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Donald Trump, migrations, avenir de l'Europe : réunis à Malte, les Européens essaient de limiter leurs divisions

Revue de presse 06.02.2017

Vendredi 3 février, les chefs d'Etat et de gouvernement étaient réunis à Malte pour un Conseil européen informel. Au coeur des discussions, Donald Trump face auquel les Européens ont affiché leur volonté de calmer le jeu, ainsi que les enjeux migratoires avec en ligne de mire une coopération renforcée avec la Libye. Enfin, l'idée d'une Europe "à plusieurs vitesses" est réapparue.

Conseil européen Malte

Face à Donald Trump, les Européens choisissent la modération

A Malte, tout en rappelant les principes et valeurs européennes, les dirigeants européens ont fait savoir leur souhait de préserver la relation transatlantique. Si François Hollande a tenu un discours sévère à l'égard de Washington, considérant que "Trump n'a pas à se mêler de la vie de l'UE" et que "c'est à elle de décider comment elle doit être", comme le rapporte France Info, les Européens ont néanmoins mis dans l'eau dans leur vin concernant le nouveau président américain, analyse Le Monde.

Cela a notamment été le cas de la chancelière allemande Angela Merkel, qui a souligné que son pays était soucieux de préserver la relation transatlantique. "Il y a des points où nous serons d’accord [avec Donald Trump], il y en a d’autres où nous ne le serons pas, comme la lutte contre le terrorisme, que l’on ne peut généraliser à une seule religion et à certains pays", a-t-elle déclaré, faisant référence au décret "anti-immigration" de M. Trump, relate le quotidien. Donald Tusk, président du Conseil européen, a également modéré ses propos sur le nouveau président, alors qu'il avait qualifié le nouvel exécutif américain de "menace" comparable à la Russie en Ukraine. "La coopération transatlantique demeure une priorité absolue car, jusqu’à présent, elle a été un des piliers du monde libre", cite Le Monde.

Une modération qui révèle la priorité pour les Européens de faire bloc, selon le journal. "A un moment qui n’a jamais paru aussi critique pour l’UE, alors qu’elle s’apprête à entrer dans des négociations de divorce chronophages avec le Royaume-Uni, la priorité pour Paris, Berlin et Bruxelles consiste moins à condamner Washington qu’à serrer les rangs. Et à éviter que tel ou tel dirigeant européen aille directement négocier avec Washington, au mépris de la méthode communautaire".

Cette logique a été sévèrement critiquée par Guy Verhofstadt, président du groupe des libéraux au Parlement européen, dans une tribune parue dimanche dans L'Opinion. Décrivant un Conseil européen peu sûr de lui-même, dont il "ressort plutôt une panique générale, hésitant entre la collaboration, la reddition et surtout la neutralité", sa condamnation de la position commune adoptée à l'issue du sommet de Malte est sans appel. "Faire croire à nos concitoyens que la soumission est la seule alternative serait la plus catastrophique erreur du Conseil européen, pourtant cumulard en la matière. Ce serait dégoûter définitivement de l’idée européenne, d’une Europe libre, forte et fière de ses valeurs", estime l'eurodéputé.

La Libye au cœur de la réunion

"Concentrons-nous sur notre agenda", tel était donc le mot d'ordre du sommet de Malte, rapporte Le Monde. Les chefs d'Etat et de gouvernement ont plaidé en faveur d'une coopération renforcée avec la Libye pour réduire les arrivées de migrants en Europe via la route de la Méditerranée centrale. "Il s'agit entre autres de renforcer le rôle de garde-côtes libyens, d'aider les voisins de la Libye à fermer ses accès aux pays voisins, d'assurer les conditions décentes aux migrants bloqués dans la zone et d'encourager les migrants pour raisons économiques à retourner à leur lieu de provenance", résume La Tribune. Un tel partenariat est néanmoins compromis par l'instabilité politique en Libye, le gouvernement d'union nationale, avec lequel l'UE compte coopérer, ne contrôlant que partiellement le territoire national.

Les conditions de vie des migrants dans les camps en Libye, où leurs droits fondamentaux sont régulièrement bafoués, posent également problème, ce dont s'inquiètent de nombreuses ONG et même l'ONU, fait savoir La Tribune. "'Conserver des camps en Libye, c'est maintenir les migrants dans des conditions inhumaines et les mettre encore plus en danger', a déclaré Carlotta Sami, porte-parole du HCR [Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés] au micro de l'agence Reuters", cite le journal.

Le retour de l'Europe "à plusieurs vitesses"

S'agissant de l'avenir de l'Union, également au menu des discussions entre les dirigeants européens avec la célébration prochaine du 60e anniversaire du traité de Rome, l'idée d'une Europe "à plusieurs vitesses" est réapparue. A la faveur du nouveau contexte géopolitique, Les Echos rapportent que les Etats fondateurs de l'Europe (France, Allemagne, Belgique, Italie, Pays-Bas et Luxembourg), de même que l'Espagne et le Portugal, se sont prononcés pour une intégration différenciée. Angela Merkel a été la plus explicite à ce sujet : il "y aura une Union européenne à différentes vitesses", a-t-elle déclaré à la fin de la rencontre. Précisant que "tous les Etats ne vont pas participer à chaque fois à toutes les étapes d'intégration".

Le but d'un tel tournant, expliquent Les Echos, est de permettre une intégration à plusieurs niveaux, avec une construction communautaire plus poussée pour ceux qui le souhaitent. Ce qui devrait permettre à l'Europe de se consolider plus rapidement qu'à l'heure actuelle, où les dissensions entre les 28 Etats membres, notamment entre l'Ouest et l'Est, rendent toute progression du projet européen laborieuse. A Malte, Paris et Berlin "ont dit leur volonté de doter l’Union d’une défense commune, d’harmoniser ses politiques économiques et d’aller de l’avant dans cette affirmation de l’Europe sans attendre qu’elle ne fasse l’unanimité mais à plusieurs, avec ceux qui le voudront", a commenté Bernard Guetta sur France Inter ce matin.