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Charlie Hebdo : Turquie et Russie entre censure et théorie du complot

Revue de presse 15.01.2015

Un seul journal turc a osé publier la Une de Charlie Hebdo, malgré l'interdiction par la justice de ce pays "laïc". En Russie, c'est l'autocensure qui est de mise, par peur des représailles. Les deux pays ont pourtant envoyé des représentants participer à la marche républicaine du 11 janvier à Paris…

Censure des journaux et d'Internet

"La Turquie n’aura pas attendu longtemps", commente Libération : un tribunal a ordonné le blocage des sites internet qui publient la Une de Charlie Hebdo. "Cumhuriyet («La République»), l’un des plus anciens quotidiens turcs et fervent défenseur de la laïcité, a lui bravé les menaces", explique le site du quotidien. Libération ajoute que "la police a tenté d’empêcher dans la nuit la distribution du quotidien, sans succès".

"Cumhuriyet est jusqu'à présent le seul journal à avoir diffusé ces dessins dans le monde musulman, où pressions et menaces se multiplient", note Ouest France. Toutefois, "le journal devait initialement publier l'intégralité du nouveau numéro, mais s'est finalement contenté, après un vif débat interne, d'un encart de quatre pages, conscient des risques de représailles", rapporte le site du quotidien. Ouest France rappelle que "la Turquie est régulièrement placée aux derniers rangs mondiaux dans les classements sur le respect de la liberté d'expression publiés par les ONG de défense de la presse".

Le Monde souligne que "la vindicte des gardiens de l’islam sunnite contre les libres penseurs ne date pas d’hier". Le site du quotidien rappelle l'incendie criminel du 2 juillet 1993, à l'encontre d'artistes. "37 personnes (…) périrent dans les flammes après avoir été empêchés de sortir par la foule déchaînée", venue exprimer sa rage "à l'appel des partis islamistes". "En 2012, l’affaire fut classée sans suite, pour la plus grande satisfaction des avocats des fauteurs de trouble de Sivas, dont certains, devenus ministres ou députés, ont effectué depuis une ascension vertigineuse au sein de l’AKP", affirme Le Monde.

"Dans le même temps, le Haut-Conseil de la radio et de la télévision (RTÜK), gendarme des médias, a adressé à tous les organes de presse, ainsi qu'à Twitter et Facebook, une décision de justice les menaçant de poursuites en cas de diffusion de documents qui, selon ceux qui les ont publiés, prouvent que le gouvernement islamo-conservateur a bien livré des armes à certains groupes islamistes rebelles syriens", signale Le Monde. Le site du quotidien rappelle la "vague d'arrestations importante contre des médias de l'opposition à l'initiative du président Recep Tayyip Erdogan, dont le rédacteur en chef de l'un des principaux quotidiens du pays, Zaman [et] le président de la chaîne de télévision Samanyolu". Sans compter le blocage temporaire des réseaux Twitter et Youtube par le gouvernement "pour empêcher la propagation d'accusations de corruption visant l'entourage du président".

Autre phénomène inquiétant : l'influence des théoriciens du complot. Challenges constate que "la Turquie et la Russie font partie des pays où ces théories du complot sont le plus en vogue". Pour le président turc, Recep Tayyip Erdogan, "il s'agit d'un 'complot' dans la manière qu'ont eu 'les Occidentaux' de relater et d'expliquer ces attaques", rapporte le site de l'hebdomadaire. Côté russe, "politologues et politiciens continuent de défiler sur les plateaux pour expliquer que globalement la France ne fait que récolter ce qu’elle a semé, qu’elle avait failli à l’intégration de ses musulmans, qui sont d’ailleurs beaucoup trop nombreux, les poussant aujourd’hui au jihad par sa politique au Proche-Orient", explique Libération. "La chaîne de propagande pro-Kremlin Lifenews et le quotidien non moins loyal Komsomolskaya Pravda s’interrogent quant à eux sur le rôle des Américains dans les attentats parisiens…", alors qu'aucun journal "n’a suivi l’appel de Mikhail Khodorkovsky, exilé en Suisse, à publier des caricatures du prophète en signe de solidarité", constate le site du quotidien.

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