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Elections allemandes : incertitudes autour de "la troisième place"

Revue de presse 22.09.2017

A trois jours du scrutin, qui aura lieu le 24 septembre, les sondages laissent toujours penser qu'Angela Merkel conservera sa place de chancelière. Toutefois, les incertitudes demeurent autour du vote des 40% d'indécis ou d'un potentiel vote utile, en réaction à la montée du parti populiste AfD. Les sociaux-démocrates se préparent quant à eux à une défaite historique. 

Martin Schulz et Angela Merkel

Martin Schulz, candidat du SPD et Angela Merkel, actuelle chancelière et candidate de la CDU/CSU

L'AfD s'ancre dans le paysage politique

La presse s'inquiète depuis quelques semaines du terrain gagné dans les sondages par le parti d'extrême-droite Alternative für Deutschland (AfD). "La formation populiste de droite est créditée de 8 à 12 % des intentions de vote et pourrait constituer la troisième force du Bundestag à l’issue du scrutin de dimanche", explique l'Express.

Depuis 4 ans,"l’AfD vole de succès en succès dans les différentes élections régionales, dépassant même les 20 % dans quelques Länder de l’Est du pays", qui regroupent les régions les plus pauvres, souligne Ouest-France. Le parti surfe en effet sur "le mécontentement" [Ouest-France] d'une partie de la population face à la politique d'accueil des réfugiés d'Angela Merkel et à la "vraie poussée des précarités, surtout dans la partie est", [Les Echos].

"Dans l’hypothèse d’une grande coalition entre CDU et SPD, il pourrait alors devenir le premier parti d’opposition en Allemagne", explique toujours Ouest-France. En réaction, Angela Merkel "tiendra un meeting à Munich en soirée,  [et] Martin Schulz (…) à Berlin" pour tenter de "rallier les indécis", rapporte l'ExpressCe dernier, en forte baisse dans les sondages, veut croire à un "retournement de dernière minute".

Vote utile et indécis : des incertitudes demeurent

En effet, même si le scrutin semble "presque joué d'avance", la montée de l'AfD inquiète à gauche tandis que "40% des électeurs disent ne pas savoir pour qui ils voteront le 24 septembre", explique La Croix. "Je veux empêcher […] l’entrée de l’AfD au Parlement", confie au quotidien une juriste berlinoise et habituellement écologiste qui votera pour le SDP : "le vote tactique pourrait [donc] jouer un rôle non négligeable."

Ainsi, bien qu'Angela Merkel s'apprête à conserver son poste de chancelière, l'enjeu est de savoir avec qui elle gouvernera : la "troisième place [est] convoitée", résume ainsi La Croix. Les Verts, l'AfD et la gauche radicale Die Linke se la disputent : "elle est importante car elle peut donner l’orientation politique des quatre prochaines années", explique Katrin Göring-Eckardt, l’une des têtes de liste des Verts [La Croix].

D'autant plus que le SPD "se prépare à un débat sensible sur sa participation ou non à un nouveau gouvernement Merkel" [Les Echos] et "pourrait cette fois choisir de se ressourcer dans une cure d'opposition" [L'Express]. Ce qui laisserait la place à une coalition "Jamaïque" avec les Verts et les libéraux-démocrates du FDP.

Martin Schulz cherche à limiter la casse

Car si l'extrême-droite gagne du terrain, ce n'est pas le cas des sociaux-démocrates. Au vu des 22% dont il est crédité dans les sondages - "du jamais vu dans l'histoire du plus vieux parti d'Allemagne" [L'Express] - Martin Schulz "joue sa survie à la tête du SPD," pour Nicolas Barotte, correspondant du Figaro à Berlin. Après les espoirs liés à un "effet Schulz (…) retombé comme un soufflé" [Les Echos], l'enchainement des défaites du SPD aux élections régionales comme en Rhénanie du Nord-Westphalie, "bastion de gauche" [Le Figaro], ou dans la Sarre ont affaibli le candidat. Si on y ajoute sa défaite au débat et l'attitude détachée de son adversaire, sa campagne a "tout du calvaire", conclut Le Figaro.

Difficile en effet, malgré une campagne axée sur la justice sociale, de "se positionner face à une Angela Merkel qui défend maintenant le salaire minimum" [Les Echos]. Ainsi, "c'est le drame des sociaux-démocrates : leur bilan politique est riche, mais c'est la chancelière qui en tire les bénéfices politiques", analyse le quotidien qui souligne "les erreurs" de sa campagne.

La défaite sera probablement "sévère" [Le Figaro]. Cependant, bien qu'en Allemagne "l'alliance des gauches est morte", le candidat social-démocrate "martèle [...] l'argument du vote utile" ces derniers jours. Un message qui "s'adresse d'abord aux électeurs de Die Linke, dont une partie est constituée des déçus de la social-démocratie" ainsi qu'aux indécis, analyse toujours Le Figaro.

Un "Merkel IV" peu réjouissant pour les Européens ?

Quoi qu'il en soit, l'Union chrétienne-démocrate (CDU) et son allié bavarois "sont crédités de 36% des voix, selon un sondage de la chaîne ZDF publié jeudi soir" [L'Express]. Tandis que "la stature indéboulonnable" de la chancelière "à la longévité exceptionnelle" - selon son portrait dans Libération  - est en passe d'être réélue, la presse française s'interroge : Merkel est-elle utile à l'Europe ?

Car elle "n’est pas une Européenne de cœur mais de raison, et elle ne l’est que parce que l’Union sert les intérêts allemands", estime Jean Quatremer, toujours dans Libération. "La chancelière n’a jamais défendu que les intérêts de son pays, aggravant ainsi la crise économique qui a secoué l’UE à partir de 2008". Qu'il s'agisse de la crise grecque, du renflouement des banques, d'un plan européen de relance en 2009 ou de l'intervention américaine amendée en Syrie, elle interviendra "trop peu, trop tard" car pour elle "l’Europe se résume surtout au chacun pour soi sous le toit commun de la rigueur budgétaire", conclut le journaliste.

"Son calme et son pragmatisme ont été jusqu'à maintenant plus utiles à l'Allemagne qu'à l'Europe", juge par ailleurs Dominique Seux dans Les Echos. Le journaliste se demande si, dans cette perspective, les ambitions européennes d'Emmanuel Macron seront réalisables, pour enfin créer " une solidarité qui ne soit pas seulement là en cas d'incendie".