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Espagne : les socialistes laissent Mariano Rajoy former un gouvernement

Revue de presse 24.10.2016

La paralysie politique dont l'Espagne est victime depuis maintenant dix mois prend fin. Le Parti socialiste espagnol (PSOE) a en effet décidé dimanche de s'abstenir lors du prochain débat d'investiture du 29 ou 30 octobre, permettant ainsi au conservateur (PP) Mariano Rajoy de rester Premier ministre, à la tête cette fois d'un gouvernement minoritaire. Un choix avant tout par défaut pour le centre-gauche espagnol, risquant une déroute en cas de nouvelles élections.

Mariano Rajoy

Un gouvernement minoritaire pour les conservateurs

La décision a été prise par le comité fédéral du PSOE par 139 voix contre 96. Un choix qualifié de "très important" et de "très raisonnable" par Mariano Rajoy [El Mundo]. Le conservateur devrait maintenant obtenir la confiance du Congrès, grâce aux 137 voix de son parti (sur les 350 que compte la chambre basse du Parlement espagnol) et aux 32 autres promises par Ciudadanos, la formation centriste libérale récemment créée, au cours du vote décisif, qui aura lieu le 29 ou 30 octobre [Le Monde]

"Le plus probable est que ce sera une législature courte", d'une durée inférieure à quatre ans, estime le politologue Pablo Simon, interrogé par La Croix. Le gouvernement aura pour principale tâche de sortir le pays d'une sévère crise économique, le taux de chômage ayant atteint 20% en Espagne [Le Figaro avec l'AFP].

Un nouveau gouvernement qui devra en outre apprendre à travailler avec un parlement morcelé où le bipartisme n'est plus la règle. En plus de l'opposition historique du PSOE, il devra composer avec deux forces politiques nouvelles, mais maintenant bien implantées, Ciudadanos (centristes libéraux) et Podemos (gauche radicale).

La stratégie du "moindre mal" pour le PSOE

La décision du Parti socialiste d'accorder indirectement son soutien à Mariano Rajoy diffère radicalement de la position officielle qui avait jusqu'ici prévalu et qui était celle de son ancien secrétaire général, Pedro Sanchez, avant son éviction le 1er octobre. Ce dernier défendait un "non" catégorique à cette éventualité, malgré les déconvenues électorales du PSOE, de laisser le pouvoir aux conservateurs. Pour l'ex-leader, le PP est le parti "de la corruption, des coupes budgétaires, et de l’austérité", le moindre appui revenant à "vendre son âme au diable et à trahir les militants socialistes" [Libération].

Après son départ, les militants ont fini par trancher un dilemme cornélien. Maintenir de manière irrémédiable l'opposition aux conservateurs et ainsi provoquer la tenue d'un troisième scrutin législatif, dont l'issue aurait été clairement défavorable aux socialistes, ou bien laisser au pouvoir Mariano Rajoy, par l'abstention au scrutin d'investiture, et ainsi apparaître complices de la politique du gouvernement. Une "politique néfaste, contre les libertés citoyennes, néolibérale, et qui justifie la corruption comme mode de gestion", selon César Luena, ex-secrétaire à l'organisation du PSOE, cité par Libération.

Une logique du "moindre mal", défendue par Javier Fernandez, successeur temporaire de Pedro Sanchez, à la tête de la commission exécutive provisoire dirigeant le parti [Le Monde].

Podemos, nouveau leader de l'opposition ?

Pour La Tribune, le choix est à la fois stratégique et risqué. L'alternative pour le PSOE revenait de toute manière à choisir entre "la peste et le choléra", résume le quotidien économique. En effectuant un choix politique "responsable" mais en refusant de porter la responsabilité des futures mesures de Mariano Rajoy, dont la politique le rendra probablement impopulaire s'il effectue les coupes budgétaires massives réclamées par Bruxelles, le PSOE espère redevenir l'alternative évidente aux conservateurs, poursuit l'article. Même si le journal estime que la stratégie du Parti socialiste a de fortes chances d'aboutir à un nouvel échec : "On peut plutôt penser que, si en cas de succès du gouvernement Rajoy II, la population n'en attribuera guère la cause au PSOE, en cas d'échec, le PSOE se retrouvera sans doute touché par le même discrédit que les deux partis de la majorité, le PP et Ciudadanos".

Quant à Podemos, la formation issue du mouvement des Indignés ressort clairement gagnante de cette stratégie. "Par ce geste de soutien indirect à Mariano Rajoy, le PSOE place en réalité Unidos Podemos (UP) dans la position enviable de seule alternative" selon La Tribune.

Pablo Iglesias, chef de Podemos, a d'ailleurs "profité de la situation pour s'autoproclamer leader de l'opposition" relève El Pais.