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Election de Donald Trump : l'Europe devra s'adapter aux vues hétérodoxes du nouveau président

Revue de presse 10.11.2016

Isolationniste, protectionniste, climato-sceptique... les idées du futur président des Etats-Unis laissent présager des relations transatlantiques profondément modifiées. A ce propos, Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, et Donald Tusk, président du Conseil européen, ont invité Donald Trump à un sommet Union européenne/Etats-Unis le plus tôt possible. Les Etats-Unis sont un partenaire majeur pour l'Europe et les dirigeants européens ont bien conscience que, même si leur vision du monde diffère radicalement de celle de leur homologue américain, il faudra néanmoins composer avec lui pendant au moins quatre ans.

Donald Trump

Un changement de paradigme pour l'Union européenne

Dans les colonnes de Libération, Jean Quatremer évoque "un choc sans précédent pour l’Union européenne, un 'Brexit puissance trois', pour reprendre l’expression du président élu". Jamais dans son histoire l'Union européenne n'avait été "confrontée à un chef de l’Etat américain farouchement isolationniste, tant sur le plan commercial que militaire, et hostile à la construction communautaire". Le journaliste rappelle à ce titre que Donald Trump avait salué la décision des Britanniques de quitter l'Union européenne, en qualifiant le résultat du scrutin du 23 juin dernier d'"extraordinaire" et de "fantastique".

Les dirigeants européens ne peuvent néanmoins se permettre de sacrifier la relation transatlantique. Les Etats-Unis non plus, selon Donald Tusk. Le président du Conseil européen ne croit pas "qu'un pays aujourd'hui puisse prétendre à être grand en restant isolé", faisant ainsi référence au slogan de campagne du président républicain "Rendre sa grandeur à l'Amérique" [Le Point avec l'AFP]. "L'Europe et les Etats-Unis n'ont tout simplement pas d'autre option que de coopérer aussi étroitement que possible", a-t-il également affirmé dans une déclaration au nom des 28 Etats membres.

M. Tusk ne cache néanmoins pas ses préoccupations : "Tout en respectant le choix démocratique du peuple américain, nous sommes en même temps conscients des nouveaux défis que ce résultat apporte. L'un d'entre eux est ce moment d'incertitude sur l'avenir de nos relations transatlantiques".

Pour Philippe Herzog, président-fondateur du think tank Confrontations Europe interrogé par Les Echos, il est urgent que les Européens s'unissent : "Une Amérique qui s'isole va obliger l'Europe à se comporter de manière autonome vis-à-vis des Etats-Unis. […] Il est impératif que les Vingt-Sept parviennent à définir leurs propres choix de manière collective. Ils vont devoir affirmer leur position dans les institutions internationales, comme le G20 et le FMI, alors qu'aujourd'hui, l'Europe est dispersée et désunie".

Une Europe obligée d'adapter ses politiques extérieure et intérieure

La remise en cause des accords de libre-échange voulue par Donald Trump change radicalement la donne pour les Européens. "L'Europe s'est jusqu'à présent bâtie, sous la protection des Etats-Unis, comme un espace de libre-échange dont les progrès étaient nécessairement liés à ceux du commerce international. Que peut-il se passer si la première économie mondiale ne joue plus le jeu et devient un simple concurrent, à l'instar de la Chine?", s'interroge L'Express.

Interrogé par l'hebdomadaire, Olivier Passet, directeur des synthèses chez l'institut Xerfi, est alarmiste : "Les Etats-Unis sortiraient de leur rôle de leader bienveillant et l'Europe, incapable de se coordonner, en paierait le prix fort […]. Avec Trump au pouvoir, l'Europe pourrait être confrontée à une concurrence fiscale et sociale". Lionel Fontagné, professeur à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne, est plus modéré : "Les Etats-Unis sont une grande démocratie et le président ne peut pas décider de tout. Toute politique commerciale unilatérale générerait mécaniquement un jugement à l'OMC, avec des représailles légales". "Dans cette perspective où les intérêts économiques nationaux deviendraient des motifs de guerre commerciale, les grandes multinationales américaines comme Apple, Amazon, Google ou Nike deviennent paradoxalement des facteurs de stabilité", analyse l'Express. Lionel Fontagné estime qu'"elles vont exercer une pression énorme sur les républicains". "Un drôle de parapluie pour la construction européenne", conclut l'hebdomadaire.

Interviewé par Le Figaro, l'ancien ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius considère qu'il est trop tôt pour tirer des conclusions définitives à la suite de cette élection : "J'ai le sentiment que cette victoire ample nous renseigne plus sur l'état du pays, sur son humeur profonde faite de colère et de frustrations, que sur la politique qui sera effectivement suivie par le nouveau président, encore entachée d'incertitudes", a-t-il déclaré.

Toujours est-il que Louis Grech, vice-Premier ministre maltais, dont le pays prend la présidence tournante du Conseil de l'UE pendant le premier semestre 2017, a affirmé le 9 novembre aux ambassadeurs européens que cette élection était une mise à l'épreuve pour l'Union [Euractiv].

Une mise à l'épreuve pour ses relations extérieures mais aussi intérieures. Le populisme a le vent en poupe en Europe. "La victoire de Donald Trump apparaîtra désormais comme son modèle", s'inquiète La Tribune. L'auteur de l'article estime que les partis traditionnels doivent maintenant apporter "une réponse à ce danger". Néanmoins, "Il semble évident qu'ils ne peuvent plus se contenter de la défense d'un modèle de croissance qui a échoué et qu'ils doivent proposer des alternatives à leurs propres erreurs et des réponses aux inquiétudes des électeurs. Et cela, sans 'perdre son âme' et tomber dans la singerie des programmes de l'extrême-droite, ce qui ne conduit qu'au renforcement de ces mouvements. Une tâche qui semble des plus délicates".