Derniers articles publiés

Emmanuel Macron à Berlin : coup d'envoi pour le nouveau couple franco-allemand

Revue de presse 15.05.2017

Après avoir officiellement pris ses fonctions dimanche 14 mai, le nouveau président de la République, Emmanuel Macron, se rendra aujourd'hui à Berlin pour son premier déplacement officiel à l'étranger. Une visite qui rappelle l'importance des relations franco-allemandes et qui suscite espoirs et craintes outre-Rhin.

Emmanuel Macron et Angela Merkel

Emmanuel Macron rencontre Angela Merkel

Après une victoire clef en Rhénanie-du-Nord-Westphalie lors d'élections régionales, la chancelière allemande Angela Merkel reçoit aujourd'hui le nouveau président de la République française, Emmanuel Macron. Moins de trois mois après leur dernière entrevue, la cheffe du gouvernement allemand doit dîner avec son nouvel homologue, à la suite d'un entretien fixé à 17h30 et d'une conférence de presse, informe France 24.

Tout juste investi, le nouveau locataire de l'Elysée a donc "choisi la continuité" en se rendant, dès le lendemain de sa prise de fonction, en Allemagne. Un voyage qui tient désormais lieu "de figure obligée dans le rituel des premiers pas à l’Élysée", note La Croix. "La visite à Angela Merkel est presque devenue un rituel républicain, un peu comme faisait le roi au souverain pontife. En plus cela montre qu'Angela Merkel reste, alors que nous coupons la tête à nos rois tous les cinq ans", analyse Philippe Moreau-Chevrolet, expert en communication politique au Huffington Post.

Selon La Croix, le choix de l'Allemagne comme première destination de voyage officiel appuie une nouvelle fois l'engagement pro-européen d'Emmanuel Macron. Une volonté d'affirmer également la force des liens qui unissent le couple franco-allemand. Celle-ci a déjà confirmée, entre autres, par la nomination hier de Philippe Etienne, actuel ambassadeur de la France à Berlin, au poste de conseiller diplomatique du nouveau président [Les Echos].

Sécurité, économie, investissement, protection sociale ou encore lutte contre les pratiques anticoncurrentielles, devraient être au menu de cette rencontre, informe RFI. En fin de semaine dernière, la chancelière allemande avait déjà jeté les bases de cette journée en déclarant : "Je vais parler avec Macron de la façon dont on peut renforcer la zone euro et comment on peut mener des réformes qui ont un impact rapide sur le marché de l'emploi" [Les Echos]. Une référence concrète aux réformes libérales engagées par son prédécesseur social-démocrate Gerhard Schröder, selon le journal.

Un projet qui inquiète

Si Angela Merkel devrait réserver "un accueil chaleureux" au nouveau président français, qui "suscite un intérêt et des attentes extraordinaires en Allemagne (…), la tâche s'annonce d'ores et déjà ardue" pour Emmanuel Macron, soulignent Les Echos. "C'est le paradoxe du successeur de François Hollande : il incarne l'espoir mais ses projets de refondation de l'Europe inquiètent", explique le journal.

En outre, si le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble semble plutôt favorable à son idée d'un Parlement de la zone euro "consultatif", "les autres propositions d'un budget de la zone euro, d'un Trésor européen, d'un ministre des Finances de la zone euro ne suscitent pas le même enthousiasme outre-Rhin" [RFI].

Une défiance relayée par les médias allemands qui notent d'emblée les sources potentielles de désaccord entre les deux capitales européennes, "qu'il s'agisse de sa volonté de doter la zone euro d'un budget, de réformer l'Europe ou d'y promouvoir les investissements", relève Le Huffington Post .

L'hebdomadaire allemand Der Spiegel, s'est quant à lui affublé ce week-end, d'un titre au ton sarcastique : "Il sauve l'Europe, mais l'Allemagne doit payer" [RFI]. En effet, le très influent journal allemand s'est tout particulièrement inquiété "de la création d''eurobonds' qui mutualiseraient les dettes européennes". L'idée a d'ores et déjà été "vigoureusement rejetée par Berlin", alors même que le programme d'Emmanuel Macron "n'en fait guère mention", relève le Huffington Post.

C'est donc un véritable numéro d'équilibriste qui attend le nouveau locataire de l'Elysée, d'autant qu'en cette période préélectorale en Allemagne, les chrétiens-démocrates sont davantage "sur la  réserve pour ne pas irriter des électeurs peu enclins à payer pour les voisins ", note RFI.

Néanmoins si la chancelière allemande souhaite "sauver l'UE fragilisée par le Brexit et éviter l'isolement de son pays (…), elle n'a guère d'autre choix que d'entrer en dialogue avec Paris", expliquent Les Echos. Rappelant qu'à Berlin on redoute déjà une future victoire de Marine Le Pen en 2022, Michael Roth, secrétaire d'Etat, social-démocrate, aux Affaires européennes, a déclaré : "C'est dans notre plus grand intérêt d'apporter une contribution concrète pour que Macron réussisse sa présidence, car c'est peut-être notre dernière chance".