Derniers articles publiés

Elections britanniques : retournement de situation à Westminster

Revue de presse 11.05.2015

Malgré les sondages qui annonçaient les deux partis traditionnels britanniques au coude-à-coude, et la probable difficulté pour le vainqueur de former une coalition, ce sont les conservateurs qui ont raflé la majorité absolue à la Chambre des communes lors des élections générales de jeudi. La presse française fait le bilan de ce scrutin.

David Cameron

Un "triomphe" [Les Echos] et une "victoire" [Libération], "inattendus", la "grosse surprise" [Slate], un "résultat aussi surprenant qu’inespéré" [L’Obs], une "spectaculaire victoire des tories" [Le Point]... la presse française ne manque pas de mots pour souligner le fossé entre les prévisions et le dénouement des élections britanniques du 7 mai.

Contre toute attente, les conservateurs ont remporté 331 sièges sur 650 à la Chambre des communes. Des résultats qui confèrent au parti une majorité absolue, ce qui signifie que David Cameron "pourra gouverner seul" [Le Monde].

Le bilan travailliste, lui, est "catastrophique" pour Le Monde : le parti a gagné seulement 231 sièges, l’un des scores les plus faibles de toute l’histoire du Labour.

Le parti des libéraux-démocrates a aussi beaucoup souffert : de 57 sièges remportés en 2010, il ne lui en reste désormais plus que… 8.

Autre constat du Monde, dû au mode de scrutin britannique : le parti europhobe UKIP devient cette année le troisième parti, avec au total 12% des suffrages, mais n’a glané qu’un seul siège.

Seul le parti indépendantiste écossais (SNP) a de quoi se réjouir: sur les 59 sièges qui sont réservés à l’Ecosse au sein de Westminster, il en a remporté 56. C’est un véritable "triomphe" et des "résultats historiques" pour Le Point.

L’Humanité tente pourtant de nuancer ce que tout le monde qualifie de "triomphe" conservateur et estime que David Cameron a peut-être remporté une majorité absolue, mais "néanmoins courte".

Le journal estime néanmoins que ces résultats sont une "claque", une "humiliation" pour les travaillistes. Dans un entretien, le professeur britannique Keith Dixon annonce une "crise durable pour les travaillistes".

Pour Le Monde, c’est également une véritable "débâcle".

Autre unanimité au sein de la presse française : le "fiasco des sondages" [Le Figaro] qui prévoyaient tous un résultat très serré entre les conservateurs et les travaillistes, et n’ont pas une seule fois envisagé la victoire écrasante de David Cameron. Tous les pronostics annonçaient l’inévitabilité d’une coalition, assurant qu’une majorité absolue par l’un des partis était quasi-impossible. Le Monde assène qu’ils se sont "totalement trompés".

Dans Libération, les instituts de sondages tentent de se justifier en invoquant "le syndrome de ‘l’électeur timide’, qui n’ose pas déclarer aux sondeurs pour qui il votera - voire ment - et se révèle souvent être conservateur, a été notamment avancé".

Mais pour le journal, si M. Cameron a été élu, c’est parce qu’il a "a martelé un message d’inquiétude et de peur, en rappelant que la reprise économique restait fragile, que la montée du nationalisme écossais menaçait l’équilibre du Royaume, en insistant sur le manque de crédibilité, notamment économique, du travailliste Ed Miliband. Les électeurs britanniques l’ont cru".

L’Obs tire les mêmes conclusions et considère que "les tactiques de campagne alarmistes des Tories promettant l’apocalypse pour l’économie dans le cas de l’avènement d’un gouvernement travailliste dépensier et d’un SNP partisan de la dislocation de l’Union ont, semble-t-il, convaincu l’électeur".

L’issue de ces élections aura en tout cas coupé de nombreuses têtes : trois dirigeants de partis britanniques ont démissionné immédiatement après l’annonce des résultats.

Ed Miliband, le leader travailliste, qui a, selon Le Figaro, "laminé" son propre parti, le laissant "à genoux" pour Le Monde en enregistrant une défaite "lourde" et "cuisante" [Le Point], a affirmé "assumer toute la responsabilité du scrutin" [L’Obs] et s’est déclaré "profondément désolé", décidant de "passer le relais".

De même, le leader libéral-démocrate Nick Clegg s’est retiré de la vie politique, tout comme le chef du parti europhobe UKIP Nigel Farage, qui avait promis sa démission s’il n’était pas élu dans la circonscription où il se présentait, South Thanet. Ce dernier devrait cependant se présenter à nouveau à la présidence du parti en septembre.

Quoiqu’il en soit, la victoire de David Cameron enchante peu Bruxelles.
En effet, selon Les Echos, celle-ci "rend le référendum sur l'Europe inéluctable".

Slate explique que si le Premier ministre est "plutôt favorable à un maintien de la Grande-Bretagne dans l’UE", il a néanmoins promis un référendum sur le maintien de son pays dans l’Union européenne en cas d’échec des négociations avec les dirigeants européens. Il a d’ailleurs renouvelé sa promesse à la suite de sa réélection.

Pour Le Monde, "jamais la voie n’a été plus ouverte à un référendum sur la sortie de l’Union européenne".

EurActiv rapporte que "la renégociation du Royaume-Uni avec l’UE a déjà démarré". Mais cela s’annonce difficile : si personne à Bruxelles ne veut voir le Royaume-Uni quitter l’Union, certains pays comme la France refusent totalement une renégociation des traités.

Les autres sujets du jour

Economie, euro