Derniers articles publiés

Déficits excessifs : la Commission choisit la souplesse avec l'Espagne, le Portugal et l'Italie

Revue de presse 19.05.2016

Comme avec la France l'an dernier, la Commission a décidé hier de ne pas sanctionner l'Espagne, le Portugal et l'Italie pour leurs entorses au Pacte de stabilité. Un choix très politique destiné à récompenser les efforts déjà consentis par ces pays et à ne pas entraver la reprise encore fragile de la croissance. Si l'Allemagne devrait manifester son mécontentement, éditorialistes et économistes soutiennent le choix de l'exécutif européen.

Pierre Moscovici

Un an de plus pour Madrid et Lisbonne

"Budget : l'UE reporte sa décision de sanction contre Madrid et Lisbonne", titre Libération (avec l'AFP). De fait, l'Espagne a "affiché un déficit public de 5,1% au-dessus de l'objectif donné de 4,2%", et le Portugal a porté son propre déficit à 4,4% "alors que l'objectif fixé était de repasser en dessous des 3%". La Commission européenne a malgré tout préféré ne pas infliger de sanction financière à ces deux pays. Une amende pouvant aller jusqu'à 0,2% du PIB est pourtant prévue par les règles européennes.

"Outre la péninsule ibérique", poursuivent Les Echos, "la botte italienne a également bénéficié de la mansuétude de Bruxelles". Si le pays se trouve bien sous la barre fatidique des 3% de déficit public, son niveau d'endettement (133% du PIB) inquiète fortement la Commission. Dans ce contexte, "une trajectoire budgétaire contraignante" lui est imposée par l'UE, rappelle le quotidien économique. La récente décision de Matteo Renzi de s'en éloigner n'a donc pas été retoquée.

Naturellement, "ce n'est pas un blanc-seing que l'exécutif donne à ces trois pays, mais un délai supplémentaire", écrit La Tribune. Espagne et Portugal sont ainsi invités à "prendre les mesures structurelles nécessaires" et à "consacrer toutes les recettes imprévues à la réduction du déficit et de la dette". La question des possibles sanctions sera réexaminée en juillet, alors que Madrid et Lisbonne ont désormais un an de plus pour tenir les engagements précédemment pris. La situation italienne, elle, doit être revue en novembre.

"Pas le bon moment"

"Ce n'est pas le bon moment économiquement et politiquement" pour prendre des sanctions, a confirmé Pierre Moscovici, commissaire européen en charge des Affaires économiques [La Croix, avec AFP].

Dans le cas de l'Espagne, la Commission a préféré attendre le verdict des élections législatives du 26 juin, le pays étant en situation de blocage politique depuis décembre dernier. "Il va y avoir des élections, nous n'avons pas en face de nous un gouvernement capable de prendre les mesures nécessaires", a expliqué M. Moscovici. Une décision qui satisfait le quotidien conservateur El Mundo, qui y voit une victoire du ministre espagnol des Finances, Luis de Guindos, qui aurait "montré les dents".

En ce qui concerne le Portugal, "il était difficile de sanctionner un gouvernement pour les erreurs de son prédécesseur", a déclaré un membre de la Commission cité par Les Echos.

Et quant à l'Italie, Bruxelles a choisi de donner du crédit aux réformes engagées par le gouvernement et à ne pas créer de conflit alors que "Matteo Renzi est en difficulté avant les élections municipales de juin" [La Tribune]. Le Premier ministre italien, offensif vis-à-vis de Bruxelles depuis plusieurs semaines, s'est d'ailleurs déclaré moyennement satisfait de ce répit, signifiant qu'il aurait voulu "obtenir une plus grande flexibilité" [Frankfurter Allgemeine Zeitung].

La France, elle, n'était pas dans le viseur de la Commission européenne cette année, le pays ayant jusqu'en 2017 pour revenir sous le seuil des 3% de déficit. Toutefois, comme l'indique Le Figaro, Bruxelles "n'exclut pas un dérapage français". Interrogé par France TV Info, Pierre Moscovici a rappelé que l'engagement français devrait "être tenu", et que l'exécutif européen attendait de la France que le marché du travail "soit réformé" et de continuer de "lever toutes les barrières qui freinent ou brident la compétitivité".

Vers la fin de la menace des sanctions ?

De toute évidence, cette souplesse de la part de la Commission européenne n'est pas neutre sur le plan politique et ne manquera pas d'être perçue comme une nouvelle brèche dans le Pacte de stabilité. "Zone euro : les ratés du Pacte de stabilité", titrent ainsi Les Echos. Tandis que le journal italien Il Sole 24 Ore parle d'un "nouveau contrat pour le Pacte de stabilité" et que le quotidien espagnol El Pais estime que la décision de la Commission signifie que "la version allemande du Pacte de stabilité [est] dépassée".

Un état de fait qui ne devrait pas faire que des heureux outre-Rhin. Die Welt écrit en effet qu'une "journée historique" a été ratée, lors de laquelle "Bruxelles aurait prouvé qu'elle suivait de près les critères de stabilité de l'euro". L'eurodéputé Markus Ferber, membre de la CSU, la branche bavaroise de la CDU, parti d'Angela Merkel, a lui déclaré qu'il est "inacceptable que la Commission ait cédé aux pressions de Madrid et de Lisbonne". Et d'ajouter que "quand l'arbitre ouvre sans cesse un débat de fond sur les avantages et les inconvénients du cadre réglementaire, il est parfois judicieux de chercher un autre arbitre".

Une allusion à peine voilée à la proposition de Jens Weidmann, président de la Bundesbank, et de Wolfgang Schäuble, ministre allemand des Finances, de créer un organe indépendant pour reprendre le rôle de surveillance budgétaire à la Commission [The Financial Times].

Toutefois, la Commission de Jean-Claude Juncker, lui-même favorable à ne pas accabler les Etats membres en situation de déficit excessif, devrait pouvoir compter sur le soutien d'une majorité d'économistes. C'est en tout cas l'avis de la banque néerlandaise ING, qui juge que "la décision d'aujourd'hui est la bonne, de nombreux pays de la zone euro devant encore se battre pour relancer la croissance et lutter contre le chômage" [Libération].

Même son de cloche du côté de Gregory Claeys, économiste chez Bruegel, centre d'analyses politiques et économiques basé à Bruxelles, selon qui il serait en effet "absurde d'appliquer le même critère – un déficit maximal de 3% du PIB – en période de récession comme en période de boom pour évaluer un budget". Ce dernier allant même jusqu'à plaider pour la fin des menaces de sanctions "pas crédibles" et pouvant même "avoir des conséquences politiques désastreuses si elles étaient appliquées" [Le Temps].

Les autres sujets du jour

L'Europe en régions

Culture, Sport