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Elections en Basse-Saxe : revers pour Angela Merkel, fragilisée au moment de bâtir une coalition

Revue de presse 16.10.2017

Dimanche 15 octobre, les sociaux-démocrates allemands, dirigés par Martin Schulz, sont arrivés en tête lors des élections régionales partielles en Basse-Saxe avec 37% des voix. Alors qu'ils étaient promis à une nouvelle débâcle électorale, ils devancent finalement la CDU d'Angela Merkel, qui termine deuxième avec 33,6% des suffrages. Un mauvais résultat (le plus faible pour le parti dans cette région depuis 1959) qui fragilise la chancelière au moment de commencer les négociations en vue de construire une coalition nationale avec les Verts et les Libéraux.

Stephan Weil, ministre-président réélu de Basse Saxe, tenant un discours suite à l'annonce de la victoire du SPD

Stephan Weil, ministre-président réélu de Basse Saxe, tenant un discours suite à l'annonce de la victoire du SPD - Crédits : SPD de Basse Saxe (Facebook)

Une seconde chance pour Martin Schulz ?

"Qui l'eut cru ? Le SPD peut aussi gagner des élections avec Martin Schulz", titre ce matin le Frankfürter Allgemeine Zeitung [France Culture]. Avec 37% des voix, le Parti social-démocrate (SPD), dirigé par M. Schulz, est arrivé en tête des élections régionales partielles en Basse-Saxe, hier. Dans cette région plutôt riche du nord-ouest de l'Allemagne, le centre-gauche devance ainsi le Parti chrétien-démocrate (CDU) d'Angela Merkel, qui n'obtient que 33,6% des suffrages, son plus mauvais résultat dans cette région depuis 1959.

Après trois défaites lors de scrutins régionaux (Sarre, Schleswig-Holstein et Rhénanie-du-Nord-Westphalie) depuis le début de l'année et un revers historique aux élections fédérales, cette victoire pourrait permettre à Martin Schulz, "dont l’autorité a été écornée" [Le Monde] d'espérer "une plus facile réélection à la tête du SPD lors du congrès [du parti] de décembre", estime RFI. Autrement dit, ce "bol d'air" [France Culture] pourrait lui permettre d'obtenir "une forme de sursis", estime Le Monde.

Toutefois, "pour demeurer à la tête du parti, l'ancien candidat [à la chancellerie] doit maintenant engager le chantier de la refondation du SPD", analyse Le Figaro. Pour des militants du parti, interrogés par l'envoyé spécial du quotidien à Berlin, cette victoire serait un "premier pas vers la convalescence". L'un d'eux espère que son parti, "quinze ans après les réformes Schröder", qui ont, pour beaucoup, creusé les inégalités, "renouera enfin avec les catégories populaires qu'il a perdues".

Quoi qu'il en soit, ce score "permettra à Stephan Weil de continuer à diriger la région dont il est le ministre-président depuis 2013" [Le Monde]. Celui-ci a salué un "succès fulgurant" après une longue "course de remontée", rapporte Le Temps. En effet, "pour la première fois en 19 ans, nous serons le groupe le plus large au Parlement régional" a également déclaré M. Weil, selon Politico. Par ailleurs, "il a fait savoir qu'il entamera des discussions avec toutes les formations, sauf l'AfD" [Le Temps]. 

Cependant, cette fois, il devrait former "une 'grande coalition' avec la CDU, faute de disposer du nombre de sièges suffisants pour continuer de gouverner avec les Verts, comme il le faisait depuis quatre ans", analyse Le Monde.

Merkel, trop éloignée des valeurs conservatrices

La deuxième position des conservateurs allemands sera toutefois vue comme un échec dans la mesure où "fin août-début septembre, la CDU frisait les 40 % dans les sondages", rappelle Le Monde. D'après le quotidien, le parti de Mme Merkel paye notamment le fait d'avoir provoqué ce scrutin régional anticipé en ayant débauché une élue écologiste, mettant un terme à la maigre majorité de gauche au pouvoir. "A l’évidence, la CDU n’a pas réussi, dimanche, à écarter le soupçon d’avoir manœuvré en coulisses pour faire chuter la majorité sortante…", analyse le journal.

Ces résultats représentent également une sanction contre la chancelière qui n'a pas su tirer les leçons du faible score de la CDU aux élections fédérales du 24 septembre et d'une politique jugée "trop éloignée des valeurs conservatrices" par l'aile droite de son parti [Le Monde]. "Je ne vois pas ce que nous aurions dû faire différemment", avait ainsi déclaré la chancelière. Le quotidien populaire allemand Bild, cité par Le Temps, estime qu'avec ce score, la CDU "n'entre certainement pas renforcée dans le poker des discussions préliminaires avec les Verts et le FDP".

L'alliance des contraires

En effet, les élections en Basse-Saxe vont à présent obliger la chancelière "à jouer sur deux fronts dans les prochaines semaines" [Le Monde]. Outre l'obligation de devoir composer avec son allié bavarois, la CSU, "arc-bouté sur la question migratoire" [Le Figaro], la chancelière va entamer mercredi prochain des "discussions exploratoires" avec les Verts et le Parti libéral-démocrate (FDP) en vue d'obtenir une coalition inédite pour gouverner le pays. Angela Merkel doit ainsi "réussir l'alliance des contraires", selon Le Figaro avec notamment "des libéraux du FDP obnubilés par les baisses d'impôts et le refus de tout budget européen, et des Verts décidés à faire entendre leurs revendications écologistes".

Dans ces négociations, les pourparlers entre la CDU, les Verts et le FDP "pourraient bien s'éterniser et se poursuivre jusqu'en 2018", selon  Le Temps. Les Allemands ne sont d'ailleurs pas tous convaincus que ces négociations aboutiront (seulement 75% selon un sondage Infratest Dimap). "Si la coalition échoue à voir le jour, et si le SPD ne change pas d'avis, de nouvelles élections devront être organisées", rappelle Le Figaro.

Toutefois, les résultats obtenus par les Verts et le FDP en Basse-Saxe, respectivement 8,7 et 7,5%, sont également relativement faibles. Ainsi, "ils ne se trouvent guère en position de force pour débuter les premiers pourparlers", selon Le Monde.

L'AfD obtient pour sa part 6% des suffrages et fait son entrée au Parlement régional. La formation d'extrême-droite "a franchi de justesse, hier, la barre des 5% pour obtenir des représentants régionaux" [France Culture], mais obtient un "score décevant" sans doute lié "à la situation particulière de l’AfD dans le Land, où la direction locale du parti est encore plus divisée qu’ailleurs" [Le Monde].