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Dette grecque : réunion décisive des ministres de la zone euro

Revue de presse 21.06.2018

Réunis à Luxembourg jeudi 21 juin, les ministres des Finances de la zone euro prévoient de négocier un allégement de la dette grecque. Un nouveau "mécanisme de surveillance" devrait également être discuté, alors qu'Athènes doit sortir de son troisième – et dernier – plan d'aide le 20 août prochain.

Manifestation à Athènes

Manifestation à Athènes contre l'austérité, 2016. Photo : iStock - Crédits : John Tsotras.

"Crise de la dette : l'odyssée grecque proche de la fin", titre aujourd'hui La Dépêche. Ce jeudi 21 juin, les métaphores antiques se multiplient dans les journaux français à l'occasion d'un nouveau sommet de l'Eurogroupe sur la dette grecque.

Le 20 août prochain, Athènes doit en effet sortir du troisième plan d'aide européen, accordé en 2015. Cela signifierait la fin de la tutelle financière pour le pays et la possibilité d'emprunter de nouveau sur les marchés financiers. La Grèce a été le premier des pays en quasi-faillite de la zone euro à être placé sous ce dispositif en 2010, et sera ainsi le dernier à en sortir, notent Les Echos.  

Quatre points devraient figurer au menu des discussions, rapporte le EU Observer : l'approbation d'un dernier décaissement en faveur de la Grèce, l'allégement de la dette, la mise en place d'une réserve de liquidités pour aider le pays à se financer lui-même au cours des deux prochaines années et enfin l'élaboration d'un programme de suivi afin de s'assurer qu'Athènes poursuivra les réformes requises par les créanciers.

Allègement de la dette

Selon le quotidien britannique Financial Times, une réduction pure et simple de la dette grecque n'est pas à l'ordre du jour. Les discussions porteraient plutôt sur un allongement de la durée de remboursement des prêts. Initialement prévues pour 2023, les échéances pourraient ainsi être repoussées "jusqu’à 15 ans supplémentaires", d'après La Croix. "Le FMI et de nombreux gouvernements plaidaient en effet pour un allongement des échéances, mais l'Allemagne restait réticente", explique le Financial Times. Finalement, Berlin a annoncé ces derniers jours être prêt à faire évoluer sa position sur ce point.

D'après l'agence Reuters, "il est également envisagé de faire bénéficier l’Etat grec des profits réalisés par les banques centrales de la zone euro sur leurs portefeuilles de dette grecque". Les ministres de la zone euro pourraient également fournir à Athènes "une réserve de trésorerie d’environ 20 milliards d’euros qui la dispenserait d’emprunter sur les marchés pendant une période de 18 à 24 mois". Un dispositif qui permettrait à la Grèce de "choisir le meilleur moment pour emprunter à nouveau sur les marchés".

Stratégie de croissance

De son côté, le Premier ministre grec Alexis Tsípras a prévu "un 'coussin de sécurité financier', afin d’honorer ses remboursements de dette jusqu’à la fin 2019 sans aller nécessairement se financer sur les marchés", écrit La Croix. Toujours selon le quotidien, M. Tsípras a également présenté une "stratégie de croissance", qui "identifie notamment sept secteurs clés pour le pays : transports et logistique, énergie, agroalimentaire, industrie manufacturière, secteur maritime, pharmacie et tourisme durable". En parallèle, les députés grecs ont fini d'adopter "88 réformes définies dans le troisième plan d’aide de 2015", et dont l'exécution doit être validée par les ministres de l'Eurozone [La Croix].

Mécanisme de surveillance

Mais l'économie grecque reste faible, note le New York Times. D'après le quotidien new-yorkais, les ministres de l'Eurogroupe devraient ainsi prévoir la mise en place d'un "mécanisme de surveillance" sur la Grèce, et exiger du gouvernement qu'il rende compte quatre fois par an de l'état de ses finances et de son économie. Si ce mécanisme avait déjà été mis en place pour "l'Irlande et le Portugal à la fin de leur plan d'aide respectif", la surveillance imposée à Athènes devraient être encore "plus étroite", souligne La Croix.

La zone euro craint également "que les futurs gouvernements grecs cèdent à la pression et ne reviennent sur certaines des réformes impopulaires mises en œuvre dans le cadre des plans de sauvetage", rapporte l'agence Reuters. "Dans le cadre de son plan de croissance", Alexis Tsípras d'ailleurs "promis de renverser certaines des mesures d'austérité les plus sévères après le mois d'août" [New York Times]. D'après Reuters, la zone euro pourrait donc insérer une clause "qui rendrait l’ensemble de l’accord d’allègement de la dette nul et non avenu", dans le cas où Athènes reviendrait sur ses engagements.

"Saut dans le vide"

Le quotidien Les Echos compare la fin du plan d'aide à un "saut dans le vide" pour Athènes. Car si un "narratif sur la solidité supposée de l'économie grecque s'est forgé aisément", ce "nouveau départ" pour la Grèce a ses raisons politiques, souligne le quotidien. Pour Athènes, un quatrième plan d'aide aurait en effet été "politiquement inacceptable". Quant à Angela Merkel, il aurait été "impensable" pour elle de "solliciter un nouveau soutien financier du Bundestag [le Parlement allemand] envers la Grèce".

Le pays n'est donc pas encore sorti d'affaire. Le New York Times écrit que la Grèce devra maintenant "livrer une bataille difficile pour rétablir sa crédibilité sur les marchés financiers". Interrogé par Les Echos, l'économiste grec George Pagoulatos précise : "le principal risque est que les taux d'intérêt [sur les marchés] soient trop élevés et privent la Grèce de ressources financières. Ensuite si l'allégement de la dette n'est pas suffisamment audacieux, cela posera la question de sa soutenabilité".