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CETA : après la signature du nouveau traité, l'inquiétude domine en Europe

Revue de presse 02.11.2016

Après de lourds désaccords venus de Belgique et portés par le ministre-président de la Wallonie, Paul Magnette, l’Union européenne et le Canada ont finalement signé dimanche 30 octobre à Bruxelles l’accord de libre-échange CETA. Le texte, qui pour entrer en vigueur de façon provisoire doit encore être ratifié par le Parlement européen et le parlement canadien, continue à faire débat. Les médias pointent du doigt la fragilité institutionnelle de l'appareil européen et analysent les arguments des partisans et des opposants au nouveau traité.

De gauche à droite : Jean-Claude Juncker, Justin Trudeau et Donald Tusk

Une adoption complexe qui devrait laisser des traces

Après bien des péripéties, le traité de libre-échange a donc été finalement signé dimanche entre l'Union européenne et le Canada, mais pour la plupart des médias, "tout n'est pas fini pour autant. On peut même dire que le plus dur commence" [franceinfo].

Le texte du CETA doit maintenant être ratifié par le Parlement européen, sans doute au début de 2017, pour une mise en œuvre provisoire et partielle. Puis, les assemblées, nationales ou régionales des Etats membres devront se prononcer. "Une ratification qui pourrait prendre de longues années, et susciter de nouvelles controverses politiques dans les différents Etats membres de l’UE" [Le Monde].

Et le psychodrame de ces derniers jours a bel et bien abîmé l'image de l'Europe, déjà mal en point. Dans son éditorial, Gabriel Gressillon, correspondant des Echos à Bruxelles explique pourquoi "le Ceta [est le] nouveau révélateur des fragilités européennes". Pour le journaliste, si l'appareil européen "ne révise pas son mode de fonctionnement et n'assume pas plus sa fonction politique, ce dernier court le risque d'une totale inertie (…). L'honneur est sauf, mais l'épisode, c'est certain, va laisser des traces".

Comme un pavé dans la mare, les derniers propos du commissaire européen à l'Economie numérique Günther Ottinger n'arrangent pas la Commission européenne. Dans un discours prononcé le 26 octobre dernier, le commissaire a qualifié "la Wallonie [de] micro-Région gérée par des communistes qui bloque l’Europe" et a également déclaré que  les ministres chinois étaient "peignés de gauche à droite avec du cirage noir". Des propos repris depuis plusieurs jours par les médias et qui suscitent de nombreuses réactions. Le commissaire assure pour sa part qu'il s'agit d'une "déclaration bâclée" mais sa candidature au poste de commissaire chargé du Budget pour remplacer la Bulgare Kristalina Georgieva pourrait être remise en cause [Le Point]. Le président du Parti socialiste Elio Di Rupo a écrit une lettre au président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker pour lui faire part de son mécontentement quant aux propos tenus par le commissaire européen [La Libre].

Tribunaux d'arbitrage, agriculture, suppression des droits de douane : quels dangers ?

Toute la semaine, Le Monde et le site allemand Correctiv se plongent dans les 2000 pages de l'accord commercial CETA, pour tenter de décrypter le contenu et mesurer si les craintes de ses opposants sont fondées ou non. Après un point sur les tribunaux d'arbitrage qui, malgré de réels progrès dans les négociations, ne sont toujours pas des cours publiques, les deux médias proposent un zoom sur "les craintes et opportunités suscitées par le traité en matière agricole" [Le Monde]. Une analyse selon laquelle, par exemple, le bœuf aux hormones et les OGM ne seraient pas autorisés en Europe avec le nouveau traité. 

L'agriculture et le CETA, un sujet notamment qui fait grincer des dents Yannick Jadot, dont la voix parmi celles qui s’opposent à l’accord du CETA semble porter plus que d'autres [Le Monde]. Dans un discours d'une minute prononcé au Parlement européen contre le nouveau traité, l'eurodéputé en tête du premier tour de la primaire écologiste a dépassé le million de vues sur son compte Facebook.

Le journal dresse la liste des opposants et des partisans au traité et note que le sujet devrait aussi figurer parmi les débats en vue de l’élection présidentielle en France [Le Monde]. Dans une tribune publiée par Ouest France, Marc Humbert, professeur d'économie politique à l'université de Rennes 1, rappelle quant à lui que le CETA ne garantit pas un retour à une forte croissance pour l'Europe.

Pendant ce temps en Allemagne, "la signature de l’accord avec le Canada suscite l’espoir des pro-TTIP", explique Euractiv qui publie un article du journal allemand Der Tagesspiegel.