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Elections allemandes : quelle coalition pour Angela Merkel, grande favorite ?

Revue de presse 18.09.2017

Sept jours avant les élections législatives allemandes, qui auront lieu dimanche 24 septembre, les sondages donnent toujours le parti d'Angela Merkel en tête des intentions de vote.

Palais du Reichstag, siège du Bundestag à Berlin

Palais du Reichstag, siège du Bundestag à Berlin

Morosité

Au terme d'une campagne sans suspense débutée en août, qualifiée tantôt d'"ennuyeuse" puis de "morose" par les commentateurs, les électeurs "s’apprête[nt] à réélire mollement une chancelière qui incarne […] la stabilité et la longévité, surtout après l’actualité géopolitique inquiétante de ces derniers mois", présente Libération. Le parti de Mme Merkel est effectivement crédité de 37% des intentions de vote, même si les indécis sont encore nombreux.

Plusieurs phénomènes démographique, sociologique et politique expliquent notamment ce "sentiment général de contentement qui finit par se traduire, sur le plan culturel et intellectuel, par une forme d’engourdissement", relate le journaliste Nils Minkmar, interrogé par Le Monde. Elément le plus important selon lui : un désir de stabilité politique ancré dans la politique allemande depuis la guerre. Par ailleurs l'électorat est vieillissant "et donc traditionnellement conservateur […] : les plus de 60 ans seront le plus grand groupe électoral", note Libération.

Coalition Jamaïque

Par conséquent, sauf surprise, Angela Merkel, qui représente la droite allemande (CDU/CSU) devrait être réélue à la tête de la chancellerie fédérale.  Mais, comme pour ses trois mandats précédents, elle aura le cas échéant à former une coalition pour obtenir la majorité au Bundestag. Ainsi, deux options s'offrent potentiellement à elle : "un renouvellement de l'actuelle 'grande coalition' avec le parti de centre-gauche SPD ou une alliance avec deux plus petits partis, les Verts et les libéraux-démocrates (FDP)", explique Politico. En effet, "elle a rejeté l'idée de travailler avec le parti anti-immigration AfD (Alternative für Deutschland) ou avec l'extrême gauche Die Linke" [Euractiv].

Une coalition "Jamaïque", de la CDU-CSU (dont la couleur traditionnelle est le noir) avec les Verts et les libéraux-démocrates (représentés en jaune) semble toutefois difficile à concevoir pour les membres de ces deux derniers partis, antagonistes sur l'échiquier politique. Les Verts "voient le 'business-friendly' FDP comme une antithèse de tout ce qu'ils défendent", analyse en effet Politico. Un représentant du parti au Bundestag ajoute : "quand il s'agit du climat de de l'économie, le FDP est le diable" tandis que Katrin Göring-Eckardt, l'une des leaders du parti a accusé le FDP "de défendre le lobby du charbon et de nier le changement climatique".

Toutefois, les deux partis mettent logiquement en balance l'opportunité d'accéder au gouvernement. "Pour la première fois depuis la coalition avec les sociaux-démocrates entre 1998 et 2005" [Politico] pour les Verts, et "pour se remettre de leur défaite historique de 2013 et retourner au Parlement" [Euractiv], pour le FDP.

La France préfèrerait éviter une coalition avec les libéraux

Une coalition entre la CDU et le FDP ne ravirait pas non plus le Premier ministre français, Edouard Philippe, qui était en visite à Berlin vendredi 15 septembre. Dans un discours face à des chefs d'entreprises allemands, il a décliné la politique de son gouvernement : "assainir la dépense publique", "baisser fortement les impôts", "réduire le coût du travail de façon drastique", etc. Autrement dit, "le parfait résumé de ce que les milieux économiques allemands attendent de la France depuis des années", observe Le Monde.

La raison ? "Si le FDP s'allie à la CDU pour gouverner, les réformes de l'Eurozone seront paralysées" explique l'économiste Christian Odendahl, pour Euractiv. Le leader du FDP, Christian Linder, a en effet annoncé que “tout ce qui va en direction d'un transfert des compétences financières au niveau européen, que ce soit un budget de l'Eurozone ou une Union bancaire, c'est une ligne rouge pour nous", rapporte Reuters. Le FDP a d'ailleurs demandé à obtenir le ministère des Finances en cas de coalition, afin de succéder au "gardien des politiques d'austérité dans la zone euro", Wolfgang Schauble. Dans ce contexte, une coalition de la CDU/CSU avec le SPD simplifierait la réalisation des ambitions européennes du gouvernement français.

Inégalités sociales et territoriales

Enfin, la presse française relève qu'en dépit d'une situation économique particulièrement favorable, le "modèle allemand" semble révéler ses limites. Bien que "pour l'instant, le chaudron social n'explose pas", Le Figaro décrit les conséquences des réformes Schröder sur les retraites : "avec sa population vieillissante, l'Allemagne est menacée par une bombe à retardement sociale : la pauvreté de ses retraités". Les clivages entre le nord et le sud du pays s'accroissent également : "le sud a globalement bénéficié de politiques d'investissements plus efficaces ainsi que d'un tissu de PME plus performant", poursuit le quotidien.

Des inégalités croissantes qui contribuent à gonfler le score de l'AfD dans les sondages. Ce-dernier pourrait accéder au Bundestag en récoltant "les fruits de la colère des laissés-pour-compte du fameux 'modèle allemand'" [Libération]. Parti "xénophobe, populiste et révisionniste" [Libération], son co-chef de file a déclaré début septembre "que les Allemands ont le droit d’être fiers des performances des soldats allemands pendant les deux guerres mondiales" [France Inter].