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Dette grecque : l'allègement suspendu par l'UE après l'annonce de mesures sociales par Tsipras

Revue de presse 15.12.2016

Alors que des mesures d'allègement de la colossale dette grecque (180% du PIB) avaient été validées par les ministres des Finances de la zone euro (Eurogroupe) le 5 décembre, ces dernières ont finalement été suspendues mercredi 14 décembre. En cause ? La décision du chef du gouvernement grec Alexis Tsipras d'adopter de nouvelles mesures sociales.

Alexis Tsipras

Le bras de fer entre Athènes et ses créanciers reprend

"La Grèce ose rétablir le 13e mois des petites retraites, l'UE l'étrangle un peu plus", titrait ce matin Marianne. C'est effectivement à la suite de l'annonce d'Alexis Tsipras le 8 décembre de rétablir un treizième mois pour les retraites inférieures à 850 euros par mois et de reporter la hausse de la TVA sur les îles de l'est égéen que l'allègement de la dette a finalement été suspendu.

Selon Le Monde, c'est "le puissant ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, [qui] aurait mis son veto", bloquant sa mise en oeuvre par le Mécanisme européen de stabilité, l'unanimité étant la règle. M. Schäuble n'aurait pas apprécié que la Grèce prenne les mesures en question sans consultation préalable de ses créanciers.

"'Il est impératif que les mesures ne soient pas décidées de façon unilatérale ou annulées sans préavis', a déclaré M. Schäuble, mercredi", rapporte le quotidien. Même son de cloche de la part de Michel Reijns, porte-parole du président de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem, ministre des Finances des Pays-Bas, connu pour ses positions très dures à l'égard de la Grèce, également cité par le journal : "Les institutions [les représentants des créanciers] ont conclu que les actions du gouvernement grec semblent ne pas être en ligne avec nos accords". "Quelques Etats membres le voient aussi de cette façon et [il n’y a] donc pas d’unanimité désormais pour mettre en place les mesures" d'allègement de la dette de la Grèce, a-t-il également déclaré.

Un retour en arrière dans la gestion de la crise grecque

La décision d'un allègement de la dette grecque par l'Eurogroupe le 5 décembre avait en effet marqué une étape dans cette dernière. "C'était la première fois que l'Union européenne décidait, de son propre chef, de récompenser Athènes pour ses efforts budgétaires (notamment l'adoption de la réforme des retraites)", rappelle France 24.

Même si l'allègement décidé était néanmoins très limité, souligne Libération : "En réalité, beaucoup de bruit pour trois rien puisque l’allégement n’a d’allégement que le nom. En euros sonnants et trébuchants, Athènes se voyait réduire son ardoise extérieure que de quelque 300 millions d’euros. Une goutte d’eau si on les compare aux 320 milliards de dette grecque".

Le journal défend également les 600 millions d'euros prévus par la Grèce afin de rehausser les petites retraites. "Tsípras avait souligné que ces mesures étaient d’autant plus faisables que le pays a réussi à dégager cette année un excédent budgétaire primaire (une fois remboursée la charge de la dette) d’environ 1,1% du PIB, soit très au-dessus de l’objectif de 0,75% fixé avec les créanciers européens", fait savoir Libération. Un argument balayé par l'Eurogroupe, l'Allemagne et les Pays-Bas en tête.

L'austérité en position de faiblesse ?

La Tribune estime qu'il s'agit d'une décision uniquement politique, étant donné le faible montant de l'allègement en jeu : "Cette mesure de rétorsion n'est qu'une décision purement politique visant à désarmer entièrement le gouvernement grec, à annihiler toute prétention à une politique sociale et économique autonome, mais aussi à achever de détruire la crédibilité politique d'Alexis Tsipras et de Syriza".

Le média économique va plus loin encore, considérant que l'escalade entre Athènes et ses créanciers pourrait être une manœuvre des tenants d'une ligne dure à l'égard de la Grèce pour l'expulser de la zone euro. "Wolfgang Schäuble ne s'en est pas caché voici quelques jours en demandant dans une interview à Bild Zeitung que la Grèce fasse les réformes ou sorte de la zone euro", rapporte le journal. La Tribune mentionne aussi les enjeux électoraux allemands, dans le cadre de la campagne des législatives de 2017, avec la montée en puissance des eurosceptiques de l'AfD, "auxquels la CDU d'Angela Merkel ne veut donner aucune occasion de blâmer sa politique européenne".

France Culture se demande également, avec un article intitulé "Nouveau bras de fer entre la Grèce et... mais qui en fait ?", si la décision de l'Eurogroupe n'a pas été prise unilatéralement par l'Allemagne et les Pays-Bas en faisant fi de leurs partenaires européens. "Qui a décidé de cette suspension ? Est-elle vraiment actée ? On peut en douter, vues les déclarations du commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici dans la soirée à l'AFP", lequel a effectivement fait savoir sa désapprobation. "La réunion des chefs d'Etat de l'Union Européenne aujourd'hui et demain tombe vraiment à pic. On verra si les Pays Bas et l'Allemagne ont imposé cette décision contre la Grèce à leurs partenaires (et les ont mis devant le fait accompli avec l'aide des médias), et on verra surtout si ces partenaires se laissent faire", poursuit le média.

Marie Viennot, l'auteure de l'article, souligne que Paolo Gentiloni, le nouveau président du Conseil italien, a condamné l'austérité dès sa première déclaration et que François Hollande est en faveur d'un allègement conséquent du fardeau grec. La Commission européenne a également lancé le débat quant à la fin de l'austérité il y a quelques semaines. L'Allemagne et les Pays-Bas s'y sont opposés et "avec son coup de poker, Alexis Tsipras leur a donné une nouvelle occasion d'affirmer leur position pro-austérité", analyse Marie Viennot. "En tout cas cet épisode est très parlant car il met le doigt sur un problème structurel (le mode de gouvernance de l'Eurogroupe), et un changement d'état d'esprit en Europe. L'austérité a-t-elle encore le vent en poupe ? Et si le possible tour de force des Pays-Bas et de l'Allemagne hier était un aveu de faiblesse ?", conclut-elle.

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