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Catalogne : vers une déclaration d'indépendance ?

Revue de presse 06.10.2017

Tandis que les milieux économiques sont de plus en plus préoccupés à l'idée d'une indépendance de la Catalogne, le dialogue entre Madrid et Barcelone reste inexistant. La Cour constitutionnelle espagnole a suspendu par avance une séance du Parlement catalan de lundi, craignant de voir l'indépendance de la région proclamée. Le président catalan pourrait finalement s'y rendre mardi.

Unes de El País et de La Vanguardia

Unes de El País et de La Vanguardia

Suspension de séance

Jeudi 5 octobre, "alors que l’Espagne vit sa pire crise depuis le retour de la démocratie, la Cour constitutionnelle espagnole […] suspend […] une séance du Parlement régional prévue lundi au cours de laquelle ils envisageaient de déclarer l’indépendance", résume Libération. En effet, le Parti Socialiste de Catalogne, opposé à l'indépendance, a demandé à la Cour Constitutionnelle d'agir pour empêcher "une violation de la Constitution et une 'destruction' des 'droits des députés'", explique El Pais.

Toutefois, cette déclaration unilatérale d'indépendance "n’a pas été inscrite officiellement à l’ordre du jour" de la séance plénière, rapporte Courrier international. Pour l’instant, les indépendantistes "ont demandé à Carles Puigdemont de comparaître (…) devant le Parlement autonome", pour annoncer les résultats officiels du référendum et ses conséquences. Mais ceux-ci "sont divisés sur la tactique à adopter" : l'extrême-gauche de la CUP veut "que ce jour-là le Parlement déclare l’indépendance quoiqu’il arrive” alors qu'“une partie de PDeCAT [parti de C. Puigdemont] est partisane d’introduire une clause qui reporte l’entrée en vigueur de l’indépendance, voire de la suspendre si l’État accepte de négocier” [Courrier international]. Suite à la décision de la Cour, Carles Puigdemont a finalement demandé à comparaître mardi afin "d'informer sur la situation politique actuelle", selon La Vanguardia.

Appel au dialogue refusé par Madrid

En effet, "Carles Puigdemont a insisté sur sa demande de médiation […] dans le bras de fer engagé" [Courrier international]. Mais, malgré la prise de position de la Cour constitutionnelle, ce dernier "s’est dit déterminé à engager le processus menant à l’indépendance dès lundi (…) si Madrid n’accepte pas de négocier le principe d’un référendum légal", relate Le Monde. Cela "ouvrirait alors un processus participatif de six mois, comme le prévoit la loi de 'déconnexion' approuvée au début de septembre, le temps d’élire une Assemblée constituante qui serait chargée de rédiger une Constitution" [Le Monde].

La position de Madrid reste pour le moment inchangée : "Si M. Puigdemont veut négocier […] il sait parfaitement ce qu’il a à faire : retrouver le chemin de la loi, qu’il n’aurait jamais dû quitter" , a lancé la vice-présidente du gouvernement Soraya Saenz de Santamaria dans El Pais. "Le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, a […] appelé les dirigeants catalans à 'revenir dans la légalité', dans un entretien avec l’agence de presse espagnole EFE", rapporte enfin Le Monde.

De ce fait, "si elle veut proclamer son indépendance, la Catalogne devra passer outre une nouvelle décision de justice", souligne Le Monde. Auquel cas, "la réponse du gouvernement espagnol pourrait être particulièrement cinglante, allant jusqu’à une suspension de l’autonomie de la région pour en prendre directement les rênes". Une réaction qui, pour la présidente du Parlement catalan Carme Forcadell, "ne ferait qu’élargir le soutien aux indépendantistes".

Les milieux économiques préoccupés

En conséquence, et tandis que les agences de notations financières Fitch et S&P Global Ratings commencent à revoir la note de la dette espagnole, "cet horizon bouché […] fait dévisser le cours en bourse des grands établissements bancaires catalans mercredi", observe Le Monde. Préoccupés, les milieux économiques catalans font effectivement peser une pression croissante sur les indépendantistes, tandis que les marchés financiers commencent à sanctionner les banques. L'action de Banco de Sabadell "s'était effondrée de 6% mercredi", rapporte Le Temps. La cinquième banque espagnole a par conséquent "décidé jeudi soir de déménager son siège social hors de Catalogne, plus précisément à Alicante" [Le Temps], dans la région voisine de Valence. Et la première banque catalane, CaixaBank, "réunit vendredi son conseil d'administration pour décider elle aussi d'un éventuel changement de siège social", explique L'Express. El Mundo évoque quant à lui "un transfert provisoire à Palma, dans les îles Baléares".

La crainte principale des banques installées en Catalogne est en effet de "se retrouver hors de la zone euro, ce qui leur ferait perdre leur accès au financement de la Banque centrale européenne" [L'Express]. Elles s'alarment également face à l'hypothèse d'un 'bank run' (retrait massif des dépôts par les clients), selon Le Temps. Les chefs d'entreprise catalans ont également fait part de leur "préoccupation maximale", rapporte L'Express.  

Face à ces craintes, Madrid entend faciliter, via une modification réglementaire, "le changement de siège social des entreprises sans avoir à passer par la validation de l'assemblée générale des actionnaires", selon La Vanguardia.

"Pas membre de l'Union européenne"

Par conséquent, "il n’est pas impossible qu’une partie des indépendantistes réalise les conséquences immédiates de l’indépendance : sortir de l’UE – ce qu’ils ne veulent pas – et les risques pour l’économie catalane", explique Courrier international. Pierre Moscovici, commissaire européen aux Affaires économiques, a confirmé que "la Catalogne indépendante ne serait pas membre de l’Union européenne", rapporte Libération. Il a ajouté que "l’Union européenne ne connaît qu’un Etat membre qui est l’Espagne". Enfin, tout en "plaidant pour le dialogue et l'apaisement" [Libération], le commissaire a confirmé que l'Union européenne ne souhaitait pas s'interposer dans le cette "affaire douloureuse", qui doit être "réglée par les Espagnols."

Nathalie Loiseau, ministre française chargée des Affaires européennes, a réaffirmé la position du gouvernement français sur France Info : "il faut appeler au dialogue" sans "mettre d'huile sur le feu : ne rien faire, ne rien dire qui complique une situation que nous n'allons pas régler à la place des Espagnols".

Enfin, du côté des députés européens, "tous […] se rejoignent sur une mise en garde commune résumée par le chef de file des socialistes : 'Une déclaration d'indépendance serait une provocation qui conduirait au désastre'" [France 3].