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Emmanuel Macron président : soulagement et espoir chez les Européens

Revue de presse 08.05.2017

Dimanche 7 mai, Emmanuel Macron a remporté l'élection présidentielle française avec 66,1% des voix. Il devance Marine Le Pen, qui recueille 33,9% des suffrages. Une victoire logiquement bien accueillie par les dirigeants et médias européens, visiblement soulagés que le candidat d'En Marche ait largement battu sa rivale d'extrême droite et porté haut son engagement pro-européen.

Emmanuel Macron

Marine Le Pen au tapis

Lundi 8 mai, la presse européenne et internationale rivalise de Unes à l'effigie du nouveau président français. L'ultime signe que l'élection présidentielle, il est vrai à rebondissements, a passionné les observateurs largement au-delà des frontières nationales. Le positionnement sans équivoque pro-européen de son vainqueur, Emmanuel Macron, n'y étant pas étranger. Courrier international propose à cet égard un diaporama de certaines premières pages étrangères. "L'élu" titre ainsi sobrement La Libre Belgique, alors que le nouveau chef de l'Etat occupe l'intégralité de la Une. Dans le même style, Le Temps (Suisse) écrit simplement : "Génération Macron". Tandis que De Standaard (Belgique néerlandophone) ouvre son édition, en français dans le texte, par : "En marche, monsieur le président".

Selon les résultats finaux, M. Macron a recueilli 66,1% des voix lors de ce second tour. S'il fait moins bien que Jacques Chirac en 2002, qui avait battu Jean-Marie Le Pen avec 82% des suffrages, le candidat d'En Marche dépasse tout de même largement les prédictions des sondages, qui le créditaient plutôt de 60% des voix. "Macron terrasse Le Pen et s'ouvre les portes de l'Élysée", résume ainsi Le Figaro. Alors que Le Parisien semble encore étonné de la performance saisissante réalisée par l'ancien ministre de l'Economie, inconnu il y a encore trois ans et qui devient le plus jeune chef de l'Etat de la Ve République : "Emmanuel Macron, 39 ans et président !", titre le quotidien.

Pour El Pais (Espagne), cité par L'Express, le premier enseignement à tirer de ce scrutin est la défaite de la candidate du Front national, Marine Le Pen. "La France triomphe du radicalisme", scande le quotidien de centre-gauche. Et poursuit : "la victoire d'Emmanuel Macron à l'élection présidentielle, un pro-Européen et un ex-banquier libéral, a contenu la vague du mécontentement populiste qui a triomphé en novembre à l'élection présidentielle américaine et avant le référendum britannique".

Une opinion partagée par les quotidiens allemands Süddeutsche Zeitung (centre-gauche) et Frankfurter Allgemeine Zeitung (centre-droit) [Le Figaro]. "Les Français ont voté dans la tradition de la raison républicaine pour le candidat du centre et de la mesure", écrit le premier, qui ne voit toutefois pas le Front national péricliter en raison de cette défaite. "La plupart des Français rejettent la mondialisation et craignent pour leur identité", abonde le second. Avant d'ajouter que "c'est pourquoi la tentation du protectionnisme et le refus des réformes est aussi fort".

Les Européens "heureux", mais lucides

Toutefois, pas de triomphalisme dans la presse européenne. Comme l'écrit encore le Frankfurter Allgemeine Zeitung, si "l'Europe évite le cauchemar", et que "l'impensable" a été évité, l'Europe "ne doit pas se faire d'illusions pour autant". Le succès d'Emmanuel Macron offre un "espoir", comme l'estime le Financial Times (Royaume-Uni), mais en rien l'assurance d'une relance durable de l'Europe. "Bonne chance", adresse donc The Guardian (Royaume-Uni) au nouveau président, en lui rappelant que le pays est "divisé".

Les premiers messages de félicitations, envoyés à M. Macron par les dirigeants européens, sont par conséquents pondérés. Jean-Claude Juncker s'est ainsi déclaré "heureux" que les Français aient fait le choix d'un "avenir européen". Et le président de la Commission de reprendre les éléments de langage du fondateur d'En Marche, indiquant vouloir, comme le nouveau président, "une Europe qui protège et défend". Même son de cloche du côté d'Angela Merkel, qui n'a pas tardé à téléphoner à Emmanuel Macron pour le "féliciter chaleureusement" [20 minutes, avec AFP].

De toute évidence, le nouveau chef de l'Etat a encore renforcé sa popularité en Europe en faisant son entrée, devant ses partisans réunis devant le Louvre, sur le son de l'Ode à la Joie, l'hymne européen [Euronews].

Au fond, si les qualificatifs varient d'un média ou d'une déclaration à l'autre, le sentiment qui prédomine au lendemain de l'élection présidentielle française est le soulagement. Dit autrement, à l'instar du Corriere Della Sera (Italie), "L'Europe respire". Et désormais, les attentes sont grandes vis-à-vis du successeur de François Hollande. Pour El Mundo (Espagne), son arrivée au pouvoir pourrait sonner rien de moins que la "remontada" de l'Europe. Ou encore "son renouveau" à en croire le New York Times, qui n'hésite pas à conclure son article d'analyse par : "Vive la France, vive l'Europe. Plus que jamais".

"Il s'agit de la première véritable bonne journée pour la zone euro depuis le déclenchement de la crise financière fin 2009", soutient également le Financial Times. "Je n'ai en tête aucun autre politicien d'un pays européen qui a réussi à remporter une élection avec un agenda de réformes aussi explicite en faveur de la zone euro", poursuit l'auteur de l'article. Le succès du futur quinquennat d'Emmanuel Macron est tout sauf certain, conclut-il, mais s'il devait être positif pour l'Europe, c'est "ainsi que les choses auront commencé".

Le Royaume-Uni inquiet, la Russie déçue

L'ensemble de la presse britannique n'est néanmoins pas aussi élogieuse que le Financial Times. Sur Twitter, le ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson, a bien qualifié la victoire d'Emmanuel Macron de "stupéfiante", tandis que le leader du Parti travailliste Jeremy Corbyn s'est déclaré "enchanté". Mais, comme l'indique Le Monde, la victoire d'Emmanuel Macron est vue comme "une mauvaise nouvelle pour le Brexit". The Telegraph, journal conservateur favorable à la sortie du Royaume-Uni de l'UE ne s'y trompe donc pas en indiquant que le futur hôte de l'Elysée apporte dans son sillage des "nuages" sur le Brexit. Même si cela n'a pas empêché Theresa May d'être l'une des premières dirigeantes, hier soir, à adresser ses félicitations au président élu.

En outre, la victoire de M. Macron, et par la même occasion la défaite de Mme Le Pen, a suscité des commentaires acerbes dans la presse russe. Dans un autre article, Le Monde compile certaines déclarations d'éditorialistes, dont celui du Komsomolskaïa Pravda, qui écrit : "les Français se sont choisis un Macron en caoutchouc, ils vont subir l'enfer de la mondialisation", ajoutant qu'ils "ne méritent pas cette démocratie que des millions de soldats soviétiques ont payé de leur vie". De fait, alors que les relations d'Emmanuel Macron avec ses homologues européens ont tout pour être quasi-idylliques, du moins au début, celles avec le Kremlin pourraient être nettement plus heurtées.

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