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Commission européenne : la nomination de Martin Selmayr continue de susciter la polémique

Revue de presse 12.03.2018

En session plénière, les députés européens débattent, aujourd'hui lundi 12 mars, de la nomination du nouveau secrétaire général de la Commission européenne, Martin Selmayr. En effet, la promotion de ce proche de Jean-Claude Juncker n'aurait pas respecté la procédure en vigueur d'après une partie du Parlement européen.  

Jean-Claude Juncker et Martin selmayr

À gauche : le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. À droite : le nouveau Secrétaire général de la Commission, Martin Selmayr - Crédits : Union européenne

"La promotion fait polémique" résume Europe 1. Alors qu'il était chef de cabinet du président de la Commission européenne, Martin Selmayr s'est vu propulsé à la "tête de la fonction publique européenne" [RFI]. Or plusieurs irrégularités ont mis le feu aux poudres, la controverse portant "essentiellement sur les conditions de la promotion éclair" qui s'est effectuée, indique Europe 1, "dans le secret". Pour le New York Times également, il s'agirait ici d'un "coup d'Etat bureaucratique".

Commission européenne : nomination controversée de Martin Selmayr au poste de secrétaire général

Préoccupation du Parlement

Europe 1 rapporte ainsi que "les groupes EELV (écologistes) et GUE (gauche radicale) ont exprimé de sérieuses préoccupations quant à l'application correcte des règles de procédure" concernant cette nomination. Par conséquent, note RFI, "la session plénière mensuelle du Parlement européen s’ouvre sur une note étrange", et plusieurs groupes politiques du Parlement européen ont demandé un débat, "qui promet d’être animé". Les eurodéputés s'interrogent en effet sur la transparence de l'ensemble du processus de nomination.

Les dernières tentatives du porte-parole de la Commission pour dégonfler la polémique n'ont à cet égard pas convaincu les journalistes qui sont allés "jusqu'à déclencher des échanges houleux lors des points presse quotidiens", d'ordinaire feutrés [Europe 1]. L'assurance que la procédure a été "religieusement respectée" n'aura ainsi pas convaincu les journalistes [New York Times].

"Candidature bidon"

Jean Quatremer, dans Libération, ne mâche pas ses mots : "c’est officiel : la Commission a menti à la presse" martèle-t-il sur son blog. Ce dernier relate l'irrégularité de l'appel d'offres pour le poste :  "Alexander Winterstein, le porte-parole adjoint de la Commission, a affirmé qu’il y avait 'plusieurs candidats' au poste de secrétaire général". Sous la pression des journalistes, il a précisé "moins de quatre" et enfin "deux". Sachant que la deuxième candidature est celle de "Clara Martinez, la cheffe adjointe de cabinet de Selmayr". Pour Libération, pas de doute, "il s’agissait d’une candidature bidon". D'autant plus qu'Alexander Winterstein a "confirmé que le second candidat a retiré sa candidature avant la fin de la procédure". Une position que partage la BBC, pour qui Martin Selmayr a effectivement eu un "chemin dégagé" pour obtenir le poste.

Dans ce contexte de tension, "la députée libérale néerlandaise Sophie In't Veld proposera, au nom de l'Alliance des libéraux et démocrates européens (ALDE), la saisine de la médiatrice de l'UE, l'Irlandaise Emily O'Reilly". Le rôle du Médiateur européen est d'enquêter "sur les plaintes pour mauvaise administration déposées contre des institutions ou organes de l'Union européenne", rappelle Libération. Et pour RFI, "cela sonne comme une quasi-motion de défiance envers la Commission européenne".

Vives tensions entre le Parlement et la Commission

Libération indique en outre que les relations entre le Parlement et la Commission risquent de se tendre encore davantage car "le président Juncker ne se rendra pas auprès du Parlement pour s'expliquer".  C'est "Günther Oettinger, son commissaire chargé de l’administration, qui a été placé devant le fait accompli", et cela sonne comme "un mépris affiché qui pourrait indisposer le Parlement". 

Cet événement arrive d'ailleurs à point nommé pour "les groupes politiques qui flairent la bonne affaire à un an des élections européennes". En effet, "M.Juncker étant membre du PPE, l’affaiblir ferait les affaires du groupe socialiste qui risque d’être ramené à la portion congrue en 2019" [Libération]. Dans le cadre des logiques politiciennes, "le calcul est à peu près le même pour tous les autres groupes, qui n’ont aucun cadeau à faire au PPE".

Acide, Christian Lequesne, professeur à Sciences Po interrogé par le New York Times, ajoute qu'il s'agit d'une "excellente nouvelle" pour tous les eurosceptiques. Pour lui, l'Europe n'a évidemment pas "besoin de ce genre de polémique" alors qu'elle est déjà contestée dans de nombreux Etats membres.

Pour se préserver, "le seul moyen pour M. Juncker d’éteindre le feu serait de sacrifier M. Selmayr. Il n’en prend pas le chemin". Mais le président de la Commission, comme le rappelle Europe 1, ne cesse de rappeler "qu'indubitablement M. Selmayr a toutes les qualifications requises pour le poste". Certains députés réclament la démission du nouveau secrétaire général.