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Crise des migrants : l'ONU dénonce, les migrants manifestent

Revue de presse 31.03.2016

L'accord UE-Turquie conclu la semaine dernière entre les dirigeants européens et le gouvernement d'Ahmet Davutoglu devait permettre d'observer une chute importante des arrivées de migrants en Grèce, dissuadés par la mesure visant à les rapatrier vers la Turquie puis plus tard vers les pays d'accueil européens. Malheureusement les traversées illégales de la mer Egée ont repris après une brève pause et la situation en Grèce devient chaque jour plus électrique.

Ban Ki-Moon

L'ONU réclame plus d'efforts de la part des pays européens

Mercredi se tenait à Genève une réunion d'importance autour du secrétaire général des Nations unies Ban Ki-Moon puisqu'elle devait discuter de la répartition des réfugiés syriens dans les pays d'accueil. Mais "seulement une petite dizaine de ministres avaient fait le déplacement" pour entendre Ban Ki-Moon demander à ce que "450 000 Syriens, soit 10% des 4,8 millions de réfugiés et déplacés, trouvent un pays d'accueil d'ici à 2018". Pas sûr qu'il ait été très entendu : "seuls l'Italie, la Suède et l'Australie ont promis mercredi de réinstaller de nouveaux réfugiés"[Les Echos].

Les chiffres sont alarmants. Les Echos rappellent qu'en début de semaine, "une étude publiée par l'ONC Oxfam a souligné que les pays développés n'avaient relocalisés que 1,39% des réfugiés syriens, soit 67 100 personnes. La Grande-Bretagne, la France, les Pays-Bas, les Etats-Unis sont pointés du doigt pour ne pas prendre leur juste part".  A l'inverse, les pays voisins de la Syrie – le Liban, la Jordanie et la Turquie – comptent 5 millions de réfugiés sur leur sol.

Le haut-commissaire aux réfugiés de l'ONU, Filippo Grandi, s'est aussi montré critique envers l'Europe : "Nous ne pouvons pas répondre à une crise de réfugiés globale en fermant des portes et en dressant des barrières. La crise doit être gérée de manière plus humaine, plus équitable et organisée" [24 Heures].

Ce qui préoccupe davantage les dirigeants européens, c'est la mise en place de l'accord passé avec la Turquie, qui prévoit que pour chaque Syrien renvoyé sur le territoire turc, un autre soit acheminé vers un pays d'accueil en Europe. L'annonce de cet accord devait dissuader les réfugiés de tenter leur chance en traversant illégalement la mer Egée vers la Grèce. Or il n'en est rien, bien au contraire. "Entre mardi et mercredi, 766 arrivées ont été enregistrées dont 569 à Lesbos, principale porte d'entrée de migrants en Europe. Les jours précédents, le nombre d'arrivées variait entre quelque dizaines et 260" rapporte Le Point.

The Telegraph, qui titre en outre que "l'accord UE-Turquie est rude pour les migrants, mais l'alternative c'est le chaos", a interrogé Sara Tesorieri d'Oxfam qui dénonce l'aspect immoral de l'accord : "les dirigeants turcs et européens ont produit un accord qui non seulement ne respecte pas l'esprit des lois internationales et européennes, mais qui revient à faire du commerce d'êtres humains contre des concessions politiques".

Des détails techniques empêchent pour l'instant la mise en place de l'accord, fixée au 4 avril prochain. D'abord, il faut modifier la législation grecque en matière de droit d'asile ce qui sera fait dans les prochains jours, vendredi selon El Diario espagnol. Ce n'est qu'après cette modification que les renforts du service d'asile pourront être dépêchés sur place [RFI].

Les migrants dans les rues d'Athènes contre l'accord avec la Turquie

En Grèce justement, l'ambiance est électrique. "Près d'un millier de personnes, selon la police, dont des centaines de migrants, surtout des Afghans, ont manifesté mercredi soir à Athènes pour réclamer l'ouverture des frontières et dénoncer les conditions misérables de leur séjour en Grèce" [Le Point]. Les migrants étaient accompagnés par des militants des droits de l'Homme, des groupes de soutien et des syndicats de gauche.

RFI rapporte l'indignation d'une enseignante grecque à propos du texte de loi qui modifie le droit d'asile grec : "nous pensons qu'il est honteux parce qu'il invalide les droits humains basiques, mais aussi la convention de Genève, à partir du moment où les gens sont traités comme des chiffres, où ils sont séparés selon leurs nationalités, où la Turquie est considérée comme un pays sûr où on peut les renvoyer".

Un migrant afghan, qui ne peut pas faire partie du plan de relocalisation réservé aux Syriens et aux Irakiens, rappelle les raisons de sa présence en Grèce : “nous ne demandons rien au gouvernement grec, il a suffisamment de problèmes. L‘économique grecque est en berne. Nous demandons au monde, aux grands pays, de nous ouvrir leurs frontières. Nous ne sommes pas ici pour l’argent. Nous voulons un endroit sûr, un lieu en paix sur la planète" [Euronews].

Car les migrants sont effectivement bloqués sur le sol grec depuis la fermeture de la frontière avec la Macédoine et la "route des Balkans" au début du mois de mars. On dénombre 51 000 migrants en Grèce, dont 5 800 au port du Pirée à Athènes et 11 300 dans le camp d'Idoméni, près de la Macédoine. C'est dans ce camp, indique Le Monde, que des violences ont éclaté entre les migrants et la police lorsque celle-ci a voulu dégager l'accès à une voie ferrée.

"La fermeture des frontières a provoqué le désespoir de centaines de migrants et de réfugiés actuellement bloqués en Grèce. Ils demandent à l’Union européenne de ne pas appliquer son accord avec la Turquie pour qu’ils puissent continuer leur périple en Europe", conclut Euronews.