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Euro 2016 : la compétition s'ouvre dans un pays troublé

Revue de presse 10.06.2016

C'est ce soir qu'a lieu le coup d'envoi du championnat européen de Football, avec un premier match opposant la France à la Roumanie. Des centaines de milliers de spectateurs et touristes sont attendus tout au long de la compétition, qui oppose 24 équipes et se tient jusqu'au 11 juillet dans 10 villes de France. Sans surprise, une grande partie de la presse européenne titre aujourd'hui sur l'événement, sans manquer de souligner les défis liés aux grèves et à la sécurité.

Euro 2016 en France

"Salut les voisins !", "Le rideau se lève", "Maintenant, place au jeu"… "Dans la presse européenne, l’heure est à l’enthousiasme alors que s’ouvre l’Euro 2016 en France", relève ce matin Courrier international.

Plusieurs journaux analysent les enjeux de la compétition, font état des forces en présence et dressent leurs pronostics. Les institutions financières ne sont pas épargnées : ainsi la banque Goldman Sachs, citée par Euronews, juge que "la France est l‘équipe qui a le plus de probabilités de remporter l’Euro avec 23 % suivi par l’Allemagne avec 20 % et l’Espagne avec 14 %. La France n’a pas pour habitude d’organiser un événement sans le gagner, comme le prouvent l’Euro-84 et le Mondial-98".

L'Express propose de son côté un palmarès des "11 étoiles du drapeau européen" : les "onze joueurs à suivre pendant l'Euro-2016", parmi lesquels "Cristiano Ronaldo, bien sûr, l'inusable portier de l'Italie Gianluigi Buffon, mais aussi des joueurs comme le prodige autrichien David Alaba".

Fête sur fond de grèves et menaces sécuritaires  

Mais entre tensions sociales et inquiétudes en matière de sécurité, les journaux décrivent aussi un pays où l’ambiance n’est pas au beau fixe. A commencer par les grèves qui perturbent l'organisation du championnat.

"Le championnat d’Europe de football commence (…) dans un climat social tendu", note ainsi Le Monde : grèves dans les transports ferroviaires et aériens, grève des éboueurs, raffineries bloquées… L'Obs y ajoute même "des menaces du côté des taxis".

Ainsi, "les conducteurs SNCF des RER B et D, qui desservent le Stade de France, [sont] massivement en grève vendredi" [Le Monde]. Mais "la SNCF a prévu d’assurer 50 trains pour acheminer les supporteurs", tandis que selon François Hollande "l’Etat prendra toutes les mesures qui seront nécessaires pour accueillir, pour transporter, pour faire en sorte que les matchs puissent se tenir dans les conditions exigeantes de sécurité" et que Manuel Valls n’exclut "aucune hypothèse" pour acheminer les supporteurs vers Saint-Denis ce soir, sans toutefois évoquer explicitement des réquisitions. 

Autre sujet de préoccupation pour la presse : les risques sécuritaires liés à la menace terroriste et aux hooligans.

"Entre menace terroriste, convulsions sociales, risque de hooliganisme et fatigue généralisée des forces de l’ordre, la peur d’un Eurofoot gâché inquiète, y compris à l’étranger", estime ainsi Le Temps dans un article intitulé "Entre la fête et la peur".

Le média suisse rappelle que "le lieu est plus que symbolique. Lorsque le coup d’envoi du match France-Roumanie sera donné vendredi à 21 heures, devant les 80 000 spectateurs du Stade de France à Saint-Denis, une autre image sera dans toutes les têtes: celle de cette nuit tragique du 13 novembre, et des trois explosions qui constituèrent le coup d’envoi de la plus terrible attaque terroriste jamais commise" dans un pays d'Europe.

Le Monde énumère "les menaces qui pèsent sur l'Euro", autour des stades notamment, et avec une attention particulière vis-à-vis des drones : "Pour l’Euro, le scénario qui hante les forces de l’ordre est celui d’un drone d’épandage dispersant un produit toxique sur une tribune pendant un match".

Mais les fan-zones, ces lieux de retransmission sur écran géant où se réuniront entre 10 000 et 90 000 personnes comme devant la Tour Eiffel, sont également au centre des inquiétudes. Citant une source sécuritaire française, The Independent compare ainsi ces espaces à "dix Bataclan à ciel ouvert".

"Pour sécuriser l'événement, les autorités françaises ont déployé un dispositif exceptionnel", note L'Express : "77 000 policiers et gendarmes, 10 000 militaires et 13 000 agents privés de sécurité". Car bien que dans ses derniers communiqués l'organisation Etat islamique (EI) "ne mentionne nullement l'Euro", elle "appelle ses fanatiques à commettre des exactions durant le mois du ramadan, qui a débuté le 6 juin".

Le Monde note toutefois que "si le risque terroriste est dans tous les esprits, celui des débordements de violences des hooligans est également au cœur des préoccupations sécuritaires". Une coopération a ainsi été mise en place "entre les polices des pays participants à la compétition" pour "repérer les individus violents dans les stades". "Parmi les rencontres attentivement scrutées, celles impliquant les pays d'Europe de l'Est mais aussi l'Angleterre et l'Allemagne", précise L'Express.

Ce qui n'a pas empêché des heurts hier soir à Marseille avec des supporteurs anglais. Selon le DailyMail, les Anglais, visiblement bien alcoolisés en cette fin de soirée, ont lancé les chants provocateurs comme "Etat islamique, où es-tu?".

Une thérapie pour l'Europe ? 

Mas au-delà de ces aléas, la compétition devrait aussi apporter son lot de bénéfices.

Economique tout d'abord, relève 20 minutes qui note que "La compétition rapportera au moins 1,26 milliard d'euros à la France", principalement du fait de l'arrivée de touristes étrangers.

Politique ensuite, pour le chef de l'Etat. The Telegraph souligne que "la France cherche à revivre l'esprit glorieux de 1998" et BFMTV note que "François Hollande compte bien profiter de l'Euro pour redorer son image et sa popularité", tout en profitant de l'occasion pour "rencontrer ses homologues européens".

Psychologique enfin. Dans un article du 7 juin, L'Obs notait que "malgré tous les discours officiels de retenue" de la part du président français, celui-ci nourrit "le secret espoir que cet Euro 2016 [serve] de séance de psychothérapie à un pays au bord de la crise de nerfs".

Ce matin, l'allemand Die Welt répond à son homologue français. "Cette psychothérapie ne servira pas seulement la France (…) : une Europe qui fonctionne sans une France en paix avec elle-même est inconcevable". 

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