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Discours sur l'état de l'Union : les annonces de Jean-Claude Juncker

Revue de presse 14.09.2016

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a prononcé ce matin son discours annuel sur l'état de l'Union devant les députés européens réunis à Strasbourg. Un exercice destiné à annoncer les priorités de la Commission pour 2017, mais également à ressouder une Union européenne en pleine crise existentielle. Si sa déclaration portait avant tout sur les nombreux défis à venir, Jean-Claude Juncker a toutefois annoncé plusieurs chantiers concrets.

Jean-Claude Juncker devant les députés européens pour son discours sur l'état de l'Union

Face au Parlement européen, le président de la Commission européenne a commencé un peu après 9h son discours annuel. "Seul face aux 751 sièges bleus des eurodéputés dans l'hémicycle strasbourgeois, Jean-Claude Juncker a [eu] trois heures ce mercredi matin, questions comprises, pour dresser l'état des lieux de l'Europe post-Brexit et dévoiler son plan de bataille des prochains mois", relatent Les Echos.

Brexit, défense, CETA, Apple et 5G

C'est ainsi par le thème du Brexit que Jean-Claude Juncker a décidé d'ouvrir son allocution, en affirmant notamment que l'existence de l'Union européenne n'était pas "menacée" par la sortie du Royaume-Uni [Les Echos]. Tout en rappelant que l'UE et le Royaume-Uni devaient trouver le meilleur compromis possible, il a affirmé que le marché intérieur et la libre circulation ne pouvaient être choisis "à la carte". Il en a profité pour presser à nouveau le gouvernement britannique d'adresser sa demande officielle de sortie, afin de "mettre un terme aux rumeurs et aux incertitudes" [Le Figaro].

Jean-Claude Juncker a également évoqué le sujet de la défense, deux jours avant le sommet de Bratislava qui devrait accorder une priorité à ce thème. Il a ainsi "décrété que les sujets sécurité et défense sont prioritaires, proposé de renforcer l’agence Europol, de mettre en œuvre la surveillance 'intelligente' des frontières (...), promis (...) le déploiement, 'dès le mois d’octobre', d'au moins 200 gardes-frontières à la frontière extérieure de la Bulgarie (...) et plaidé pour un quartier général unique dans l’Union européenne" [Le Monde].

Tout en soutenant une Europe plus sociale (contre le "dumping social") et affirmant ne pas être "un fanatique du libre-échange", il a estimé qu'il fallait continuer de conclure des accords commerciaux avec des pays tiers, qui "nous apportent plus d'emplois", alors que la négociation d'un accord de libre-échange avec les Etats-Unis semble dans l'impasse [Les Echos]. Jean-Claude Juncker a également défendu l'accord de libre-échange avec le Canada (CETA), dont il souhaite accélérer l'entrée en vigueur, pour éviter que l'Europe ne devienne la "risée internationale" [Le Soir].

Après la somme colossale de 13 milliards d’euros réclamée au géant américain Apple, le président a également affirmé que "cette Commission [obtenait] des résultats dans le combat contre l'évasion fiscale" et que toute entreprise implantée en Europe devait payer des impôts là où elle engrange des bénéfices, relève la Tribune de Genève.

Enfin, Jean-Claude Juncker est revenu sur la question de l'itinérance des appels téléphoniques ("roaming"), en affirmant qu'un nouveau plan serait prochainement annoncé. "Lorsque vous voyagez avec votre téléphone mobile en Europe, vous devez vous sentir partout comme chez vous", a-t-il indiqué. Il a également annoncé qu'il proposerait que la 5G soit déployée dans toute l'Union européenne à l'aube de 2025 [Les Echos]. 

Le plan Juncker verrait sa capacité doubler

Mis en œuvre depuis 2015 pour relancer l'investissement en Europe, le "plan Juncker" devrait voir sa capacité doubler d'ici à 2022, pour atteindre 630 milliards d'euros d'investissement potentiel. Il portait sur un objectif de 315 milliards d'euros sur trois ans à sa naissance en 2015, rappelle L'Obs. Selon le président de la Commission européenne cité par Les Echos, il a déjà généré 115 milliards d'euros d'investissements.

Une extension qui n'était pas gagnée d'avance, au vu des réticences de l'Allemagne notamment. Mais celle-ci a fini par se "laisser convaincre", assure à BFM Business un haut diplomate européen. D'autant que "pour l'Allemagne, c'est finalement un bon moyen de déléguer le financement de ses investissements".

Enfin, Jean-Claude Juncker a aussi évoqué un nouveau projet calqué sur ce plan, mais "orienté vers des pays en développement, notamment africains". Celui-ci "pourrait atteindre 88 milliards d'euros" et "aider à apaiser la crise migratoire", rapporte le site belge de L'Echo.

Un discours contre la désunion

S'il permet officiellement de marquer la rentrée institutionnelle à Bruxelles, ce discours sur l'état de l'Union "se veut, depuis sa première édition en 2010, le grand moment politique de l'année pour le président de la Commission" [Les Echos]. Conçu "sur le modèle américain", il avait été l'année dernière, en pleine crise des réfugiés, "l'occasion d'annoncer une politique volontariste en matière d'accueil des migrants (…) à l'origine de profondes dissensions internes à l'Union" [Les Echos].

Des dissensions qui n'ont pas disparu depuis, comme le reconnaît le président lui-même, qui souhaite "poser le problème" du clivage Est/Ouest "à plat" [L'Echo]. Les divisions européennes restent en effet "une réalité, illustrée encore mardi par l'appel du chef de la diplomatie luxembourgeoise, Jean Asselborn, à exclure la Hongrie de l'UE pour violation de ses valeurs fondamentales", note Le Figaro.

D'autant que la situation s’est encore aggravée, avec le vote des Britanniques et la perspective du Brexit, rappelle Franceinfo.

C'est donc maintenant ou jamais que doit intervenir l'amorce d'un sursaut européen, estiment [Les Echos]. Juncker doit "ressouder les États de l'UE", confirme le site luxembourgeois L'essentiel.

Par conséquent, "plus question pour M. Juncker de pointer du doigt trop ouvertement les responsabilités des gouvernements, d’insister sur les sujets susceptibles de diviser encore davantage des pays membres évoluant désormais en ordre très dispersé", estime Le Monde, qui juge le contraste avec 2015 "frappant".

Après le discours, un certain nombre de députés européens semblaient pour leur part enthousiastes. "Nous avons vu la Commission sous son meilleur visage", s'est réjoui ainsi Philippe Lamberts, co-président du groupe des Verts, cité par Le Figaro. "C'est l'Europe que veulent les citoyens", a renchéri le socialiste Gianni Pittella, "celle qui peut récupérer leur confiance".

La Commission européenne compte présenter dans la foulée, cet après-midi, "deux importants projets de réforme, l'un sur les télécoms, l'autre sur les droits d'auteur" [L'essentiel].

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