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Catalogne : Mariano Rajoy cherche à profiter de la division des indépendantistes

Revue de presse 13.11.2017

Dimanche 12 novembre, au lendemain d'une mobilisation massive des indépendantistes catalans, le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, s'est rendu à Barcelone afin de soutenir la campagne de son parti, le Parti populaire, en amont des élections régionales du 21 décembre.

Mariano Rajoy lors de son allocution devant le Partido Popular de Catalogne dimanche 12 novembre à Barcelone

Mariano Rajoy lors de son allocution devant le Partido Popular de Catalogne dimanche 12 novembre à Barcelone - Crédits : Mariano Rajoy Brey (Twitter)

Appel à la "majorité silencieuse"

"Au cœur du conflit catalan, le chef du gouvernement poursuit sa stratégie offensive", écrit Le Temps (Suisse). Mariano Rajoy, "bête noire des indépendantistes" [La Croix], s'est effectivement rendu dimanche 12 novembre à Barcelone, "pour la première fois depuis que la région a été mise sous tutelle", notamment en ce qui concerne les finances, la police, l'enseignement et la santé [France Culture]. Il a tenté de convaincre les Catalans de la "majorité silencieuse" – les anti-indépendance – d'aller voter en faveur du candidat du Parti populaire (PP, conservateur), Xavier Garcia Albiol, lors des élections régionales du 21 décembre. Selon les mots de M. Rajoy, un vote massif des "Catalans réduits au silence (par les séparatistes)" serait une façon de "récupérer la normalité démocratique et le vivre ensemble" [Le Temps].

"M. Rajoy a lui-même convoqué ce scrutin après avoir destitué le gouvernement séparatiste de Carles Puigdemont et dissous le Parlement régional", rappelle La Croix. Cette stratégie se déploie autour d'un double objectif : "en finir rapidement avec l’activation de l’article 155, qui contribue à donner une image autoritariste du pays (…) et obliger les forces séparatistes à revenir sur le chemin de la légalité", analyse Le Temps.

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21 décembre : des élections cruciales

Le président du gouvernement espagnol semble avoir choisi le bon moment pour venir à Barcelone. "Réputé pour son attentisme légendaire, [il] a cette fois-ci montré qu’il avait la poigne d’un leader", selon France Culture. Il dispose cependant de plusieurs arguments pour lui faciliter la tâche, poursuit la chaîne de radio. D'une part, il possède le "soutien indéfectible de tous les États membres de l’UE" [France Culture]. D'autre part, selon un sondage publié par El Paìs (Espagne), dimanche, "69% des Catalans (…) soutien[nent] sa décision de convoquer des élections régionales" [Le Monde]. D'autant plus que "les Catalans seraient, par ailleurs, de moins en moins nombreux à croire encore à l'indépendance de leur région", explique France Culture. Pour Le Temps, l'action de M. Rajoy en Catalogne serait même de nature à "faire oublier les affaires de corruption qui éclaboussent" son parti depuis des mois.

Cependant, bien que les Catalans soient favorables à la tenue d'élections, ils sont également 69% à désapprouver la gestion de la crise en Catalogne par le gouvernement espagnol, selon le même sondage d'El Paìs. En outre, alors que le PP est particulièrement peu plébiscité en Catalogne (8,5% des voix aux dernières élections régionales), "les sondages prédisent un score très serré entre les partisans de l'indépendance, qui avaient obtenu 47,8% des voix en 2015, et ceux d'une Catalogne espagnole" [La Croix]. De fait, outre le Parti populaire, de nombreuses autres formations politiques défendent l'unité de l'Espagne, dont le Parti socialiste espagnol.

Les élections du 21 décembre sont donc aussi cruciales qu'incertaines. Si les partisans de l'unité de l'Espagne l'emportent, alors les leaders séparatistes "n’auront d’autre choix que de reconnaître leur échec et devront reporter aux calendes grecques leur défi indépendantiste", analyse Le Temps. A l'inverse, si les séparatistes conservent la majorité, "il y a fort à parier qu’[ils] maintiendront le bras de fer avec Madrid".

"Liberté pour les prisonniers politiques"

La venue de M. Rajoy à Barcelone intervient également "au lendemain d’une manifestation à Barcelone réclamant la libération d’une dizaine de dirigeants séparatistes" [Le Monde], "dont huit anciens membres du gouvernement catalan destitué" [Courrier international]. Ils avaient été incarcérés le 2 novembre "dans des enquêtes pour 'rébellion' et 'sédition'", rappelle Le Monde. La veille de la mobilisation, vendredi 10 novembre, la présidente indépendantiste du Parlement catalan, Carme Forcadell, avait été libérée sous caution.

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Cette manifestation du 11 novembre a rassemblé environ 750 000 personnes qui scandaient par exemple "liberté pour les prisonniers politiques", d'après la police municipale. Une "marée humaine appelant à la liberté des prisonniers", titre pour sa part El Periodico, quotidien catalan cité par Courrier international. Si cette mobilisation "devait servir de test pour le mouvement indépendantiste avant [l]es élections" [Le Point], elle démontre que de la capacité de mobilisation des puissantes associations indépendantistes (Assemblée nationale catalane et Omnium cultural) reste forte, selon Le Monde.

Fortes dissensions chez les séparatistes

Toutefois, même si le mouvement indépendantiste n'a "rien perdu (…) de son pouvoir de mobilisation lorsqu'il s'agit de dénoncer l'autoritarisme de Madrid", les divisions du camp sécessionniste apparaissent "plus évidentes que jamais", observe France Culture.

Les séparatistes n'ont en effet pas réussi à "présenter une coalition en prévision des prochaines élections", relate Le Point. Tandis que les huit ministres catalans qui doivent préparer leur "stratégie électorale derrière les barreaux" n'apprécient qu'à moitié le départ de Carles Puigdemont, le président du gouvernement catalan, vers la Belgique [Le Temps] où il attend la décision de la justice belge de l'extrader ou non vers l'Espagne.

Dans le même temps, Carme Forcadell et plusieurs députés du Parlement catalan ont, lors de leur audition devant la justice, "'renoncé à toute activité politique future', ou dans le cas où ils poursuivraient leur carrière, 'renoncé à tout acte hors du cadre constitutionnel'" [Le Point]. Des propos qui "pourraient fâcher une partie du camp indépendantiste", poursuit l'hebdomadaire.