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Deutsche Bank dans la tourmente : une crise révélatrice de la mauvaise santé des banques européennes

Revue de presse 06.10.2016

La situation particulièrement préoccupante de la plus grande banque allemande serait-elle l'arbre qui cache la forêt ? Tout porte à le croire, selon le rapport semestriel du Fonds monétaire international (FMI) sur la stabilité financière, dont les conclusions rendues publiques mercredi mettent en cause la fragilité du secteur bancaire européen dans sa globalité.

Deutsche Bank

La Deutsche Bank en grande difficulté

Dans l'actualité financière, le géant allemand de la banque concentre l'attention des observateurs. Et pour cause, la Deutsche Bank est une "banque systémique allemande, dont la faillite ferait exploser le système mondial tant elle est grosse" [France Info]. La banque a été menacée de payer une amende record de 14 milliards de dollars, montant finalement réduit à 5 milliards (ce qui n'a toujours pas été confirmé officiellement) [La Croix]. La justice américaine entend faire payer la banque pour son implication dans la crise des subprimes de 2008.

Le FMI a appelé la Deutsche Bank à "se réformer en profondeur" [Les Echos]. L'institution estime que la banque doit apporter la preuve qu'elle s'est "attaquée aux risques provenant des contentieux", à savoir l'ensemble des litiges sur la validité de ses opérations, qui pourraient à terme coûter cher à la Deutsche Bank. En atteste la récente amende infligée par la justice américaine. Néanmoins, le quotidien économique souligne que "la pression semble quelque peu retomber sur la première banque allemande", dont l'action a fini en tête du DAX (principal indice boursier allemand), en gagnant 2,77% à l'issue de la journée de mercredi. Bonne nouvelle pour la Deutsche Bank, puisqu'elle ne peut espérer d'argent du contribuable allemand pour l'instant, le gouvernement ayant rejeté tout "plan de sauvetage" public de la banque.

Une vulnérabilité du secteur bancaire européen des plus inquiétantes

Le Global Stability Report du FMI tire la sonnette d'alarme à propos de l'ensemble des banques européennes. Plusieurs raisons importantes conduisent le Fonds à porter un regard si pessimiste sur la situation du secteur bancaire européen.

"La réglementation accrue du secteur, le faible coût du crédit et le poids des créances douteuses minent la rentabilité de ces banques comme leur capacité à soutenir la croissance et pourraient au final 'affecter la stabilité financière'" résume le quotidien économique La Tribune (avec l'AFP) à propos du rapport du FMI.

Les créances douteuses sont un "fardeau" qui "bride, voire paralyse, la capacité des banques à accorder de nouveaux crédits, et donc à soutenir l'économie", explique La Croix. Le niveau atteint par ces dernières au sein des banques européennes est "alarmant" pour le journal : 50% en Grèce et à Chypre, 20% au Portugal et 16% en Italie. Une situation que les autorités européennes auraient laissé naître sans chercher à la combattre, selon le quotidien suisse Le Temps, pour qui "au contraire des États-Unis et de la Suisse, qui ont rapidement imposé un nettoyage de leurs banques [après la crise de 2008], les autorités européennes ont fait preuve de mansuétude".

Autre source de difficultés pour les banques : l'obligation de posséder des fonds propres significatifs pour faire face aux soubresauts économiques, mesure imposée par les autorités européennes après la crise lors des accords Bâle III. Une mesure qui bride les capacités d'investissement du secteur bancaire, explique France Info. Le média mentionne également que les taux des prêts sont actuellement particulièrement bas, du fait du nombre important de banques sur le vieux continent et de la concurrence qu'elles se livrent. Le crédit devient donc beaucoup moins rémunérateur pour les banques.

Si le FMI s'alarme, la BCE, elle, minimise, estimant "qu'à part quelques 'cas individuels', il n'y a pas de risque de crise bancaire dans la zone euro", rapporte le quotidien belge L'Echo (avec l'AFP). Le journal cite un responsable du Mécanisme de surveillance unique de la BCE, se voulant particulièrement rassurant par rapport aux conclusions du FMI : "Il existe des instruments de supervision et financiers pour traiter les situations particulières. Nous ne voyons pas les préconditions d'une crise systémique".

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