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Conseil européen : accord sur la défense, division sur les migrations

Revue de presse 15.12.2017

Réunis à Bruxelles pour un Conseil européen (14 et 15 décembre), les chefs d'État et de gouvernement ont pu afficher leur unité en adoptant des conclusions communes sur l'Europe de la défense. En revanche, les questions migratoires continuent de les diviser.

Table ronde du Conseil européen - crédits : Conseil européen (14 décembre 2017)

Débat houleux sur les quotas de réfugiés

Donald Tusk, le président du Conseil européen, a mis "le feu aux poudres" [Le Figaro], jeudi 14 décembre, en déclarant que les tentatives de l'UE pour imposer les quotas de réfugiés étaient une source de "division" et "inefficaces" [Politico] – ce qui a offensé la Commission européenne. M. Tusk a cependant également tenté de "jeter les bases d'un dialogue plus apaisé sur cette question épidermique" [Les Échos] et "hautement émotionnelle" [Politico]. Ceci dans l'optique de "dépasser l'idée des quotas de réfugiés pour élaborer une stratégie plus large, où la solidarité européenne pourrait s'exprimer d'une manière différente", observent Les Échos.

La politique européenne d'immigration et d'asile

Les quotas ont été décidés à l'automne 2015 "au plus chaud de la crise des réfugiés syriens", rappelle Le Figaro, afin de répartir dans les États membres les migrants qui arrivaient sur les côtes italiennes et grecques. Depuis, la politique migratoire n'a eu de cesse de diviser radicalement les Européens. En témoigne donc le dîner de jeudi soir consacré à ce débat.

Du côté du groupe de Višegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie), on refuse toujours d'accueillir des réfugiés. Les nouveaux chefs des gouvernements polonais et tchèque conservent cette ligne dure : pour Andrej Babiš, Premier ministre tchèque, les quotas "n'ont pas d'avenir" [Le Figaro]. Le groupe de Višegrad préfèrerait "offrir une assistance financière et opérationnelle pour faire face à la crise des réfugiés plutôt que de les accueillir", explique Politico, proposant ainsi un chèque de 35 millions d'euros à l'Italie. Un geste qui "ne change rien à nos divergences", a répondu Paolo Gentiloni, le Premier ministre italien, cité par Le Figaro.

Qu'est-ce que le groupe de Visegrád ?

Angela Merkel martèle pour sa part qu'il "ne peut y avoir de solidarité sélective entre les membres de l'UE". Autrement dit, "chacun des Vingt-Sept devra prendre sa part de migrants et de réfugiés lors de la prochaine crise", traduit Le Figaro. Une position partagée par le Premier ministre belge Charles Michel, cité par Les Échos : "l'Europe n'est pas simplement un bancontact [une carte bancaire belge, NDLR] quand on en a besoin". En bref, après un débat qui s'est terminé dans la nuit, "les positions n'ont pas bougé" [Le Figaro], a constaté la chancelière allemande et le fossé sur ce sujet "reste béant" [Les Échos]. Mais Donald Tusk a le "mérite d'avoir lancé un débat de fond qui n'a que trop tardé", en conclut Le Figaro.

Le Conseil européen

Lancement "historique" de l'Europe de la défense

Les dirigeants européens ont toutefois évoqué leur entente "extraordinaire" – selon les mots de Donald Tusk, cité par Le Monde, s'agissant du "vrai lancement de l'Europe de la défense". Le président du Conseil européen présentant même cette avancée comme un "grand moment dans l'histoire de l'UE" [Politico]

Accord de 23 Etats pour avancer vers l'Europe de la défense

Cette Europe de la défense se déclinera dans un premier temps par une "coopération structurée permanente" (PESCO), qui prévoit "qu’un certain nombre de pays s’engageront à aller de l’avant et à prendre des engagements contraignants dans le domaine des investissements, des déploiements de troupes, (…) etc.", explique Le Monde. La France dirigera par exemple deux projets [Politico], tandis qu'un pays comme la Belgique portera la mise en œuvre d'un "drone sous-marin ultra sophistiqué pour protéger contre le danger des mines, navires, ports (…)", relate Le Soir.

25 des 28 pays européens participeront à la PESCO – Malte et le Danemark n'ont pas signé, de même que le Royaume-Uni, sur le départ. Ce qui apparaît pour certains comme "l'Europe a plusieurs vitesses en action" [Politico], est perçu par Federico Santopinto (du Groupe de recherche sur la paix et la sécurité) comme un projet potentiellement "dépourvu d'ambition et d'âme politique" [Le Monde]. Car il rassemble les pays de l'Est qui jugent "que leur défense doit être surtout assurée par l'OTAN", explique le quotidien.

Cette coopération sera liée au lancement d'un fonds européen de défense, opérationnel en 2019, qui devrait "contribuer à l'autonomie de la défense européenne", par le soutien à l'industrie de la défense via "des cofinancements ou des achats en commun" [Le Monde].

Theresa May, applaudie

Enfin, les dirigeants de l'UE ont "applaudi jeudi la Première ministre britannique Theresa May pour le travail accompli jusqu’à présent sur le Brexit", rapporte Le Temps, alors que Mme May a dû faire face hier à camouflet de la part de Westminster, qui a obtenu de pouvoir se prononcer formellement sur le Brexit. Les Vingt-Sept doivent aujourd'hui, vendredi 15 décembre, "donner leur feu vert à la deuxième étape des négociations du Brexit" [Euronews], qui consisteront à discuter de la future relation entre le Royaume-Uni et l'UE.

Brexit : Westminster aura son mot à dire

Les dirigeants européens seraient également enclins à ouvrir "dès janvier la négociation sur une période de transition après la séparation, prévue fin mars 2019", avance Le Temps. Cependant, les discussions autour de la future relation commerciale devront attendre le mois de mars pour débuter, car "les Européens veulent en effet y voir plus clair dans les intentions britanniques avant de révéler leur position", poursuit le quotidien suisse. La Première ministre britannique avait fait part de sa volonté d'accéder à un "partenariat approfondi et spécial" avec l'UE, sans proposer plus de détails.

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