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Entrée de Simone Veil au Panthéon : hommage à son combat pour l'Europe

Revue de presse 02.07.2018

Dimanche 1er juillet, Simone Veil et son mari Antoine sont entrés au Panthéon. L'occasion parfaite pour rappeler l'engagement de celle qui fut  la première présidente du Parlement européen, au moment où l'Europe se déchire autour de la crise migratoire.

Simone Veil, la première présidente du Parlement européen

Simone Veil, la première présidente du Parlement européen, en 1979. Photo : Parlement européen.

 Dimanche 1er juillet, la garde républicaine, qui portait les deux cercueils, "s'est arrêtée trois fois" avant d'atteindre le Panthéon. Le Monde explique que ces trois arrêts symbolisent trois combats importants de Simone Veil. Le premier représente "celui pour les droits des femmes, marqué par l’adoption de la loi autorisant l’IVG", le deuxième, "celui pour l’Europe" et enfin le troisième "pour la mémoire de la déportation, dont elle est rescapée".

Simone et Antoine Veil reposeront "dans le 6e caveau, auprès du résistant Jean Moulin, du père fondateur de l'Europe Jean Monnet, de l'écrivain André Malraux et de René Cassin, coauteur de la Déclaration universelle des droits de l'homme", informe Le Figaro.

Panthéonisation rapide

Le Figaro rappelle également que "jamais personne, sous la Ve République, n'avait eu droit à une panthéonisation aussi rapide". En effet, un an après la mort de Simone Veil, le président Emmanuel Macron a fait le choix, de ne pas "attendre que passent les générations". Les "combats" de Simone Veil, sa "dignité" et son espérance" doivent en effet rester" une boussole dans les temps troublés que nous traversons", a fait valoir le chef de l'Etat.

Pour Challenges, "c’est précisément au moment où l’Europe traverse une crise politique et civilisationnelle d’une gravité sans pareille depuis un demi-siècle que Simone Veil ressurgit" comme si "Simone l’Européenne nous lançait un appel à l’espoir, mais aussi à la raison".

Mme Veil est la 5e femme à rentrer au Panthéon. Le Monde relève qu'elle sera rejointe "par son époux, alors que la première femme qui y a été inhumée, Sophie Berthelot, avait rejoint, en 1907, son mari, le chimiste Marcellin Berthelot". "Ce renversement de situation montre" le changements d'état d'esprit qui s'opère en France.

"Mémoire d'une Europe gage de paix"

Pour Le Figaro, la scénographie de la cérémonie a été notamment marquée par "cette moquette bleue, où les gardes républicains, disposés en cercle autour des cercueils, formaient comme les étoiles du drapeau européen". Selon Les Echos, ce symbole européen montre la volonté du président de faire de cette panthéonisation un événement commémoratif pour l'Europe : "Simone Veil entre au Panthéon pour être la mémoire d'une Europe gage de paix", a-t-il déclaré.

Libération rapporte que la panthéonisation célèbre celle qui se fit "combattante de la paix et donc combattante de l’Europe". Présidente du Parlement européen de 1979 à 1982, Simone Veil a occupé cette fonction "par réalisme, non par idéalisme ; par expérience, non par idéologie ; par lucidité, non par naïveté" a déclaré le président dans son hommage. Nous ne devons "pas laisser les doutes et les crises qui frappent l'Europe atténuer la victoire éclatante [qu'elle représente] sur les déchirements et les errances des siècles passés", a ajouté Emmanuel Macron [Les Echos].

Les Echos rapportent les chiffres d'un récent sondage de l'IFOP. Ce dernier constate une érosion du "sentiment européen des Français" étant donné qu'il y a un an, 56 % d'entre eux "pensaient que le pays devait soutenir clairement l'objectif de plus d'Europe" quand "ils ne sont plus que 46 %" aujourd'hui. Dans le même temps, les trois quarts des personnes interrogées "veulent un renforcement de la souveraineté nationale". Pour le sondeur Pierre Giacometti, "cette poussée de souverainisme est l'illustration d'une attente du retour des Etats-nations, partout en Europe, en réponse au sentiment d'une impuissance européenne".

"Flamme vacillante"

Selon Les Echos, "à défaut de nouveaux arguments", il était donc "tentant de vanter l'engagement européen de Simone Veil pour entretenir la flamme vacillante du sentiment européen" et "pour déjouer l'euro-défaitisme croissant".

Libération dresse un constat similaire en expliquant que le "contraste est saisissant, désespérant même, entre les paroles fortes prononcées au Panthéon et les âpres tractations de Bruxelles" sur la gestion de la crise migratoire. Particulièrement car on apprenait au même moment "la disparition d’une centaine de passagers d’un canot pneumatique au large des côtes libyennes". Libération poursuit en expliquant que la chancelière Angela Merkel a dû renoncer à assister à la cérémonie, car elle était retenue à Berlin pour "convaincre son ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer (…) de renoncer à son projet de refouler unilatéralement tout demandeur d’asile enregistré ailleurs".

Challenges rappelle que Simone Veil avait très tôt compris "la nécessité impérieuse de faire l’Europe" après la Seconde Guerre mondiale et la Shoah. Le "'plus jamais ça' exige l’Europe et l’Allemagne", soutenait-elle. "L’intégration de l’Allemagne et des Allemands à cette hypothétique Europe nouvelle était nécessaire, indispensable même". Et lors de son discours d'entrée à l’Académie française en 2010, Simone Veil citait Victor Hugo avec ces mots : "la France et l’Allemagne sont essentiellement l’Europe. Ils sont frères dans le passé, frères dans le présent, frères dans l’avenir".