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Encensée à l'international mais critiquée dans son pays, Angela Merkel maintient sa politique vis-à-vis des migrants

Revue de presse 09.10.2015

Angela Merkel est en perte de vitesse dans les sondages. A 54% d'opinions positives, elle n'a jamais connu une telle défaveur de la population l'ayant menée par trois reprises à la tête du gouvernement, tandis que les partis populistes gagnent chaque semaine en intentions de vote. La chancelière en est consciente et multiplie des interventions inédites, devant le Parlement européen ou à la télévision allemande, pour appeler à l'unité et assurer que la crise des migrants peut être surmontée.

Angela Merkel

Angela Merkel s'est présentée mercredi soir devant la télévision allemande. Une intervention sortant de l'ordinaire, note Libération. En effet, "elle lit en général une courte allocution de dix minutes, suivie de quelques questions. Mercredi soir, elle s’est prêtée pendant trois quarts d’heure au jeu plus complexe des questions-réponses à bâtons rompus".

La Croix résume son leitmotiv en une citation : "Je suis convaincue que nous allons réussir". Car durant ces quarante-cinq minutes, il y avait "un seul thème au menu : l’accueil des migrants. Le sujet fâche en Allemagne" [Libération].

Le Monde présente cette tension croissante en Allemagne et rapporte que, mercredi soir, "huit mille personnes ont à nouveau manifesté […] à Erfurt, dans l’est de l’Allemagne, contre la politique menée par Angela Merkel pour l'accueil de milliers de réfugiés". La manifestation, organisée par le parti europhobe et populiste AFD (Alternative pour l'Allemagne), fait écho à la mobilisation de "milliers de personnes […] rassemblées lundi soir à Dresde […] à l’appel d’un autre mouvement populiste", "Patriotes européens contre l'islamisation de l'Occident".

Il est vrai que la question est omniprésente dans le débat public outre-Rhin. Selon une étude rapportée par Libération, "51 % des Allemands ont 'peur des réfugiés'". Tandis que "la cote de popularité de la chancelière a chuté de 9 points, à 54 % d’opinion positive. Du jamais vu".

A cela s'ajoute une certaine déception au lendemain de l'intervention conjointe des chefs d'Etat et de gouvernement français et allemand devant le Parlement européen réuni en session plénière. Der Spiegel, hebdomadaire allemand, évoque le discours clair, mais "peu courageux" de la chancelière. Pour Die Zeit, autre hebdomadaire allemand, "au lieu du mot 'espoir', employé par Mitterrand et Kohl, les discours de Merkel et d'Hollande étaient marqués par le mot 'crise'". Alors que Handelsblatt, quotidien économique, parle d'une intervention qui "n'est peut-être pas historique, mais nécessaire " [Libération].

Dans son éditorial publié par Libération, Marc Semo estime que "jamais elle n’a été aussi respectée en Europe, mais jamais depuis son arrivée au pouvoir elle n’a été aussi contestée dans son propre pays".

A l'international, Angela Merkel est vue comme celle qui a dénoncé en août une politique qui n'était "pas digne" de l'Europe. Elle a entrainé à cette occasion la plupart des capitales européennes dans son sillon pour assurer un accueil des réfugiés fuyant les zones de guerre. Pour l'Express, cela aurait même pu lui valoir d'obtenir le prix Nobel de la paix.

Il n'est cependant pas certain que cette volonté d'ouvrir les frontières européennes pour accueillir des populations en fuite ne relève que de la pure générosité de celle que les Allemands surnomment "maman"[Libération]. Dans un pays au déficit démographique reconnu, les réfugiés pourraient être une solution.

Les Echos apportent d'ailleurs une perspective économique à la gestion de la crise migratoire dictée par la chancelière et titrent : "Les réfugiés, un coup de pouce bienvenu pour la croissance allemande". Et alors que "l’accueil des réfugiés représentera 11 milliards d’euros de dépenses en 2016", le quotidien souligne que c'est "toute une économie [qui] s’est mise en place pour faire face au défi".

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