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Contre-manifestation en Catalogne : des drapeaux espagnols par milliers à Barcelone

Revue de presse 09.10.2017

Dimanche 8 octobre, plusieurs centaines de milliers de personnes provenant de Catalogne et de toute l'Espagne ont manifesté leur opposition à la sécession de la région espagnole. Ce défilé intervient alors que mardi 10 octobre, le président de l'exécutif régional pourrait déclarer l'indépendance devant le Parlement catalan.

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Unes d'El Pais (à gauche), quotidien de centre-gauche et de La Vanguardia (à droite), quotidien régional catalan.

"Des slogans aux antipodes"

Hier, dimanche 8 octobre, dans une ville plus habituée à accueillir des manifestions indépendantistes, "350 000 [manifestants] selon la police municipale, 900 000 selon les organisateurs […] ont rempli les principales artères de [Barcelone] pour manifester contre l’indépendance et le gouvernement de Carles Puigdemont" [Le Monde]. Selon le quotidien, ce défilé a "été convoqué par l’organisation anti-indépendantiste, Société civile catalane, soutenue par les conservateurs du Parti populaire et les centristes de Ciudadanos. Les socialistes, sans y participer officiellement, ont appelé leurs militants à les rejoindre". D'après Franceinfo "toute l'Espagne était venue grossir les rangs, les billets de train pour Barcelone se sont vendus en quelques heures. Des Espagnols de France sont même venus vivre cette journée".

"L'ambiance [a été] bon enfant comme au lendemain d'une victoire de l'équipe nationale de football", indique par ailleurs Franceinfo. Libération explique que ce sont "les mêmes rues. Les mêmes couleurs. Mais des slogans aux antipodes" de ceux scandés ces dernières semaines par les indépendantistes. "'Vive la police ! Vive la Guardia civil !'", pouvait-on ainsi entendre hier à Barcelone. Isabelle Piquier, envoyée spéciale du Monde, rapporte pour sa part que les slogans sont allés de "l’Espagne unie ne sera jamais vaincue" à "Puigdemont en prison", en passant par "Vive la Catalogne".

Selon Libération "plus qu’un éventuel nationalisme espagnol […] c’est la crainte d’une décadence économique qui semble fédérer les opposants". Certains d'entre eux, comme l'écrivain naturalisé espagnol Mario Vargas Llosa et l'ancien président du Parlement européen Josep Borell, qui se sont exprimés depuis une tribune devant la foule et ont d'ailleurs formulé "des paroles très dures envers les indépendantistes" [Le Monde].

Pressions politiques et économiques

Cette manifestation des anti-séparatistes s'est tenue alors que le président du gouvernement catalan Carles Puigdemont est attendu demain devant le Parlement catalan pour "rendre compte de la situation politique actuelle" [El País]. Le Point explique que "le dirigeant sécessionniste de la Catalogne a laissé entendre qu'il allait déclarer l'indépendance si Madrid refusait une médiation". La coordinatrice générale du Parti démocrate européen catalan (parti de M. Puigdemont), Marta Pascal, a en outre affirmé à la BBC que "le dirigeant catalan optera pour une 'déclaration symbolique'" de sécession [El País].

Face à la possibilité d'une déclaration d'indépendance, le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a réclamé que "la menace de déclaration d'indépendance soit retirée le plus rapidement possible" [Le Point]. Selon un autre article de El País, "l'exécutif [espagnol] étudie depuis des mois tout l'arsenal légal dont dispose l'Etat". Le Point explique que Mariano Rajoy pourrait activer l'article 155 de la Constitution, qui retirerait son autonomie à la région.

A cette pression du gouvernement s'ajoute une pression économique. Les entreprises établies en Catalogne craignent, selon El País, la sécession de la communauté autonome et certaines commencent à transférer leur siège social dans d'autres villes d'Espagne. Le quotidien espagnol ironise ainsi en expliquant qu'il y a une semaine, dans l'Ibex 35, l'équivalent madrilène du CAC 40, "il y avait 6 entreprises catalanes et très possiblement il finira par n'y en avoir qu'une seule aujourd'hui".

Alors que la "majorité silencieuse" s'est exprimée hier, le journal catalan La Vanguardia s'interroge également sur les conséquences électorales, en Catalogne, des récents événements. Pour le quotidien, "loin de provoquer un tremblement de terre" la crise catalane ne porterait pas préjudice à la coalition indépendantiste au pouvoir en Catalogne, qui pourrait même légèrement progresser. Cependant, le journal souligne que la coalition des forces indépendantistes, comme c'est le cas actuellement, ne serait pas assurée et qu'elle sera tributaire de l'issue "du drame politique que vit la Catalogne".