banque centrale n’est pas la seule à mettre le gouvernement en garde : les principales organisations d’entrepreneurs grecs ont adressé une lettre au Premier ministre Alexis Tsipras, l’appelant à la "responsabilité" dans les négociations avec les créanciers. Ils craignent en effet une "rupture" ainsi qu’une sortie de la zone euro [Le Monde].

Pourtant, la conclusion d’un accord entre la Grèce et ses créanciers au cours de la réunion d'aujourd'hui s’annonce mal. Le ministre des Finances grec Yanis Varoufakis a lui-même annoncé qu’il ne croyait pas à la signature d’un accord aujourd’hui. Il prévoit de se rendre à Bruxelles "les mains dans les poches, sans nouvelle proposition" [Le Monde]. Bref, il ne faut vraisemblablement rien en attendre, affirme Le Point.

En effet, le camp grec reste "inflexible face aux créanciers", titre Le Point et l’"incompréhension" entre les deux parties persiste.

Les propos du Premier ministre se durcissent de plus en plus à l’égard de ses créanciers : il accuse les créanciers de vouloir "humilier" le peuple grec [Le Monde] de "tendre des pièges" à Athènes [Le Point], et invoque "la responsabilité criminelle" du Fonds monétaire international  qui refuse de céder sur la réforme des retraites, alors même que le gouvernement grec ne tient pas à s'y attaquer pour faire des économies budgétaires [La Croix]. Alexis Tsipras menace enfin : "Si l'Europe insiste sur les retraites, elle devra en accepter le prix" [Le Point].

Pour Le Figaro, l’obstination de M. Tsipras est "un chantage au défaut de paiement pour forcer la main de ses créanciers".

Avec des "négociations au point mort" pour L’Obs, de plus en plus de personnes évoquent l’inéluctable possibilité d’un Grexit, une sortie de la Grèce de la zone euro. Les conséquences d’un tel événement seraient, selon le journal, "cataclysmiques" avec "une fin de l’euro puis de l'Union européenne, entraînant l'économie mondiale dans sa chute".

Quoiqu’il en soit, les Grecs maintiennent leur soutien au gouvernement Syriza : Euronews relate qu’hier, les habitants qu’une vingtaine de villes grecques sont descendus dans la rue en signe de solidarité avec de leurs dirigeants.

Alice Leclerc, envoyée spéciale du Monde en Grèce, a interrogé ces Grecs qui soutiennent coûte que coûte leur Premier ministre. L’un affirme "Je suis là parce que le gouvernement se bat pour nous. Il faut qu’il sache qu’on est avec lui. Son combat est juste", tandis qu’un autre assène : "On n’a plus rien à perdre. L’appauvrissement est tel que plus ce ne serait pas supportable. C’est une bataille que l’on doit mener et j’espère que les Européens finiront par nous entendre". Mais une chose est sûre : "Tsipras nous donne de l’espoir. Voilà ce que j’ai déjà gagné : pouvoir espérer".

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