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Elections en Hongrie : une victoire annoncée pour Viktor Orban

Revue de presse 06.04.2018

Dimanche 8 avril, la Hongrie vote pour élire son nouveau Parlement. La victoire de l'actuel Premier ministre Viktor Orban, au pouvoir depuis 8 ans, et de son parti le Fidèsz, fait peu de doute. Les opposants au gouvernement veulent néanmoins croire en un possible revirement de dernière minute.

Viktor Orbán

Le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán - Crédits : European People's Party / CC BY 2.0

Lors des élections législatives hongroises à un seul tour de ce dimanche 8 avril, "199 sièges sont à pourvoir" explique La Croix. "Les électeurs disposent d’un double bulletin de vote", c'est-à-dire qu'ils "choisiront directement le député de leur circonscription – le candidat majoritaire remportera la mise – tandis qu’un autre député sera élu, cette fois, sur la base d’une liste nationale", à la proportionnelle poursuit le journal. Ce système permet "des alliances locales d’une part, un parti qui domine tous les autres" d'autre part , explique le politologue Csaba Toth, du think tank Republikon Intézet, cité par le quotidien.

Victoire sans accroc pour Viktor Orban ?

Le Premier ministre "qui brigue dimanche un troisième mandat consécutif à la tête de la Hongrie, est un ancien libéral devenu défenseur auto-proclamé d'une Europe chrétienne. […] Il assume un style autoritaire et xénophobe malgré les critiques de ses partenaires européens", décrit Le Point.

Jusqu'à la fin de l'année 2017, une victoire écrasante du Fidesz, parti de Viktor Orban, paraissait acquise [Les Echos]. "De bons sondages, une popularité ancrée et l'amélioration de la santé économique du pays", renforçaient cette tendance. Mais la perte d'élections locales en début d'année "au profit d'un candidat indépendant" pourrait avoir "changé la donne", estiment Les Echos.

De nombreuses accusations de corruption s'ajoutent et viennent entacher la crédibilité de Viktor Orbán. "Quelques voix osent s'élever pour dénoncer les détournements d'argent européen au profit de l'entourage du Premier ministre. […] En matière de corruption, la Hongrie est passée de la 20e à l'avant-dernière place des pays de l'Union européenne, juste devant la Bulgarie" pendant les mandats de Viktor Orbán, note Franceinfo. Une situation qui préoccupe la communauté internationale : "en Hongrie, 'le cadre constitutionnel et législatif' a été modifié avec pour conséquence une altération 'des contrepouvoirs' et 'le pouvoir de la cour constitutionnelle a été réduit'", s'inquiète ainsi le comité des droits de l'Homme de l'ONU cité par Libération.

Immigration : thème de prédilection du Fidesz

Pour Le Point, Viktor Orban "s'estime aujourd'hui conforté par la politique qu'il a mise en œuvre lors de la vague migratoire de 2015, érigeant notamment des centaines de kilomètres de clôture barbelée pour bloquer les réfugiés". De plus, "les attentats de Paris de l'automne 2015, perpétrés pour partie par des jihadistes arrivés de Syrie, ont achevé à ses yeux de prouver que l'immigration illégale était un poison".

Viktor Orban demeure néanmoins le grand favori pour sa réélection. "Les migrants, la Commission européenne, le millionnaire George Soros, accusé de vouloir imposer des migrants en Hongrie", sont les principales cibles du Premier ministre pour cette campagne [La Croix]. A l'aide d'une panoplie d'outils de propagande, comme de "gigantesques affiches [...] financées par des fonds publics [qui montrent] une grande colonne d’hommes à la peau mate qui marchent, alors qu’un panneau 'stop' barre la photo", son parti parvient à répandre un climat de xénophobie dans le pays, relève Libération.

Un montage photo montre même "ensemble les leaders de l’opposition – de l’ancien Premier ministre socialiste Ferenc Gyurcsany au leader du parti écologiste LMP – autour de George Soros, sécateur en main". L'affiche titre : "Ensemble ils veulent détruire la clôture-frontière". Bernadett Szél, "tête de liste aux élections parlementaires pour le LMP [parti politique hongrois d'opposition] "La politique peut être différente, [ndlr.], observe impuissante les effets d’un tel document". La Croix rapporte que madame Szél a "reçu des coups de fil demandant à quand remontait la photo". Cette dernière précisant "beaucoup de Hongrois ne savent pas comment fonctionne Photoshop".

L'ancien Premier ministre socialiste hongrois de 2004 à 2009, Ferenc Gyurcsany "juge très sévèrement la dérive nationaliste et l'emprise de Viktor Orban sur le pays".Les Echos rapporte que ce dernier "espère que les électeurs traduiront dans les urnes leur volonté de changement". Selon lui, "le Fidesz a voulu faire croire que si l'opposition arrivait au pouvoir, elle ouvrirait les frontières et laisserait rentrer des millions de migrants. Viktor Orban joue avec les peurs". Et il ajoute : "aujourd'hui, 80 % des gens sont prêts à penser que les réfugiés présentent un risque réel pour la Hongrie". Dans un autre article, Les Echos relattent les conclusions de Viktor Orban sur l'immigration : "l'Europe est envahie. Si nous ne faisons rien, des dizaines et des dizaines de millions de gens venant d'Afrique et du Proche-Orient y viendront".

Surprise à l'élection ?

Les Echos expliquent en outre que "malgré un chômage au plus bas (3,8 %) et une croissance dynamique (4 % en 2017), une forme de lassitude commence à se faire jour dans un pays miné par le clientélisme". De plus "le recours systématique à la rhétorique anti-migrants semble avoir atteint ses limites. [...] L'opposition accuse le dirigeant de chercher à occulter les vrais problèmes : corruption, santé, éducation, pouvoir d'achat".

Preuve de légers changements, "la perte d'une municipalité, bastion historique du Fidesz et berceau politique de Janos Lazar, chef de cabinet de Viktor Orban, au profit d'un candidat indépendant a changé la donne" en février. Agnès Kunhalmi, une députée du parti socialiste (MZSP), candidate à sa réélection à Budapest et citée par le journal, veut croire en une alliance contre la réélection de Viktor Orban. Elle explique que "si au lieu de se déchirer, l'opposition avait pu s'unir dans tout le pays comme je l'ai fait, le Fidesz pourrait être défait". Agnès Kunhalmi, dans sa circonscription, est "la seule à pouvoir se targuer d'avoir réuni sur son nom l'ensemble de l'opposition du centre et de la gauche". Néanmoins "cet épisode a montré que Orban pouvait être battu et nous a redonné de l'espoir", ajoute-t-elle.

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