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Défense : un nouveau plan européen face au "séisme" Trump ?

Revue de presse 15.11.2016

Les ministres des Affaires étrangères et de la Défense de l'Union européenne se sont accordés le 15 novembre pour renforcer la coopération militaire entre Etats membres. La création d'une armée européenne n'est cependant toujours pas à l'ordre du jour. Beaucoup voient dans cette avancée du projet de défense commune une réponse aux inquiétudes suscitées par l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, qui vient s'ajouter à d'autres crises affaiblissant l'Union européenne.

Federica Mogherini, cheffe de la diplomatie européenne

Un pas de plus vers une défense commune en Europe

"Si les ambitions sont modestes, le document agréé par les ministres des Affaires étrangères marque pourtant un élan", résume Le Figaro à propos de la feuille de route adoptée par les Vingt-Huit pour une Europe de la Défense. L'accord n'annonce effectivement pas une armée européenne, sa principale innovation étant l'objectif de mettre en place une structure "permanente" pour planifier et exécuter plus efficacement les missions civiles et militaires de l'UE [Le Monde]. Le texte prévoit également "le renforcement des moyens d'intervention, dans les opérations de maintien de la paix comme dans les conflits, via notamment les 'battle groups', ces corps armés mis à la disposition de l'UE par des Etats membres mais jusqu'à présent jamais déployés" [Les Echos]. Avant de pouvoir être appliqué, le plan devra être approuvé par les chefs d'Etat et de gouvernement au cours du sommet européen de décembre.

Un tel projet "pourrait permettre au bloc européen d’envoyer des forces sur des théâtres extérieurs pour stabiliser une crise avant le déploiement de casques bleus de l’ONU et, plus globalement, doit cimenter la volonté des Européens d’assurer leur 'autonomie stratégique' sans dépendre de Washington", explique Le Monde.

Un chantier qui s'annonce laborieux, estime Vivien Pertusot, directeur bruxellois de l'Ifri (Institut français des relations internationales) interrogé par La Croix : "Aujourd’hui, la défense européenne est très fragmentée. Les efforts sont dispersés, la défense s’opère par régions, par accords bilatéraux. Alors que si l’on suit la lettre des traités, on devrait aller vers une défense commune".

Un financement communautaire est également évoqué dans l'accord des Vingt-Huit mais "la réalité de l'effort reste en suspens", soulignent Les Echos. "Le texte se [contente] d'évoquer la création future d'un 'fonds commun de la défense' et de défendre l'accès de l'industrie de la défense à des fonds d'aides aux entreprises (BEI, plan Juncker)".

Parmi les Etats membres, personne n'ose encore évoquer une armée européenne. "À l’heure actuelle, ce n’est pas envisageable. La question est trop sensible. Les déploiements militaires restent des décisions nationales", explique Vivien Pertusot à La Croix.

Pour le journaliste Nicolas Gros-Verheyde sur le blog Bruxelles2, l'accord est loin d'être une avancée fondamentale. Notamment car les actions des armées européennes seront limitées : "Les 28 ministres des Affaires étrangères et de la Défense n’ont pas réussi ainsi à aller jusqu’au bout du projet : avoir un QG de conduite pour les opérations militaires. Ils n’ont réussi à se mettre d’accord que sur un aspect, dégradé, de cette fonction uniquement pour les missions militaires. La nuance n’est pas que grammaticale : une mission n’a pas de pouvoir exécutif là où une opération a un pouvoir exécutif. C’est-à-dire la possibilité d’utiliser la force, en substitution de l’autorité nationale, ce en vertu d’un mandat de l’ONU (sous le chapitre VII de la Charte des Nations-Unies)".

Une feuille de route précipitée par le risque de désengagement américain

"La concordance entre la victoire surprise du candidat populiste à la Maison Blanche et ce 'grand pas en avant', 'ce jour important', pour la défense européenne n'est que fortuite, ont assuré plusieurs ministres de l'UE, en marge d'une réunion qui associait les 28 ministres des Affaires étrangères et leurs collègues de la Défense" [L'Express avec l'AFP]. L'hebdomadaire cite notamment le ministre de la Défense français, Jean-Yves Le Drian, pour qui "l'autonomie stratégique de l'Europe s'impose quels que soient les présidents des Etats-Unis (...). Ce n'est pas en trois jours qu'on aurait pu faire ça".

Les dénégations des signataires de l'accord peinent néanmoins à convaincre. "Pour bon nombre de responsables européens, Donald Trump à la Maison-Blanche rime avec urgence à mettre sur pied une politique de défense européenne, pour compenser un probable désengagement américain du Vieux-Continent", note La Croix. De nombreux responsables politiques européens voient dans l'élection de Donald Trump l'urgence à construire une réelle Europe de la défense.

"C’est un électrochoc qui doit pousser l’Europe à s’unir et à faire émerger un vrai leadership européen, pour assurer enfin sa propre sécurité et prendre toute sa place sur la scène internationale", considère Françoise Grossetête, eurodéputé du Parti populaire européen (PPE, droite). De même, Guy Verhofstadt, président du groupe des libéraux-démocrates au Parlement européen, évoque "un signal d’alarme" pour une "Europe [qui] ne peut plus retarder la mise en place d’une Communauté européenne de la défense" [Les Echos].

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