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Economie, crise migratoire : la Grèce de retour au cœur des discussions européennes

Revue de presse 09.09.2016

Aujourd'hui se tient en Grèce une rencontre entre les dirigeants des pays d'Europe méditerranéenne. Organisée à l'initiative du Premier ministre Alexis Tsipras, cette réunion doit préparer le prochain sommet européen du 16 septembre à Bratislava. Et permettre au leader de gauche radicale de défendre ses positions concernant l'économie et la crise migratoire, notamment face à l'Allemagne et au groupe de Višegrad.

Alexis Tsipras et Angela Merkel représentés sur un mur d'Athènes

Alexis Tsipras et François Hollande main dans la main ?

A l'initiative d'Alexis Tsipras, six pays d'Europe méditerranéenne se rendent aujourd'hui en Grèce pour préparer le sommet européen de Bratislava du 16 septembre prochain. François Hollande ou encore Matteo Renzi font partie du déplacement, tandis que Mariano Rajoy, le Premier ministre espagnol toujours en quête d'une majorité pour gouverner, a prévu d'envoyer son secrétaire d'Etat aux Affaires européennes [La Croix, avec l'AFP].

L'objectif du Premier ministre grec ? "Obtenir plus de solidarité et de convergence entre les économies", présentent Les Echos. "Nous sommes dans l'œil du cyclone, à la fois sur la crise des réfugiés, la crise sécuritaire et le terrorisme, et la crise économique", expliquait hier Alexis Tsipras dans une interview au Monde, citation reprise aujourd'hui par le quotidien économique. Le président français pourrait à cet égard être un soutien important, même si ce dernier défend également ses propres priorités : "sécurité, investissement et jeunesse". La prolongation du Plan d'investissement européen est notamment désirée. Des fonds qui n'ont toutefois pas autant profité à la Grèce, au Portugal ou à l'Espagne qu'à la France : il faudra donc convaincre "les laissés pour compte de la première vague, d'y souscrire", conclut le journal.

Finances : retour du bras de fer Grèce-Allemagne ?

Le choix de la date du 9 septembre pour organiser ce mini-sommet à 7 ne relève évidemment pas du hasard. Elle coïncide en effet avec le nouvel examen, par les ministres des Finances de la zone euro (Eurogroupe) de la situation économique grecque. Et Alexis Tsipras aura bien besoin de soutiens dans la mesure où "les tensions" avec ses créanciers – Mécanisme européen de stabilité, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international – "menacent de repartir de plus belle", explique Le Monde. Car Athènes a pris du retard concernant la "quinzaine de réformes supplémentaires à mener durant l'été", ce qui ne devrait pas être du goût de l'Allemagne qui "n'a pas l'air du tout prête aux concessions".

De fait, les élections législatives allemandes, prévues pour l'automne 2017 et compliquées en raison de déboires électoraux lors des scrutins régionaux, sont, pour Angela Merkel, un calendrier peu propice à la flexibilité à l'égard de la Grèce. D'autant que, comme le décrit L'Obs (avec Reuters), la CSU, la branche bavaroise de la CDU, le parti de Mme Merkel, redoute "de la part des pays du sud une 'coalition de la redistribution' qui mettrait en péril la stabilité financière de l'Europe". Un "Club Med", comme le présente Markus Ferber, député européen membre de la CSU, susceptible selon lui de créer une "minorité de blocage". Reprochant déjà à Wolfgang Schäuble, ministre allemand des Finances, son indulgence vis-à-vis des déficits budgétaires portugais et espagnols, le dirigeant bavarois a déclaré attendre "un signal pour plus de stabilité, ce qui implique qu'il faut appliquer les textes existants".

La Grèce à bout de souffle

Or, comme le relate la version anglophone du média allemand Deutsche Welle, les marges de manœuvre économiques d'Alexis Tsipras apparaissent extrêmement réduites. En dépit de sa promesse électorale, ce dernier n'a, par exemple, toujours pas été en mesure d'abolir la taxe ENFIA, un impôt foncier s'appliquant également aux organisations à but non lucratif. Des associations venant en aide aux enfants dans le besoin comme Le sourire d'un enfant, ou encore SOS Les villages des enfants, ont ainsi reçu des factures de 53 000 et 92 000 euros, mettant en péril leurs capacités d'action.

Et sur le plan migratoire également, force est de constater que la Grèce apparaît à bout de souffle. Comme le montre TF1 dans un reportage vidéo, les camps de réfugiés sont surpeuplés, tandis que les demandes d'asile nécessitent plusieurs mois pour être traitées. Dans ce contexte, et alors que seuls 4 500 migrants ont été relocalisés en Europe depuis un an, les organisations humanitaires intensifient leurs critiques à l'encontre de l'Union européenne. Citée par Euronews, Amnesty International dénonce ainsi "l'échec abject des dirigeants européens à reloger les réfugiés", jetant une lumière crue sur leur "manque troublant de solidarité".

Plus violente encore est la charge de Human Rights Watch (HRW) concernant les conditions de vie des réfugiés mineurs en Grèce, relayée aujourd'hui par The Guardian. "Les enfants sont détenus pendant des semaines et des mois et sont placés dans des cellules insalubres infestées d'insectes et de vermines, parfois sans matelas ou accès à une douche", martèle l'organisation non gouvernementale. "La Grèce doit mettre un terme à la détention non justifiée de mineurs sans accompagnement et s'assurer qu'ils puissent avoir un hébergement convenable", poursuit HRW. Tandis que "l'UE doit non seulement soutenir ces efforts, mais aussi mettre en œuvre le transfert des mineurs sans accompagnement de la Grèce vers les autres pays de l'Union".

Le groupe de Višegrad, une union dans l'Union de plus en plus puissante

Pour l'heure, les velléités de relocalisation des demandeurs d'asile à travers l'UE se sont heurtées à l'hostilité de certains Etats membres, au premier rang desquels ceux du groupe de Višegrad (Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie). Ces quatre pays, à l'image des Etats méditerranéens, ont cherché à encore renforcer leur coopération durant l'été. "Ils réclament un débat de fond et des changements radicaux dans le fonctionnement de l'Union européenne". (…). "Concrètement, il s'agit d'en finir avec les projets d'intégration de l'Union, accusée de diviser les peuples", résument Les Echos. La Hongrie et la Pologne allant même jusqu'à parler de "contre-révolution culturelle".

Selon Yves Bertoncini, directeur de l'Institut Jacques Delors, cité par EurActiv, la montée en puissance de groupes intérieurs à l'Union tels que le groupe de Višegrad est de nature à "empêcher l'UE de fonctionner". Ces derniers sont "dans une logique semblable à celles des révolutionnaires texans au siège de Fort Alamo", poursuit-il. "S'ils adoptent un esprit de passagers clandestins, cela bloquerait le système".

Début de réponse le 16 septembre à Bratislava, capitale de la Slovaquie, qui assure depuis le 1er juillet la présidence tournante de l'Union européenne.

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