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Election régionale partielle en Allemagne : un revers fâcheux pour Angela Merkel

Revue de presse 05.09.2016

La défaite était attendue, mais elle n'en demeure pas moins douloureuse. La CDU d'Angela Merkel a été battue, hier, par le Parti social-démocrate (SPD) et surtout par l'AfD, formation populiste antieuropéenne de droite, dans la région du Mecklembourg-Poméranie occidentale. Un revers électoral particulièrement cuisant pour la chancelière qui avait fait de cette région du nord-est de l'Allemagne son fief, et qui aborde les élections législatives de 2017 dans une position historiquement faible depuis son accession au pouvoir en 2005.

Angela Merkel

Portée par le rejet de l'immigration, l'AfD poursuit son ascension

L'élection régionale partielle de Mecklembourg-Poméranie occidentale, hier, s'est soldée par une lourde défaite pour le Parti chrétien-démocrate (CDU) d'Angela Merkel. Sa formation ne termine en effet qu'en troisième position, avec 19% des suffrages, battue par son partenaire de coalition, le SPD, arrivé en tête avec 30,6% des voix, mais aussi par l'Alternative pour l'Allemagne (AfD, 20,8%). Ce matin, pour les médias français, le constat est donc clair : il s'agit d'une "claque" [Le Monde], d'une "gifle" [Le Point], ou encore, dans un style moins brutal, d'un "sévère avertissement" [La Tribune].

Cette défaite était toutefois attendue. Prévue par les sondages, elle n'en constitue pas moins "un camouflet" pour la chancelière, comme l'explique La Croix (avec l'AFP), qui rappelle également qu'il s'agit en outre de son fief électoral personnel. D'autant que jamais depuis la Seconde Guerre mondiale, la CDU n'avait été battue par un parti situé à sa droite. En définitive, résume France TV Info, la cheffe du gouvernement allemand aura fait les frais de sa politique d'immigration et d'asile, qui a "monopolisé la campagne électorale".

Pour Slate, Daniel Vernet ne dit pas autre chose. "L'AfD a réussi à mettre la politique d'Angela Merkel vis-à-vis des réfugiés, la sécurité et le terrorisme, l'islam et l'identité au centre des débats". La formation populiste de droite a ainsi "obligé les partis établis à prendre sur ces sujets des positions plus à droite que leurs programmes traditionnels". Le représentant du SPD dans la région a par exemple critiqué la politique d'ouverture de la chancelière, alors que son parti est son partenaire de coalition. Tandis que le chef de la CDU s'est quant à lui positionné pour l'interdiction totale de la burqa, et ce même s'il s'agit d'un Land "où il n'y a que peu d'immigrés".

Angela Merkel en danger pour 2017

Alors qu'Angela Merkel se trouve en Chine pour la réunion du G20, les premières réactions du côté de la CDU sont venues du secrétaire général du parti, Peter Tauber, qui a qualifié le résultat "d'amer" et de "protestataire". De son côté, Sigmar Gabriel, ministre de l'Economie et patron du SPD a appelé l'ensemble du spectre politique allemand à se demander "comment faire pour que la colère et les inquiétudes des gens ne se retrouvent pas dans l'AfD" [L'Express, avec AFP].

Le Point (également avec l'AFP) cite quant à lui le quotidien allemand Die Welt : "désormais l'Allemagne a ce qui n'avait jamais existé depuis la fin de la guerre en 1945 : un parti d'extrême droite". Parce que les électeurs, comme dans de nombreux autres pays d'Europe "ne se sentent plus représentés", la progression de l'AfD est perçue par certains observateurs, dont Hajo Funke, professeur de sciences politiques à l'Université de Berlin, comme "une lame de fond".

Le 18 septembre, deux nouvelles élections régionales partielles, en Basse-Saxe et à Berlin, pourraient d'ailleurs confirmer cette tendance et encore affaiblir la position d'Angela Merkel. "C'est peut-être le début de la fin de la chancelière", veut ainsi croire Leif-Erik Holm, leader de l'AfD dans le Mecklembourg-Poméranie occidentale. Un scénario catastrophe pour la dirigeante allemande jugé plausible par Gero Neugebauer, politologue à l'université de Berlin cité par Les Echos (et Reuters). "Si des élus au Parlement se mettent à considérer [Angela Merkel] comme un danger pour le parti et pour leur propre mandat l'année prochaine, la situation pourrait échapper à tout contrôle", a-t-il déclaré.

Pour l'heure, Mme Merkel n'est plus créditée que de 45% d'opinions favorables, un seuil historiquement bas pour elle depuis 2005, tandis que seuls 42% des Allemands souhaitent la voir briguer un nouveau mandat l'an prochain. Le manque de rival crédible dans son camp et la très mauvaise santé du Parti social-démocrate venant toutefois tempérer le tableau négatif.

La relance de l'Europe comme dommage collatéral ?

Selon Jean Quatremer, correspondant à Bruxelles de Libération, l'Europe devrait être une victime collatérale immédiate des tourments de la chancelière allemande. Si une "relance de l'UE" et une "remise à plat des traités européens" semblent s'imposer, "Angela Merkel va sans doute temporiser comme jamais afin de ne pas fournir d'arguments de campagne à ses opposants", estime le journaliste. Un contexte qui devrait donc favoriser la "paralysie", d'autant que ni Matteo Renzi, qui "affronte en octobre un référendum qui pourrait bien lui être fatal", ni François Hollande, "totalement démonétisé sur le plan intérieur comme sur la scène européenne à force d'inexistence", paraissent en mesure de lui ravir son leadership.

En conclusion, prédit Jean Quatremer, le Royaume-Uni devrait tirer profit de ce marasme. Theresa May, "déjà peu disposée à déclencher rapidement le processus de sortie de son pays de l'Union" serait en effet tentée de repousser cette échéance à la fin 2017, soit après les élections françaises et allemandes, "afin de se donner le temps de se mettre en ordre de bataille".

Et en France également, comme le signale Europe 1, la situation allemande fait au moins une heureuse. Sur Twitter hier, Marine Le Pen a en effet rapidement congratulé l'AfD pour son résultat : "Ce qui est impossible hier est devenu possible : les patriotes de l'AfD balaient le parti de Mme Merkel. Toutes mes félicitations".

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