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Donald Trump torpille le G7 et s'en prend aux Européens

Revue de presse 11.06.2018

A La Malbaie, au Canada, le sommet du G7 a tourné au fiasco. Réunis les 8 et 9 juin, les dirigeants de sept pays figurant parmi les dix premières économies mondiales s'étaient mis d'accord sur une conclusion commune. Mais Donald Trump est revenu sur sa décision de souscrire au texte, avant de s'en prendre à ses alliés canadiens et européens via Twitter.

Les dirigeants des pays membres du G7

Les dirigeants des pays membres du G7. De gauche à droite : Theresa May (Royaume-Uni), Angela Merkel (Allemagne), Donald Trump (États-Unis), Justin Trudeau (Canada), Emmanuel Macron, Shinzō Abe (Japon) et Giuseppe Conte (de dos, Italie) - Photo : Shealah Craighead - Crédits : Administration américaine / Domaine public

Réunis les 8 et 9 juin à La Malbaie, au Canada, les dirigeants des pays du G7 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni) étaient parvenus à élaborer un communiqué commun. Avant que Donald Trump n'annonce, dans un tweet, son retrait du texte.

Négociations tendues

En amont du sommet, les négociations promettaient déjà d'être délicates. Une promesse qui s'est vue confirmée, d'après Le Monde : "les discussions ont été d’une intensité, voire d’une âpreté, rare en une telle enceinte même si, face aux caméras, tous ont préféré jouer la cordialité", écrit ainsi le quotidien. En dépit des divergences, les dirigeants s'étaient entendus sur une déclaration commune : "un texte de compromis de huit pages et vingt-huit points laborieusement négociés jusqu’au dernier moment" [Le Monde].

Le magazine américain The Atlantic rapporte que le communiqué appelait notamment la Russie à "cesser son comportement déstabilisateur qui fragilise les systèmes démocratiques, ainsi que son soutien au régime syrien". Les dirigeants se disaient également "déterminés à veiller en permanence à ce que le programme nucléaire de l’Iran demeure pacifique". Le point "le plus impressionnant", à en croire le magazine, revenait au commerce. Le communiqué reconnaissait ainsi la nécessité d'un "commerce libre, équitable et mutuellement bénéfique", de "lutter contre le protectionnisme" et soulignait "le rôle crucial d'un système commercial international fondé sur des règles".

Pourtant, "c’est bien la question du commerce international qui a provoqué le retrait américain", explique La Croix. Le Point rapporte que lors de sa conférence de presse de clôture, le Premier ministre canadien Justin Trudeau a en effet qualifié d'"insultantes" les taxes tout juste imposées par les Etats-Unis sur l'acier et l'aluminium importés, et a promis d'y répliquer "sans sourciller".

"Déjà parti au moment de la publication de ce fameux communiqué" et de la conférence de presse de Justin Trudeau, Donald Trump a répondu dans un tweet : "En raison des fausses déclarations de Justin à sa conférence de presse, et du fait que le Canada impose des taxes massives sur nos agriculteurs, travailleurs et entreprises américains, j'ai demandé à nos représentants américains de retirer le soutien au communiqué, tandis que nous envisageons des tarifs sur les automobiles qui inondent le marché américain !" [Le Point].

Les Européens affichent leur unité

Face au retrait surprise de Donald Trump, les Européens ont affiché leur unité. Les Echos rapportent ainsi que l'Allemagne, comme la France, se sont déjà engagés à soutenir "les engagements qui ont été pris à La Malbaie". Si Angela Merkel s'est déclarée "attachée à la relation transatlantique", elle a toutefois qualifié ce retrait "d'un peu déprimant", et a appelé à "plus de civilité dans les échanges internationaux", rapporte l'édition européenne de Politico. D'après Le Monde, la chancelière allemande a également "annoncé que l’Union européenne allait elle aussi réagir aux nouveaux droits de douane américains". Quant au Royaume-Uni, "on [y] assure que la Première ministre britannique Theresa May 'soutient pleinement' son homologue canadien" [Le Monde].

A l'échelle européenne, une voix dissonante est toutefois venue d'Italie. Le nouveau chef du gouvernement, Giuseppe Conte, s'est ainsi joint à l'appel de Donald Trump, qui plaide pour une réintégration de la Russie au sein du G7. Moscou en avait été évincé en 2014, après l'annexion de la Crimée. Un appel auquel se sont opposées la France et l'Allemagne. Angela Merkel s'est ainsi dite "déçue" que l'Italie approuve le message de Donald Trump avant même de consulter les autres puissances européennes [Politico].

Attaques contre l'UE

Donald Trump a renchéri dimanche 10 juin, après son arrivée à Singapour pour un sommet avec le dirigeant de la Corée du Nord, Kim Jong-un. Après avoir visé le Canada, il " s’en est également pris aux pays européens – dont, nommément, l’Allemagne – qui, en plus de leur excédent commercial avec les Etats-Unis, ne paient pas suffisamment, selon lui, pour l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN)" [Le Monde]. Le media allemand Deutsche Welle rapporte ainsi que, dans un tweet, le président américain a déclaré : "Les États-Unis paient presque la totalité du coût de l'OTAN – protégeant bon nombre de ces mêmes pays qui nous arnaquent sur le plan commercial […]. L'Union européenne a un excédent commercial de 151 milliards de dollars – elle devrait payer beaucoup plus pour la défense !".

Ces attaques sont loin d'être nouvelles. Angela Merkel a réagi pendant le week-end, estimant que le président américain "n'a pas tout à fait tort" [Politico] concernant les dépenses militaires. Dans ce contexte de tensions avec les États-Unis, elle a ainsi déclaré que l'Europe devait réduire sa dépendance vis-à-vis de Washington sur les questions de sécurité. Il faudrait pour cela que les pays européens soient "plus loyaux" envers l'UE, qui doit développer "sa propre culture stratégique" [Politico].