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Elections allemandes : Angela Merkel renforce son statut de favorite

Revue de presse 04.09.2017

A l'occasion du seul débat télévisé de la campagne pour les élections générales allemandes, les deux principaux candidats à la chancellerie se sont affrontés dimanche 3 septembre sur différentes thématiques. Si l'ancien président du Parlement européen et candidat du SPD, Martin Schulz, avait tout à gagner d'une telle rencontre, c'est finalement l'actuelle chancelière Angela Merkel (CDU) qui sort renforcée du duel.

Martin Schulz et Angela Merkel

Martin Schulz et Angela Merkel

Un dialogue entre deux partis de coalition

"Ce devait être un duel. Ce fut plutôt un duo", assène Le Monde. Unanimes, les médias allemands et français estiment que ce débat n'aura pas permis aux "46% d’indécis parmi les électeurs allemands de progresser dans leur choix en vue du scrutin du 24 septembre" [Libération].

Diffusé sur les quatre principales chaînes de télévision allemandes, ce débat était pourtant très attendu, trois semaines avant les élections générales allemandes [RFI]. Mais "les 97 minutes proposées par Angela Merkel et Martin Schulz offraient le même suspense qu’une fête de famille harmonieuse", estime RFI.

De fait, "les sociaux-démocrates allemands, membres depuis 2013 de la coalition gouvernementale de la chancelière, ne parviennent pas à résoudre leur problème central : présenter une offre politique réellement distincte de celle d'Angela Merkel", explique Le Parisien. Une alliance que la chancelière a su rappeler à son adversaire "à chacune des timides attaques", puisque son parti a soutenu toutes les mesures adoptées par son gouvernement [Libération].

Ainsi, "pendant une heure et demie, les candidats de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et du Parti social-démocrate (SPD) ont discuté plus que débattu, dialogué plus que bataillé (…) et leur confrontation a davantage été celle de deux personnalités que celle de deux projets politiques", relate Le Monde.

Des différences ténues

"Animé par quatre journalistes de chaînes publiques et privées, le débat s'est concentré sur les questions migratoires et internationales, plus que sur les questions sociales, économiques ou fiscales", expliquent Les Echos. Martin Schulz a essayé "de paraître plus clair que son adversaire", lorsque Angela Merkel a imposé son expérience du pouvoir, face à un candidat "qui n'a jamais exercé de fonction gouvernementale", comme l'ont rappelé les journalistes en introduction [Le Figaro].

Le chef du SPD aura bien tenté d'attaquer la chancelière sur sa gestion de la crise des migrants. En effet, "l'arrivée de 1,3 million de migrants depuis 2015 a marqué le troisième mandat d'Angela Merkel". Pour l'ancien président du Parlement européen, il "'aurait été mieux' pour l'Allemagne d'impliquer ses 'partenaires européens'", appelant à "améliorer les structures d'intégration" [Ouest France]. Mais "sur le fond, il a reconnu qu’il avait été 'juste' d’accueillir des migrants fuyant la guerre civile en Syrie", nuance Le Monde.

Difficile de trouver un thème sur lequel les candidats se sont distingués significativement. "Les deux partis sont d'accord pour créer 15 000 postes de policiers supplémentaires mais le SPD refuse l'intervention de la Bundeswehr (armée de terre) sur le territoire allemand", note par exemple Ouest France.

"Même sur les questions sociales, terrain sur lequel le programme de M. Schulz est plus précis et plus ambitieux, ils n’ont pas réussi à se différencier", note Le Monde. Sur le passage de l'âge de la retraite à 70 ans, la chancelière a ainsi assuré qu’elle était "clairement contre", alors que son parti est à l'origine de la proposition. Une sortie à laquelle le candidat du SPD n'était pas préparé. "'Merci d’avoir adopté la position des sociaux-démocrates', lui a-t-il répondu d’un sourire agacé" [Le Monde].

Angela Merkel rejette l'adhésion de la Turquie à l'UE

Au fond, seule une sortie risque d'être véritablement retenue du débat : "Il est clair que la Turquie ne doit pas devenir un membre de l’Union européenne", a en effet affirmé la chancelière, ajoutant vouloir "discuter avec (ses) collègues" de l’Union européenne "pour voir si nous pouvons parvenir à une position commune sur ce point et si nous pouvons mettre fin aux négociations d’adhésion". "Je ne vois pas l’adhésion arriver et je n’ai jamais cru que cela puisse survenir", a-t-elle ajouté, citée par Libération.

Sur ce sujet également, Mme Merkel aura même coupé l'herbe sous le pied de Martin Schulz, qui reproche depuis des semaines à Angela Merkel d'être "trop complaisante à l’égard d’Ankara, alors que douze citoyens allemands ont été récemment arrêtés en Turquie pour des raisons politiques et que le président Erdogan a appelé les Turcs vivant en Allemagne à ne voter ni pour le SPD, ni pour la CDU ni pour les Verts le 24 septembre" [Le Monde]. La chancelière a cependant clairement affirmé ses positions, prenant son adversaire de revers.

Angela Merkel sort gagnante du débat

Occasion de "la dernière chance" pour Martin Schulz, le rendez-vous semble donc avoir été manqué. Pourtant, le candidat du SPD devait impérativement prendre l'ascendant lors de ce débat, avec seulement 22% des intentions de vote contre 38% pour la CDU [Libération].

"Aussi éloquent et spontané qu'Angela Merkel est cérébrale et réservée, l'ancien président du Parlement européen était a priori le mieux armé pour emporter l'exercice et se relancer" [Le Parisien]. Mais la chancelière, "en place depuis 12 ans, n'a pas ménagé ses efforts et son adversaire est tombé dans ses pièges", estime le Huffington Post.

D'après un sondage d'opinion de l'après-débat de l'institut Infratest Dimap réalisé pour la chaîne ARD, "55% des téléspectateurs l'ont ainsi trouvée [Angela Merkel] plus convaincante que son adversaire, contre 35% pour Martin Schulz", rapporte Ouest France. Elle sort ainsi du débat renforcée, confortant son statut de favorite.

"Merkel a livré une performance pleine d'assurance, Schulz n'a pratiquement réussi aucune de ses offensives", juge le quotidien de centre-gauche Süddeutsche Zeitung, qui ajoute, cité par Le Parisien : "le candidat Schulz est un homme sympathique. Mais la sympathie ne suffit pas pour devenir chancelier".