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Elargissement : Bruxelles réouvre le dossier des Balkans

Revue de presse 06.02.2018

La Commission européenne présente mardi 6 février sa stratégie concernant l'élargissement de l'Union européenne aux pays des Balkans. Si la région est essentielle pour l'Europe, la perspective d'un nouvel élargissement fait débat.

Federica Mogherini au Parlement européen le 12 décembre 2017

Federica Mogherini au Parlement européen le 12 décembre 2017 - Crédits : Parlement européen

"Après des années de négligence", la perspective d'un élargissement de l'Union européenne aux Etats des Balkans occidentaux est de nouveau sur la table [Le Figaro]. Mardi 6 février, la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini se rend au Parlement européen, réuni en plénière à Strasbourg, afin de présenter la stratégie de la Commission européenne "pour l'avenir de la région" [Le Vif].

"Les perspectives d’intégration des pays de l’ex-Yougoslavie et de l’Albanie" sont l'une des priorités de la présidence bulgare au Conseil de l'Union européenne [La Croix]. Après que Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, a "quelque peu refroidi les ardeurs lors de son discours d'investiture" en 2014 en précisant "qu'il n'avait pas l'intention d'élargir l'Union au cours de son mandat", le processus a été relancé "en 2017 lors d'un sommet, organisé en juillet à Trieste (Italie), entre des Etats de l'UE et ceux des Balkans" [Le Vif].

Pour rejoindre l'UE, les pays candidats doivent "avoir des institutions stables garantissant la démocratie et l'État de droit, mais aussi une économie de marché viable et la capacité d'assumer et de mettre en œuvre les obligations découlant de l'adhésion à l'UE" [Le Vif]. Dans un projet de rapport consulté par Bloomberg, la Commission reconnait que "des progrès significatifs ont été réalisés à la fois concernant les réformes, et pour surmonter les séquelles dévastatrices" laissées par les guerres et conflits qui ont déchiré la région. Le rapport souligne néanmoins que pour "remplir toutes les conditions et renforcer leurs démocraties, des réformes approfondies et convaincantes sont encore nécessaires dans des domaines cruciaux, notamment sur l'Etat de droit, la compétitivité, la coopération régionale et la réconciliation".

Horizon 2025 et 2030

"L’échéance de 2025 est dorénavant sur la table" [Le Figaro] pour la Serbie et le Monténégro, seuls pays de la région a avoir "commencé des négociations d'adhésion à l'Union". Pour les autres, l'horizon se situerait plutôt à 2030 : si elles n'ont "pas débuté de discussion d'adhésion (…), la Macédoine et l'Albanie se sont (…) vu reconnaître le statut de candidates". Quant au Kosovo et la Bosnie-Herzégovine, ils sont "considérés comme des candidats potentiels" [Le Vif].

Dans la Croix, l'eurodéputé socialiste allemand Knut Fleckenstein estime que "l’idée de la Commission européenne d’édicter une ‘stratégie’ pour les Balkans occidentaux est très bonne". Il regrette néanmoins la mise en avant d'une "date d'adhésion", qui créerait selon lui des "espoirs irréalistes", une stratégie "contre-productive" [La Croix].

Le journal anglophone Balkan Insight souligne également les problèmes soulevés par une intégration échelonnée de ces pays. Certains sont encore en conflit et une intégration prématurée de la Serbie "lui permettrait d'utiliser sa position à Bruxelles pour dicter la politique de l'UE dans la région selon ses propres termes". Une politique "particulièrement dangereuse pour la stabilité de la Bosnie, qui elle-même est centrale pour la stabilité de toute la région".

"Intérêt stratégique"

Si l'élargissement est à l'ordre du jour, c'est aussi parce que l'Europe y trouve un "intérêt stratégique" [Le Vif]. Pour le Figaro, "la feuille de route dévoilée cet après-midi par l'UE vise moins à précipiter les adhésions qu'à détourner les Balkans des géants qui s'implantent ou y reprennent pied" comme " la Chine", "la Turquie", "l'Arabie Saoudite" et "surtout la Russie".  En plus de la "crise des réfugiés", "le retrait des troupes américaines" auparavant déployées sur l'ex-Yougoslavie fait également craindre pour la stabilité de la région. "Depuis le début de la présidence Trump, Jean-Claude Juncker s'inquiète ouvertement d' ‘une nouvelle guerre’ si la Bosnie, la Macédoine, l'Albanie et quelques autres étaient abandonnées à elles-mêmes" [Le Figaro]. L'eurodéputé Knut Fleckenstein ajoute que "l’UE a aussi beaucoup à gagner à un élargissement, en termes d’opportunités économiques, notamment pour l’industrie, l’énergie ou le tourisme" [La Croix].

L'élargissement en débat

Selon "le commissaire Johannes Hahn, responsable de la politique de voisinage et des négociations d’élargissement", l'édiction d'une stratégie pour les Balkans "apportera de la stabilité à la région". Quant au politologue Loïc Trégourès, il affirme que "toutes les grandes familles politiques sont [officiellement] pour l’intégration des Balkans, une promesse qui date du sommet de Thessalonique en 2003" [La Croix]. Une analyse nuancée par le Figaro qui explique : "politiquement, les capitales de l'UE sont réfractaires à une nouvelle vague d'absorptions, onze ans après l'entrée jugée expéditive de la Roumanie et de la Bulgarie". Loïc Trégourès admet en effet que "les dernières intégrations – Bulgarie, Roumanie, Croatie – sont de mauvais exemples, ces pays faisant fi des valeurs européennes après avoir intégré l’UE" et qu'une "redéfinition de la stratégie européenne en matière d’élargissement est fondamentale pour ne pas réitérer ces erreurs" [La Croix].

Difficultés politiques

Néanmoins, selon une source européenne, "2025 reste une perspective, pas une échéance" [euobserver]. Car le défi est de taille : tous les pays de la région "ont souffert récemment des mêmes maux : corruption et criminalité organisée (Albanie), fragilité des institutions (Bosnie-Herzégovine) ou, facteur rédhibitoire, querelles avec leur voisin (Kosovo, Serbie et Macédoine)" [Le Figaro]. Se pose également la question du Kosovo, que cinq pays membres de l'Union européenne (Espagne, Chypre, Roumanie, Slovaquie et Grèce) "ne reconnaissent toujours pas" [euobserver].

Après la publication de la feuille de route par la Commission, Jean-Claude Juncker se rendra fin février à "Belgrade, Podgorica, Pristina, Sarajevo, Skopje, et Tirana" [euobserver]. Un sommet UE-Balkans aura ensuite lieu "le 17 mai à Sofia", en Bulgarie [Le Figaro].