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Corps européen de garde-frontières : Bruxelles espère limiter les répercussions de la crise migratoire sur l’avenir de l’Europe

Revue de presse 07.10.2016

Ce jeudi 6 octobre a été inaugurée la nouvelle agence de garde-frontières de l’Union européenne à la frontière bulgaro-turque. Extension du mandat de Frontex, cette initiative de Bruxelles correspond à un triple objectif : sauver l’espace Schengen, restaurer la cohésion entre Etats membres et contrôler plus efficacement les frontières extérieures de l’Union européenne.

Corps européen de gardes-frontières

Un renforcement des moyens propres à l’UE dans la gestion de la crise migratoire

L’Agence européenne de garde-côtes et de garde-frontières (EBCG) remplace Frontex, "qui a fait la preuve de son insuffisance l'année dernière" [Les Echos]. Les effectifs de la nouvelle agence représenteront plus du double par rapport à la précédente, explique le quotidien économique : 1 000 personnes en 2020 contre à peine 417 aujourd’hui. Sa force résidera également dans sa réserve de garde-frontières, qui atteindra au minimum 1 500 personnes. De plus, son budget sera bien plus conséquent que l’actuel : d’un montant de 250 millions d’euros aujourd’hui, il devrait passer à 322 millions en 2020, expliquent Les Echos. De même, "l'agence devrait pouvoir profiter de moyens techniques qui lui sont propres (des véhicules de patrouilles, de surveillance aérienne ou encore de surveillance informatique). Jusqu'à présent, les fonctionnaires de Frontex devaient adresser des demandes de contributions aux Etats membres, souvent peu pressés d'y répondre" [France Info].

Le mandat de l’EBCG lui attribue par ailleurs des compétences bien plus étendues que l’ancienne agence Frontex, rapporte France Info. Chargée d’une veille permanente aux frontières extérieures de l’UE, le nouveau corps de garde-frontières pourra intervenir, sur décision du Conseil de l’UE, dans un pays débordé par un flux massif de migrants. Si les autorités du pays concerné le refusent, les Etats voisins auront la possibilité de réintroduire des frontières à l’intérieur de l’espace Schengen. Les agents de l’EBCG auront accès aux données policières et pourront contrôler l’identité des personnes entrant sur le territoire de l’Union, explique le média, ressortissants de l’UE y compris. Enfin, leur mandat leur permettra d’expulser les personnes dont la demande d’asile aura été refusée.

Une réponse de l’UE à la crise migratoire afin de retrouver une certaine sérénité dans les relations entre Etats membres

Projet entamé au plus fort de la crise des réfugiés en 2015, il n’aura fallu qu’un an à la Commission européenne pour mettre sur pied l’agence. "Un délai anormalement court pour un projet européen", note Le Monde. Un "empressement", qui "n’est pas totalement étranger au revirement de l’Allemagne, dont la chancelière, ébranlée par des défaites électorales, insiste désormais sur la nécessité d’accords pour le renvoi rapide des déboutés du droit d’asile et une lutte vigoureuse contre l’immigration clandestine".

Les pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, Slovaquie et République tchèque) étaient par ailleurs absolument déterminés à mettre en place le projet, souligne le journal. C’est pourquoi, lors d’une récente réunion avec Angela Merkel à Vienne : "les dirigeants d’une série de pays se sont mis d’accord, au-delà de leurs habituelles divergences politiques, sur la nécessité d’un renforcement des contrôles aux frontières extérieures, afin de diminuer le nombre d’arrivées de migrants et d’éviter une nouvelle crise, potentiellement destructrice pour une Europe dont l’unité est rudement mise à mal".

Le quotidien espagnol El Mundo va dans le même sens que Le Monde, estimant que si l'idée d'un corps européen de garde-frontières semble ambitieuse, c’est en réalité une révision très à la baisse de la proposition initiale de la Commission européenne qui prévoyait il y a un an la mise en place d'un système obligatoire de quotas de réfugiés répartis entre Etats membres.

Un échec de l’agence fragiliserait encore plus l’UE

"Frontex s’est attirée une très mauvaise publicité, surtout en Europe de l’Est. Les Etats-membres ont très bien réussi à faire en sorte que les critiques se dirigent vers une agence qui paraît technocratique, basée à Varsovie et qu’on ne connaît pas, estime la chercheuse Sarah Wolff [spécialiste de la politique migratoire européenne enseignant à la Queen Mary University de Londres]. C’est un bouc émissaire très utile lorsque les Etats ne veulent pas faire face à leurs responsabilités" [RFI]. Un risque face auquel la nouvelle agence n’est en aucun cas protégée, conduisant le média à qualifier cette initiative européenne de "pari de Bruxelles".

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