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Débat de l'entre-deux-tours : les candidats s'affrontent sur l'Europe

Revue de presse 04.05.2017

Les deux candidats à la présidentielle se sont affrontés hier soir lors d'un débat en direct diffusé sur TF1 et France 2. La confrontation, qui a duré près de deux heures et demie, a été le théâtre d'échanges tendus, presque "violents". Au cœur de ce duel, les deux finalistes ont pu témoigner de leurs visions irréconciliables de l'Europe.

Emmanuel Macron - Marine Le Pen

Deux visions antagonistes de l'Europe

"Dès les premières minutes du débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, l'Europe a été présente dans les propos des deux candidats", affirme Le Huffington Post. Les candidats ont en effet eu l'occasion d'exposer leurs visions irréconciliables de l'Union européenne lors du débat.

"Interrogée sur sa vision de l’Europe, Marine Le Pen a appelé à ce que l’Union européenne laisse sa place 'à l’alliance européenne des nations libres et souveraines'"  [RFI]. S'affranchissant des traités et de la législation en vigueur en France et dans l'Union européenne, Mme Le Pen affirme vouloir "restaurer la supériorité des lois supérieures aux directives européennes imposées, selon elle, par des commissaires 'dont personne ne connaît ni le nom ni le visage'". Elle propose également de "donner la priorité aux entreprises françaises dans les marchés publics, ce qui constituerait une infraction aux règles de libre accès des entreprises de l'Union européenne aux marchés publics", note Le Huffington Post.

De son côté, Emmanuel Macron a rejeté "l'esprit de défaite", de son adversaire vis-à-vis de l'UE, qualifiant ses propositions de "sortie de l'Histoire" [Les Echos]. "Je ne veux pas du nationalisme que vous portez. Le protectionnisme et l’isolationnisme, c'est votre projet, le repli et la guerre avec l’autre on l’a connu pendant des siècles, on l’a payé", a martelé le candidat d’En Marche. "Je suis contre tout ce qu’a dit Marine Le Pen, c’est un projet mortifère et dangereux", a-t-il ajouté [RFI].

Sur le thème du terrorisme et de la sécurité, Emmanuel Macron n'a pas manqué de rappeler à la députée européenne qu'elle avait été "contre toutes les réformes proposées par l'Union européenne pour lutter contre le terrorisme" [Le Huffington Post]. Sur le même thème, le candidat d'"En Marche" a de son côté réclamé "une plus grande coopération entre les Etats membres de l'Union européenne."

"Votre Union européenne, c'est 9 milliards d'euros par an", a asséné la candidate frontiste pour présenter le financement de son programme. Chiffre qu'Emmanuel Macron réfute, ce que corrobore FranceInfo, le montant de la participation nette de la France au budget de l'Europe s'élevant à peu près à 6 milliards d’euros, si on inclut les ressources propres de l'UE.

Alors qu'Emmanuel Macron a réitéré son souhait de "réformer rapidement la directive des travailleurs détachés avec le principe "même salaire pour le même travail", Marine Le Pen propose de maîtriser la politique commerciale de l'Europe en dénonçant les accords tels que CETA et le TAFTA [Le Huffington Post]. Accusant en outre l'union bancaire de ponctionner dans l'épargne des consommateurs, Marine Le Pen a de nouveau joué avec la réalité, estime Le Monde. Pour éviter la faillite, les banques peuvent effectivement se tourner vers les dépôts de leurs clients, mais uniquement après que les actionnaires et les créanciers aient payé et seulement si leur épargne dépasse 100 000€, "montant qui sécurise de fait la quasi-totalité des contribuables français. Il faudrait donc au contraire dire que l’union bancaire les protège".

Euro, ECU, franc ?

L'euro, abordé en première partie du débat, est resté le point de crispation principal entre les deux candidats. "Les revirements récents de la candidate du front national justifiait que le débat s'oriente à un moment sur l'euro", estime en effet Marie Viennot sur France Culture.

Pour la candidate FN, "l'euro, c'est la monnaie des banquiers", elle souhaite donc "s'arracher" de la monnaie unique et passer à une monnaie nationale [Europe 1]. "Marine Le Pen a fait référence au système qui était en place avant l'euro en 2002, le serpent monétaire européen, l'ECU... mais au bout de quelques échanges, elle a remplacé ECU par EURO dans son discours, alors que l'ECU n'était pas une monnaie, mais une unité de compte qui ne s'échangeait pas sur les marchés internationaux", rappelle France Culture. Mise en difficulté par Emmanuel Macron lui demandant des précisions "à propos de son euro, devenu valeur d’échange entre banques centrales et multinationales, elle ose : 'A la limite, cela ne regarde pas les Français'", note L'Obs.

Aux propositions de sa concurrente, Emmanuel Macron répond : "Une grande entreprise ne pourra pas payer en euros d'un côté et payer ses salariés de l'autre en francs. Ça n'a jamais existé, Madame Le Pen. C'est du grand n'importe quoi" [France Inter]. Le candidat défend de son côté la monnaie unique avec vigueur.  "Ma vision c'est de construire un euro fort et une politique européenne forte et dans laquelle nous défendrons les intérêts de la France. (...) Je suis le candidat d'une France forte dans une Europe qui protège. (...) Beaucoup de pays s'en sortent très bien dans l'euro. Ce que vous proposez, c'est la guerre des monnaies", a-t-il affirmé, cité par Les Echos.

"Un échange d'insultes" selon la presse européenne

La presse européenne reste choquée par la violence du débat. Les grands titres de la presse britannique parlent ainsi de "Marine Le Pen et Emmanuel Macron qui s'insultent lors d'un débat télévisé" [The Guardian], ou "d'insultes qui ont volé", pour The Times, qui ajoute qu'Emmanuel Macron et Marine Le Pen "se sont accusés réciproquement de mensonge, de cynisme et d'arrogance". The Telegraph considère pour sa part que "Marine Le Pen et Emmanuel Macron [ont été] tous les deux offensifs". Lorsque The Independent décrit Marine Le Pen comme "la grande prêtresse de la peur" et estime que "Macron remporte la véhémente confrontation finale".

En Allemagne, même son de cloche. Alors que Die Zeit estime que "Le Pen a fait du Trump", Bild s'exclame "2 heures 30 d'insultes !" et Die Welt, fataliste, titre : "Un débat qui a déraillé dès la première minute". Les titres italiens Corriere della Sera et Repubblica notent également les "insultes" du duel.

En Espagne, El Pais s'étonne d'avoir "vu très peu de fois un combat dialectique d’une telle intensité dans un débat électoral". La Vanguardia évoque quant à elle un débat "intense et stérile".

La Tribune de Genève, en Suisse, estime que " Marine Le Pen se disqualifie par ses ricanements et ses erreurs" et ajoute que "l’Europe devait être au centre de cet échange, mais la forme a pris le dessus. Marine Le Pen s'est caractérisée par son agressivité et sa confusion". En Belgique, le politologue Pascal Delwit regrette dans Le Vif d'avoir "assisté à un débat d'un faible niveau où des questions importantes, comme l'écologie ou les classes moyennes, ont à peine été évoquées" et estime que les "explications sur une éventuelle sortie de l'euro et à un retour à une monnaie commune, [de Marine Le Pen] étaient absolument surréalistes".

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