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Durcissement de la répression en Turquie : l'Union européenne "extrêmement inquiète"

Revue de presse 07.11.2016

Les répercussions politiques du putsch manqué de juillet contre Recep Tayyip Erdogan n'en finissent plus de remettre en cause l'Etat de droit en Turquie, jour après jour. Dans la nuit du jeudi au vendredi 4 novembre, neuf députés du Parti démocratique des peuples (HDP), une formation pro-kurde, dont ses deux coprésidents, ont été arrêtés. Samedi 5 novembre, c'était au tour de neuf journalistes et responsables de Cumhuriyet, le dernier grand quotidien turc d'opposition, d'être placés en détention. Plusieurs pays occidentaux se sont inquiétés de ce nouveau tour de vis dans la répression du coup d'Etat de juillet. Des critiques dont Recep Tayyip Erdogan n'a que faire.

Recep Tayyip Erdogan

Nouveau coup dur pour la démocratie en Turquie

L'arrestation des responsables politiques pro-kurdes marque un nouveau tournant dans la politique turque. "Un niveau de répression sans précédent", commente ainsi Libération. M. Erdogan justifie leur mise en détention en qualifiant le HDP de "branche" du PKK, organisation nationaliste kurde considérée comme terroriste par de nombreux membres de la communauté internationale (dont l'UE), rapporte le quotidien.

Le HDP finance le PKK, a affirmé le Premier ministre turc Binali Yildrim dans un discours télévisé : "Depuis des années, ils transfèrent l'argent que nous envoyons aux communes au terrorisme", ajoutant que "Quiconque nuit à cette nation devra en payer le prix. Pas seulement ceux qui posent des bombes, mais aussi ceux qui soutiennent le terrorisme" [L'Obs avec Reuters].

Des accusations qui ne reflètent pas la réalité des positions publiques adoptées par le HDP, notamment celles d'un de ses coprésidents, arrêté dans la nuit de jeudi à vendredi, Salahattin Demirtas. Il avait pris "ses distances avec le PKK et [élargi] la base du HDP aux minorités, aux femmes, aux homosexuels et aux écologistes. En un mot, [débarrassé] son parti de l’étiquette «ethnique» pour en faire une formation politique ouverte à la modernité", selon Franceinfo. L'homme politique pro-kurde jouit d'une "popularité grandissante", explique le média. Son parti a fait 13% aux législatives de 2015, occupant 80 sièges au Parlement. Ce qui contrarie les ambitions politiques du président Erdogan, en lui enlevant la majorité absolue, empêchant ainsi son "projet sultanesque de république présidentielle".

Le HDP accuse les autorités turques d'avoir procédé à ces arrestations pour renforcer le pouvoir du président : "le parti n'hésite pas à dénoncer un 'coup d'État' contre le pluralisme. Une manœuvre qui, selon eux, ne vise qu'un seul objectif : modifier la Constitution pour imposer un régime présidentiel, en remplacement de l'actuel régime parlementaire. Or, pour ce faire, Recep Tayyip Erdogan a besoin d'une majorité absolue afin de convoquer un référendum" [Le Figaro].

L'Europe et les Etats-Unis dénoncent, Erdogan ignore

De nombreux Etats européens, ainsi que les Etats-Unis, se sont inquiétés de ce nouveau tournant pris dans le durcissement du régime de Recep Tayyip Erdogan. Les Etats-Unis se disent "profondément troublés" par l'arrestation et la détention de responsables politiques kurdes, rapportent Les Echos. De même, le ministre allemand des Affaires étrangères, Walter Steinmeier, a mis en garde l'Etat turc contre la tentation de "museler l'opinion". L'Union européenne, par la voix de sa haute-représentante Federica Mogherini, se déclare "extrêmement inquiète".

Des critiques balayées d'un revers de la main par le président turc, au cours d'une cérémonie organisée dans une université : "Les critiques occidentales ne devraient absolument pas nous préoccuper. Nous savons très bien qui nous accuse. Nous avons étudié leur histoire, nous la connaissons parfaitement. J’ai appris à les connaître très bien durant mes quatorze années de Premier ministre et de Président. Je les lis comme un livre ouvert. Peu m’importe qu’il dise que je suis un dictateur. Ça rentre par une oreille et ça ressort par l’autre", a-t-il asséné à ses détracteurs [Euronews].

Par ses actions et déclarations, M. Erdogan se détache de plus en plus de l'Europe. Les relations sont par ailleurs déjà particulièrement dégradées avec l'occident de manière générale, souligne Le Monde. Les rapports avec l'UE vont mal : "'Sans visas pour les ressortissants turcs d’ici à la fin de 2016, plus d’accord migratoire', a fait savoir vendredi Mevlut Cavusoglu, le ministre turc des affaires étrangères, tandis que M. Erdogan accusait l’Allemagne d’héberger des 'terroristes'". De même, les Turcs ne supportent pas de voir leur allié américain au sein de l'OTAN leur préférer les milices kurdes syriennes YPG, émanant du PKK, dans le conflit syrien.

Le quotidien résume l'ambition du président turc en ces termes : "Casser l’héritage d’Atatürk – la laïcité, la toute-puissance de l’armée, l’orientation occidentale du pays –, tel est le dessein assumé du président Erdogan, qui se pose en défenseur de l’islam sunnite".