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Conseil européen post-Brexit à Bruxelles alors que le camp du "leave" perd en crédibilité à Londres

Revue de presse 28.06.2016

C'est une journée chargée dans l'UE post-référendum. David Cameron rencontre pour la première fois les autres dirigeants européens lors d'un sommet à Bruxelles ce matin. Mais ceux qui attendent le déclenchement de la procédure officielle de sortie de l'UE par le Premier ministre risquent d'être déçus, ce dernier ayant annoncé qu'elle serait activée par son successeur. Dans le même temps, le chaos politique outre-Manche se poursuit avec le sentiment que le camp vainqueur ferme les yeux sur les responsabilités qui lui incombent désormais.

Renzi Merkel Hollande Cameron

Berlin, Paris et Rome veulent une "nouvelle impulsion" pour l'Europe

Dans une rencontre qui s'apparente à un préambule au Sommet européen des 28 et 29 juin à Bruxelles, la chancelière Angela Merkel, le Premier ministre Matteo Renzi et le président François Hollande se sont retrouvés lundi soir à Berlin "pour établir leur stratégie post-Brexit, avec la ferme intention de ne pas laisser traîner les modalités de divorce". Les trois dirigeants ont souhaité afficher un front commun, celui de la fermeté. Londres doit respecter son calendrier en déclenchant l'article 50 du traité sur l'Union européenne si elle souhaite engager des négociations sur un statut post-Brexit [France Inter].

Il s'agit aussi de regarder vers l'avenir. François Hollande a jugé qu'il ne fallait pas perdre de temps "pour la nouvelle impulsion que nous voulons donner à l'Union européenne à 27". Au menu, la mise en avant de dossiers prioritaires : sécurité, économie et jeunesse. Côté allemand, la chancelière a semblé jouer la prudence depuis quelques jours en se détachant des discours appelant au déclenchement immédiat de l'article 50. "Je n'ai ni de frein, ni d'accélérateur" a-t-elle expliqué en marge du mini-sommet. Son chef de cabinet a même déclaré que Londres "devrait avoir la possibilité de revenir sur les conséquences d'une sortie" [Les Echos].

Les trois dirigeants sont aujourd'hui réunis avec leurs homologues européens pour un sommet de deux jours à Bruxelles. "Le dîner du mardi sera dédié au Brexit avec les 'explications' du Premier ministre britannique David Cameron", relate Le Point, qui cite un diplomate européen : "quelques principes devraient ressortir de cette discussion : prendre acte du résultat du référendum, insister sur le fait que dans cette situation le traité de Lisbonne définit un cadre juridique ordonné " – autrement dit, l'article 50.

Puis le lendemain, Donald Tusk, président du Conseil européen, réunira les 27 dirigeants – sans M. Cameron – "afin de discuter des conséquences de la séparation britannique et de l'avenir des relations avec le Royaume-Uni". The Independent estime que cet ultime sommet sera pour le Premier ministre un Conseil "gênant" alors qu'il s'apprête à "laisser le Royaume-Uni et l'UE dans les limbes pendant deux mois".

A Londres, on ne veut (plus) se précipiter

Le temps semble s'être suspendu chez les partisans du Brexit, qui ont vu avec surprise la victoire de leur camp la semaine dernière. Boris Johnson semble même complètement en dehors des réalités lorsqu'il affirme dans son habituelle tribune dans le Telegraph que la livre sterling se porte bien – elle s'effondre depuis trois jours – et que le Royaume-Uni "continuera à avoir accès au marché unique". Au sujet de la sortie effective de son pays de l'UE, celui qui scandait "take back control" – reprenez le contrôle, le slogan de sa campagne pro-Brexit - affirme désormais que "rien ne presse".

Sur ce point, la chancelière Angela Merkel, qui s'exprimait devant le Parlement européen ce matin, a affirmé que l'accès au marché unique était réservé aux Etats acceptant les quatre libertés de circulation : des personnes, des biens et services et des capitaux. Pas de marché unique à la carte, donc [The Guardian].

En vérité, "il ne s’attendait pas à la victoire et a accusé le choc, surtout quand il a réalisé que M. Cameron allait lui laisser la responsabilité de déclencher la procédure de sortie" explique Le Monde. L'ex-maire de Londres est en effet un sérieux prétendant à la succession de David Cameron au poste de Premier ministre.

C'est probablement la raison pour laquelle M. Johnson a tendu la main aux millions de Britanniques qui auraient voulu se maintenir dans l'UE. "Nous devons accepter que le verdict n’était pas écrasant. Plus de 16 millions de personnes voulaient se maintenir (dans l’UE). Ce sont nos voisins, nos frères et nos sœurs, qui ont fait ce qu’ils croyaient passionnément être juste. Dans une démocratie, les majorités décident mais tout le monde est de valeur égale". Le ton devient presque europhile : "Je ne peux trop rappeler combien le Royaume-Uni fait partie de l’Europe, et en fera toujours partie" [La Libre].

Un manque de préparation qui se dévoile de plus en plus ces derniers jours, alimenté par des déclarations inquiétantes de personnalités pro-Brexit. Ian Duncan-Smith, ancien ministre, a fait jasé sur Twitter en affirmant : "Nous ne nous sommes pas engagés. Nous avons seulement fait une série de promesses qui étaient des possibilités". Dans le même temps, Chris Grayling, proche de Boris Johnson interrogé par la BBC, affirmait à demi-mot "commencer à constituer une équipe pour réfléchir à [leur] position afin d'être prêts quand les discussions commenceront" [Le Monde].

Le camp vaincu du "remain" a donc sauté sur l'occasion, le ministre des Finances George Osborne affirmant que le gouvernement actuel possède "des plans d'urgence élaborés pour assurer la stabilité financière du Brexit". "Nous avons passé du temps à préparer ces plans" a-t-il ajouté en pique au camp "leave", et a affirmé que "ce n'était pas de la responsabilité de ceux qui souhaitaient rester dans l'UE d'expliquer le plan à suivre si nous votions pour sortir de l'UE" [The Guardian].

Retombées économiques, crise chez les travaillistes et Euro exit

Autre gros titre dans le feuilleton dense du Brexit : "l'agence de notation Standard & Poor's a retiré lundi au Royaume-Uni sa précieuse note AAA (la plus haute), qu'elle lui attribuait depuis un demi-siècle et lui permettait d'emprunter à des taux avantageux sur les marchés". Même réaction chez l'agence Fitch qui évoque en plus des perspectives négatives, et donc un nouvel abaissement possible [Le Point].

Enfin, la déflagration causée par le Brexit a également atteint le Parti travailliste. Son leader, Jeremy Corbyn, va en effet faire face à un vote de confiance des députés de son parti. Il s'agit du dernier épisode d'un feuilleton qui a commencé vendredi soir avec le renvoi d'Hilary Benn du cabinet fantôme, suivi par la démission en chaîne de 20 membres de ce gouvernement de l'opposition. Accusé en interne de ne pas avoir assez milité pour un maintien dans l'UE, le leader du Labour a toutefois annoncé qu'il ne démissionnerait pas [Le Point].

A cela il faut ajouter l'élimination symbolique de l'Angleterre de l'Euro de football face à l'Islande hier soir, qui n'aura pas consolé les supporters pro-européens outre-Manche.