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Election présidentielle américaine : l'Union européenne s'inquiète d'une victoire de Donald Trump

Revue de presse 08.11.2016

Le nom du nouveau président américain sera connu cette nuit. La récente remontée du candidat républicain Donald Trump dans les sondages inquiète à Bruxelles. Son élection serait une nouvelle épreuve pour l'Union européenne, selon une grande majorité de responsables politiques européens. Ils espèrent donc une victoire de sa rivale démocrate, Hillary Clinton. Le candidat républicain n'est soutenu que par les partis populistes et europhobes en Europe, dont les succès électoraux actuels font écho à la situation politique aux Etats-Unis.

Drapeaux américain et européen

La crainte de voir Donald Trump l'emporter

La victoire du candidat républicain "serait une catastrophe et cela créerait, pour l’Union, une sorte de défi existentiel dont je doute qu’elle puisse l’affronter en ce moment", selon un ambassadeur auprès de l'Union européenne, cité par Le Monde. Des propos étonnants lorsque l'on sait que les dirigeants des institutions européennes ne font jamais part de leur préférence à propos d'un scrutin national, que ce soit avant ou après sa tenue, souligne le quotidien. La donne a changé : "la perspective de l’éventuelle arrivée au pouvoir du candidat républicain délie, cette fois, les langues - en privé du moins", rapporte Le Monde. Un membre de la Commission européenne, sous couvert d'anonymat, parle même de "cauchemar" en cas de victoire républicaine.

En Europe, seuls les partis populistes se prononcent en faveur de Donald Trump, explique Catherine Chatignoux dans Les Echos, "mais sans emballement", précise-t-elle dans le titre de son article. "Ses propos décomplexés sur les migrants, son discours anti-élite et ses recettes faciles puisent dans les mêmes racines que les partis nationalistes européens" analyse-t-elle. Elle ajoute que "parmi ces derniers, tous ne soutiennent pas le candidat Trump à 100 %, mais chacun se retrouve peu ou prou dans sa logorrhée populiste".

Certains se montrent très enthousiastes à l'idée de le voir triompher. C'est notamment le cas de Marine Le Pen, qui déclarait à la revue Foreign Affairs en octobre : "L'intérêt de la France aujourd'hui entre Hillary Clinton et Donald Trump, c'est plutôt la politique que promet Donald Trump". D'autres, comme Nigel Farage, leader du parti europhobe et anti-immigration Ukip au Royaume-Uni, se montrent plus réservés dans leur soutien. Le dirigeant politique, tout en faisant de Donald Trump son candidat à la Maison blanche, s'est dit en "désaccord" concernant plusieurs points de sa campagne, notamment ses violentes sorties contre les Mexicains et les musulmans. "Ukip […] n'est en tout cas pas unanimement pro-Trump, plusieurs élus critiquant le soutien affiché par leur leader", complète la journaliste des Echos.

Deux visions des relations étrangères américaines radicalement opposées

Ce n'est pas seulement le programme isolationniste de Donald Trump, opposé au libre-échange, qui inquiète au niveau européen. Sa personnalité, très imprévisible, est également source d'inquiétudes. "Si, ce mardi, il est élu président des Etats-Unis, l'Europe peut se faire du souci", explique Patrick Martin-Genier, spécialiste des questions européennes, enseignant à Sciences Po Paris et à l'Institut national des langues et civilisations orientales, dans le Huffington Post. "Un homme aussi imprévisible, même isolationniste, pourrait très bien, à la lumière d'un évènement international (attentat contre des Américains, guerre au Proche-Orient ou ailleurs, interventionnisme russe...) décider de partir en guerre", d'où la crainte de nombreux Européens. "Très sceptique sur l'Europe", "il sera […] certainement très dur en ce qui concerne les relations commerciales transatlantiques", analyse Patrick Martin-Genier.

A l'inverse, "Hillary Clinton ne partage pas la vision isolationniste de Donald Trump", souligne Franceinfo. Notamment en ce qui concerne le rôle des Etats-Unis au Moyen-Orient. Hillary Clinton souhaite une intensification de la campagne aérienne de la coalition internationale anti-Daech, dans laquelle la quasi-totalité des Etats membres de l'Union européenne sont engagés. "Elle note ainsi la nécessité de travailler étroitement avec les Européens", rapporte le média.

Une élection présidentielle américaine faisant écho au climat politique européen

"L’élection américaine passionne au sein du Parlement européen car elle est le reflet de la crise que traverse l’ensemble de l’Occident", explique le journaliste Jean Quatremer dans les colonnes de Libération. Pour de nombreux eurodéputés, ce qui se joue aux Etats-Unis ne diffère guère des enjeux européens. "La campagne américaine est un parfait résumé de la confrontation idéologique occidentale entre l’émergence d’un populisme, due à une mondialisation que les citoyens ne comprennent plus, et des partis politiques classiques, incapables d’expliquer ce qu’ils font", selon l'Espagnol Esteban Gonzalez (PPE). Pour Martin Schulz, président du Parlement européen (PSE), "l’avenir de la politique, c’est la démocratie contre le populisme".

Pour Bernard Guetta dans Challenges, le constat est le même. Une grande partie des Américains, comme des Européens, ont peur d'une mondialisation, source de profonds bouleversements, aux inégalités économiques croissantes : "L’Amérique a peur et c’est en cela  qu’elle devient si semblable à l’Europe où, comme le candidat républicain, les nouvelles extrêmes-droites surfent sur le rejet du libre-échange, des immigrés et des élites - 'UMPS', dit Mme Le Pen, 'washingtoniennes', dit M. Trump", résume le journaliste.

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