Derniers articles publiés

États-Unis/UE : désaccord à l'OMC et inquiétudes sur la réforme fiscale américaine

Revue de presse 13.12.2017

La Conférence ministérielle biannuelle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) se termine le 13 décembre à Buenos Aires. Tandis que le gouvernement de Donald Trump renouvelle ses attaques contre l'instance internationale, l'UE réaffirme son attachement à ses règles et à son rôle. De son côté, la Chine semble faire l'unanimité contre elle.

Onzième conférence ministérielle de l'OMC

Onzième conférence ministérielle de l'OMC - Crédits : OMC

Isolationnisme américain : vers "plus d'UE" à l'OMC ?

Le représentant américain au Commerce Robert Lighthizer - membre du lobby de la sidérurgie, note Brice Couturier sur France Culture - a lancé "une énième critique de son pays en direction de l'Organisation mondiale du commerce (OMC)", relate Le Temps.

Selon Washington, cette institution multilatérale qui régule le commerce mondial et règle les différends commerciaux entre pays "outrepasserait ses prérogatives", observe France Culture dans son billet économique matinal. Car l'organe des règlements commerciaux rend aussi des jugements "au détriment des États-Unis" et "c’est peut-être ce qui commence à [les] agacer", constate RFI. En conséquence, ils bloquent le processus de nomination de nouveaux juges à ce tribunal "qui n’en compte plus que quatre au lieu des sept réglementaires", poursuit la chaîne de radio.

Les États-Unis ne cherchent-ils pas "des prétextes pour affaiblir une organisation qui contrarie leur politique commerciale" [France Culture] ? Seraient-ils tentés par un "retrait pur et simple de l’OMC, se repliant sur l’America First", comme le suggère RFI ? De fait, pour la commissaire européenne au Commerce Cecilia Malmström, les Américains sont en train de "tuer l’OMC de l’intérieur" [France Culture].

L'Union européenne, la Chine ainsi que la majorité des 164 membres de l'institution "ont serré les rangs pour souligner leur attachement à la mission de l'OMC, chargée de réguler le commerce mondial et d'arbitrer les conflits", note Le Temps. Pour le secrétaire d’État auprès du ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne, "la France est attachée au multilatéralisme. On tient à ce que le cadre ne soit pas remis en question" [Libération]. Celui-ci plaide en conséquence pour que l'UE "en profite" pour devenir un "moteur" de l’OMC car dans ce cadre, elle a "la responsabilité d’agir", rapporte encore le quotidien.

Dans cet esprit, une annonce sur le vieux projet d'accord de libre-échange entre "le bloc européen et le Marché commun du sud (Mercosur)" pourrait être faite en marge de la Conférence, rapporte Le Temps. Le traité serait paraphé "au plus tard lors du premier sommet 2018", poursuit le quotidien suisse, bien que les Européens ne souhaitent "pas s’engager sur un document qui aurait du mal à être ratifié par les États membres de l’UE", souligne Libération.

L'UE, les États-Unis et le Japon unis contre la Chine comme "économie de marché"

Le lendemain cependant, les États-Unis se sont fait entendre sur "l'autre dossier qui reste en travers de la gorge de l’administration américaine", ironise RFI.

Quinze ans après son adhésion à l'OMC, la Chine, qui a rejoint l'organisation en 2001, peut quasiment automatiquement obtenir le statut d'économie de marché, selon "la règle en vigueur" [France Culture]. Mais l'UE, les États-Unis et le Japon ne souhaitent pas lui "accorder ce privilège", selon RFI. "Donald Trump et son représentant au commerce" [RFI] ainsi que Bruxelles et les Japonais ont, "sans la nommer spécifiquement", dénoncé "la politique chinoise de dumping qui fragile plusieurs secteurs d'activité" dans un texte diffusé mardi durant la Conférence, rapporte Le Temps.

Car si l'économie chinoise se dit capitaliste, elle est encore "administrée voire subventionnée par l'État", rappelle RFI. De même, "l'exigence de transferts de technologie aux entreprises étrangères souhaitant s'implanter dans le pays" est pointée du doigt par les trois partenaires commerciaux, ajoute Le Temps.

De plus, la "fixation de manière autoritaire de certains prix", ou encore la manipulation des taux de change [France Culture] unissent Japonais, Américains et Européens dans ces dénonciations. Conséquence de la politique économique chinoise : "la surproduction d'acier en Chine a par exemple fait baisser le cours de l'acier et affecte l'industrie sidérurgique dans divers pays", donne à titre d'exemple Le Temps.

Les Européens inquiets par la réforme fiscale américaine

Certes "unis contre la Chine, mais désunis l'instant d'après", observe toutefois France Culture. Les Européens reprochent aux Américains une réforme fiscale qui risque "d'altérer sensiblement le commerce international", rapportent Les Échos.

Les "ministres de finances des cinq premières économies européennes" [Le Monde] ont ainsi adressé "un courrier commun au secrétaire du Trésor américain, Steven Mnuchin" [Les Échos], mardi 12 décembre, après s'être mis d'accord lors du dernier conseil ECOFIN. "Bruno Le Maire (France), Peter Altmaier (Allemagne), Philip Hammond (Royaume-Uni), Pier Carlo Padoan (Italie) et Cristobal Montoro Romero (Espagne)" [Le Monde] s'inquiètent à propos de l'incompatibilité de certains volets de la réforme "avec les engagements commerciaux des Etats-Unis en particulier avec les règles de l'OMC", selon France Culture.

Ceux-ci pointent dans leur lettre des mesures discriminatoires en faveur des "opérations intra-américaines" [Les Échos]. Notamment s'agissant du "droit d'accise de 20 % sur les paiements entre une entité américaine et étrangère d'un même groupe", expliquent  Les Échos, et ce alors que "la moitié de nos échanges commerciaux correspondent à des flux intragroupes", soulignent les signataires cités par le quotidien économique. Ils s'inquiètent également de mesures "sur la taxation minimale des filiales des groupes américains à l’étranger et des groupes européens implantés sur le sol américain", ajoute Le Monde.