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En Autriche, l'extrême droite au second tour de l'élection présidentielle

Revue de presse 25.04.2016

Même si le résultat était prévisible au vu des récents sondages d'opinion, c'est un raz-de-marée politique en Autriche alors que le candidat du FPÖ, Norbert Hofer, est arrivé en tête du premier tour de la présidentielle dimanche soir. Les deux partis historiques, au pouvoir dans une grande coalition, depuis 2008 sont balayés, et c'est un écologiste qui disputera le second tour. Bien que la fonction de président en Autriche soit essentiellement honorifique, l'arrivée de l'extrême droite à ce poste ne serait pas sans conséquences.

Hofer

L'extrême droite en tête, les partis historiques éliminés

"Le candidat du parti FPÖ, Norbert Hofer, est crédité de 35,5% des voix, réalisant le meilleur résultat de cette formation depuis la guerre à une élection nationale en Autriche" annonce Le Figaro. Derrière lui, c'est l'écologiste Alexander Van der Bellen qui disputera le second tour après avoir récolté 21,1% des voix selon les dernières estimations. En troisième place une indépendante, Irmard Griss, obtient 18,8%.

"Tout aussi saisissant", explique La Croix, "les représentants des deux partis traditionnels, réunis au sein d’une coalition gouvernementale depuis 2008, le social-démocrate Rudolf Hundstorfer (SPÖ) et le conservateur Andreas Khol (ÖVP), sont éliminés d’entrée" puisqu'ils ne retiennent chacun qu'un peu plus de 11% des voix. Le quotidien rappelle que depuis la Seconde Guerre mondiale, tous les présidents autrichiens ont été issus de l'un ou de l'autre de ces deux partis.

L'extrême droite européenne applaudit des deux mains : Marine Le Pen a sans surprise salué ce résultat, le FPÖ faisant partie du même groupe que le Front national au Parlement européen. Elle a salué un "résultat magnifique", tweetant "bravo au peuple autrichien" rapporte la RTBF. Par ailleurs, le responsable néerlandais d'extrême-droite Geert Wilders a félicité le parti de manière euphorique : "Fantastique!". Le parti d'opposition italien de la Ligue du Nord a salué "le grand résultat qui se profile pour nos alliés historiques en Autriche - le FPÖ". Le chef de la Ligue du Nord Matteo Salvini a parlé d'"immense joie", relate le journal autrichien Kronen Zeitung.

"Coup de bambou" pour RFI, "coup de semonce" pour La Croix, ce résultat rebat les cartes du jeu politique national, et les premières victimes sont sûrement le chancelier social-démocrate Werner Faymann et son vice-chancelier Reinhold Mitterlehner dont les mandats courent normalement jusqu'en 2018. "Le premier, 'attristé', a assuré que le gouvernement travaillerait encore 'plus dur '. Tandis que le second a estimé que les partis au pouvoir payaient le prix de 'la peur du déclassement ' ressentie par une partie de la population, et celui 'd’une ambiance général hostile à l’establishment' " relate La Croix.

Pour la BBC, "la nette victoire du candidat d'extrême droite reflète le rejet global du statu quo, ainsi que les inquiétudes concernant l'immigration et l'économie".

"L’Autriche a accueilli 90 000 migrants en 2015 et se montre de plus en plus réceptive aux arguments de ses autres voisins d’Europe centrale, en particulier sur le dossier des migrants. Les gouvernements de République tchèque et de Slovaquie, de Hongrie et de Croatie, tiennent la chancelière allemande Angela Merkel comme la responsable de la crise humanitaire en cours en Turquie ou en Grèce, notamment" [La Croix]

Hofer envisage de dissoudre le Parlement s'il est élu

Norbert Hofer, "discret vice-président du parlement, se veut une incarnation de l'aile libérale du FPÖ, l'ancienne formation de Jörg Haider, loin des dérapages qui avaient marqué la campagne de sa collègue Barbara Rosenkranz en 2010" [Le Figaro].

The Telegraph rappelle de son côté que "le parti d'extrême droite a commencé à gagner en importance sous la direction de son ancien dirigeant, Jörg Haider, qui avait fait publiquement l'éloge des SS nazis, déclarant qu'ils 'méritaient tous les honneurs et la reconnaissance' ".

Le candidat a réagi à la télévision, dans un discours qui s'est voulu rassurant et convaincu : "en tant que président, je m’occuperai de tous les Autrichiens. Ce qui ne veut pas dire que je renoncerai à mes convictions. Je défendrai toujours mes positions. Personne ne doit avoir peur de moi. C’est vrai, j’ai dit que les gens vont être surpris de ce qu’un président pourra décider et faire. Mais je l’ai dit dans un esprit positif. Car un président peut faire bouger beaucoup de choses. Il peut améliorer des choses. Il est élu au suffrage universel et doit donc son mandat à ses électeurs. Et moi, j’essaierai toujours bien veiller sur ce pays" [RFI].

Die Welt détaille un peu plus le programme de M. Hofer : il a traité la question des réfugiés avec des slogans comme "je ne veux pas que l'Autriche soit un pays musulman" et "l'islam ne fait pas partie de l'Autriche". Il a annoncé vouloir prendre des mesures contre les "réfugiés économiques" qui "détruisent le système social". Il promet également de renforcer l'armée pour défendre le pays et de promouvoir la démocratie directe.

Un paysage politique éclaté

Un résultat sans précédent qui s'explique également par la multiplicité des candidatures. Ils étaient six à s'affronter contre trois en 2010 et deux en 2004. La fin du deuxième mandat de Heinz Fischer était donc l'occasion pour les partis d'opposition de pousser à l'alternance, car "c’est aussi de l’usure des partis et d’une classe politique déconnectée des citoyens dont il a été question pendant la campagne". Cela explique le score de l'extrême-droite mais également celui d'Imgard Griss, indépendante qui semble avoir rassemblé les voix du centre. "Elle s’est fait connaître en présidant une commission d’enquête sur un scandale de corruption", explique RFI.

Le président autrichien est loin de disposer de pouvoirs aussi étendus qu'un président de la République en France. Son rôle est essentiellement honorifique, mais les récentes déclarations de M. Hofer indiquent qu'il pourrait, s'il était élu, faire usage de son pouvoir de dissoudre le Parlement, "si la majorité ne suivait pas ses recommandations concernant notamment le dossier des migrants".

Mais son adversaire au second tour M. Van der Bellen a lui aussi annoncé qu'il "refuserait de nommer chancelier le chef du FPÖ, Heinz-Christian Strache, même si ce dernier obtenait la majorité au parlement lors des prochaines législatives" [Le Figaro]. On se dirige donc vers une possible crise politique quel que soit le résultat de la présidentielle.

Un second tour, inhabituel dans une élection qui se joue souvent dès le premier tour de scrutin, se tiendra dans un mois, le 22 mai. Ce qui laisse le temps pour les opposants au FPÖ de barrer la route du palais présidentiel à M. Hofer.

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