Derniers articles publiés

Elections législatives en Italie : percée populiste et incertitude politique

Revue de presse 05.03.2018

L'extrême droite et le parti populiste du Mouvement 5 étoiles (M5S) sont les grands vainqueurs des élections législatives italiennes du dimanche 4 mars. Parmi les formations et coalitions qui se sont présentées, aucune cependant n'atteint une majorité suffisante pour gouverner. Ce qui ouvre la voie à une période d'instabilité dans le pays.   

Matteo Salvini / Luigi Di Maio

Matteo Salvini / Luigi Di Maio. Crédits : @matteosalvinimi et @luigidimaio, Twitter

"Les élections italiennes posent plus de questions qu'elles n'en résolvent", titre ce lundi 5 mars le journal britannique The Guardian. La veille, "plus de 46 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes" pour renouveler "leurs 630 députés et 315 sénateurs". Après une "longue nuit de dépouillement des bulletins de vote" [Le Figaro], "aucune majorité parlementaire claire n’émerge, (…) au petit matin" [Le Monde].

Les résultats définitifs ne seront connus que dans la journée du 5 mars. Cependant, d'après les premières projections, "la coalition droite [et] extrême droite arriverait en tête, devant le Mouvement 5 étoiles (M5S) puis le Parti démocrate (PD) au pouvoir" [Courrier International]. Personne, cependant, n'atteint "le seuil pour obtenir la majorité des sièges" qui, "selon les experts", se situerait entre "40 [et] 45%" [Libération].

"Percée historique" des forces antisystème et d'extrême droite

A l'issue du scrutin, ce sont les "forces antisystème, eurosceptiques et d'extrême droite" qui apparaissent "majoritaires en voix et en sièges" [L'Express]. "D'après les premiers résultats, la coalition de droite serait arrivée en tête avec 33 à 36 % des voix". Cette "alliance élargie (…) balaie un spectre particulièrement large". Elle comprend Forza Italia, emmenée par Silvio Berlusconi, la formation centriste Noi con l'Italia, mais aussi la Ligue du Nord, le parti d'extrême droite "mené par Matteo Salvini" et Frères d'Italie, "son pendant néofasciste du sud" [Euronews].

A l'intérieur de cette coalition, "la Ligue, dépasse de 5 points (18%) le parti historique de Silvio Berlusconi" (13%) [Le Monde]. Un score qui, pour le quotidien français, illustre "la montée en puissance des partis anti-européens". "Silvio Berlusconi, qui s'était présenté à Bruxelles comme le seul rempart contre les populistes et les forces anti-euro, a donc perdu son pari" [L'Express].

Autre force antisystème : "le Mouvement 5 étoiles (M5S), qui frappe un grand coup" [Le Monde]. Ce parti populiste mené par Luigi Di Maio et faisant "cavalier seul, [est] crédité de 29,5 à 32,5 % des suffrages" [Euronews]. "Fondé par le comique Beppe Grillo en 2009", le mouvement "avait déjà créé la surprise en raflant 25% des voix aux dernières législatives de 2013" [L'Express]. Avec ce résultat, il devient aujourd'hui le premier parti d'Italie.

A l'inverse, la coalition de gauche apparaît comme la grande perdante de cette élection. Troisième force politique, elle "réaliserait un score de 25,5 à 28,5 % "[Euronews]. Le quotidien de Rome Il Messaggero évoque même "un effondrement" pour le Parti démocrate (centre gauche) au pouvoir, qui "se situerait entre 21 et 23 %" [Courrier International]. Un résultat "très loin des 40% remportés aux élections européennes de 2014" [Libération].

A la recherche d'une coalition

Avec cette élection, c'est une "nouvelle période d'instabilité politique" qui s'ouvre pour l'Italie [L'Express]. "Les deux chambres du nouveau Parlement doivent siéger pour la première fois le 23 mars prochain". Des "discussions formelles" commenceront ensuite début avril "en vue de constituer un gouvernement" [Le Monde].

L'absence de majorité "contraint les leaders politiques italiens à des calculs et des tractations, qui s'annoncent longs et complexes". Si les résultats partiels se confirment, "une alliance des populistes du M5S et de l'extrême droite de la Ligue, est la seule possible pour obtenir une majorité parlementaire" selon L'Express. Or cette éventualité a été "jusqu'à présent catégoriquement rejeté[e]" par les dirigeants des deux formations [Le Figaro]. En outre, "beaucoup des électeurs du M5S se positionnent aujourd'hui à gauche", et rejetteraient ainsi une alliance avec l'extrême droite [The Guardian].

Pour The Guardian, "une autre option serait de voir le bloc de centre-droite mené par [Silvio] Berlusconi (…) prendre la direction des négociations et tenter de rallier" des personnalités d'autres partis afin d'atteindre le seuil des 40%. 

Si aucune majorité n'émerge d'ici les prochaines semaines, "il appartiendra (…) au président italien, Sergio Mattarella, de démêler l'écheveau de ces résultats". Celui-ci pourrait alors confier un "'mandat exploratoire' à celui ou celle qui lui paraitra en mesure d'obtenir une majorité devant le Parlement" [L'Express]. Dans les colonnes du quotidien italien La Repubblica, le journaliste Claudio Tito se désole que "l’ingouvernabilité [soit] désormais une maladie endémique" dans le pays.