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Conseil européen sur les migrants : une "position commune" mais pas de texte

Revue de presse 18.03.2016

Après des négociations qui ont duré jusque tard dans la nuit, les dirigeants des 28 Etats membres de l'Union européenne se sont mis d'accord sur une "position commune" à présenter aujourd'hui au Premier ministre turc Ahmet Davutoglu. Ce rendez-vous va s'avérer compliqué, tant les contreparties proposées par la Turquie en vue de réintégrer les migrants coincés en Grèce on fait débat depuis dix jours au sein des dirigeants européens.

Tusk

Une position commune et des lignes rouges  

"A défaut d’accord formel, les dirigeants européens ont arrêté une position commune sur les propositions qu’ils doivent faire à la Turquie" annonce Le Monde. "La formule mesurée traduit les difficultés des Vingt-Huit à trouver un terrain d’entente entre eux sur le cadre précis des discussions avec Ankara".

Cette position doit présenter l'avis des dirigeants de l'UE concernant les concessions demandées par la Turquie en échange de la réintégration des migrants bloqués en Grèce. Ces concessions sont nombreuses et font débat : exemption de visa pour les Turcs en voyage dans l'UE, trois milliards d'euros en plus pour gérer l'afflux de personnes sur son territoire et surtout la réouverture des chapitres de négociation en vue de l'entrée de la Turquie dans l'UE.

La position commune risque toutefois de ne pas satisfaire toutes les demandes turques. C'est ce que l'on peut croire au vue de la réaction du président François Hollande suite à quatre heures de discussions : "Je ne peux pas vous garantir qu'il y aura une conclusion heureuse. On est en bonne voie, mais on n’est pas encore arrivés" [Le Monde]. Son homologue lituanienne se montre également très réservée : "le projet est très compliqué, sera difficile à mettre en œuvre et se trouve à la limite du droit international " a déclaré Dalia Grybauskaité [El Pais].

De son côté, la chancelière Angela Merkel, à l'initiative du plan, est plus positive : "L'atmosphère a été très constructive. Nous sommes tous d'accord pour orienter tous nos efforts sur la façon de parvenir à un accord avec la Turquie", cite Der Spiegel.

"La fin de visas imposés aux Turcs qui viennent en Europe moins de 90 jours reste officiellement programmée pour la fin juin", explique Le Figaro. Néanmoins, la Turquie devra d'ici là respecter une série de 72 critères techniques si elle veut voir cette mesure effectivement appliquée, critères qu'Ankara "a peu de chance de remplir dans les quatre mois", d'autant plus que le président français s'est montré intransigeant : "tous devront être respectés". Pour l'instant, "sur les 72 critères de sécurité fixés par l’Europe, la Turquie n’en respecte pleinement que dix, et serait en passe d’en valider 26 autres" [Le Monde].

"Rien n'a filtré en revanche concernant l'ouverture de nouveaux chapitres d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne", indique RFI. Si la République de Chypre, en froid diplomatique avec la Turquie depuis les années 1970, s'est montré très réservée sur la question, "elle a pour la première fois évoqué, jeudi, la possibilité d'un compromis", rapporte France TV Info, mais son président a également menacé d' "opposer son véto au pacte Merkel-Davutoglu tout entier" [Le Figaro].

L'absence de texte à proprement parler a bousculé l'ordre du jour de ce vendredi. Alors que le Premier ministre turc devait s'entretenir avec l'ensemble des dirigeants européens ce matin, il est reçu au préalable par "trois intermédiaires chargés de déminer le terrain : Donald Tusk, président du Conseil européen, Jean-Claude Juncker, patron de la commission et Mark Rutte, et le Premier ministre néerlandais (son pays assure la présidence tournante de l'Union européenne)" [Le Figaro].

Résoudre le conflit syrien et condamner les atteintes turques aux droits de l'Homme

"La question des droits de l’Homme et de la liberté de la presse pourrait également embarrasser les négociateurs" explique Le Monde. Ces derniers jours, le pouvoir turc a en effet intensifié ses bombardements sur le Kurdistan irakien et mis sous tutelle plusieurs journaux trop critiques envers la politique gouvernementale. " Il s’est produit en Turquie un attentat qui a fait de nombreuses victimes, mais si l’on peut comprendre que la Turquie veuille se protéger du terrorisme, il ne peut pas être accepté des entorses aux droits de l’homme et aux droits de la presse", a déclaré François Hollande.

Des préoccupations auxquelles les dirigeants turcs répondent différemment : si le Premier ministre Davutoglu a déclaré ce matin que "la question des réfugiés n'a rien à voir avec la négociation, c'est plutôt une question de valeurs, des valeurs à la fois humanitaires et européennes", le président Erdogan a quant à lui lancé un avertissement : Que l'Europe "prenne conscience de ses limites, avant de dire à la Turquie ce qu'il faut faire sur les migrants" [La Repubblica].

Le président français a également tenu à replacer ces négociations dans leur contexte : "Même s'il y avait cet accord, […] si on ne règle pas la source des difficultés, c'est à dire l'origine même des mouvements de populations ; si on n'a pas la négociation sur l'avenir de la Syrie qui permet d'avoir enfin la transition politique, on aura toujours des mouvements de population " rapporte RFI. C'est donc un processus en plusieurs parties sur la durée qui s'engage.

C'est dans la soirée ou au cours de la nuit que doit se terminer cette rencontre UE-Turquie, et que l'on saura si les Turcs ont réussi à obtenir des Européens le maximum de concessions en leur faveur.