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Catalogne : manifestation massive des anti-indépendantistes

Revue de presse 30.10.2017

Dimanche 29 octobre, plusieurs centaines de milliers d'anti-indépendantistes ont manifesté dans les rues de Barcelone. En effet, vendredi 27 octobre, alors que le gouvernement espagnol a annoncé la mise sous tutelle de la Catalogne et l'organisation d'élections régionales en décembre, le Parlement catalan a unilatéralement proclamé l'indépendance de la région.

Manifestation pour l'unité de l'Espagne le 30 octobre à Barcelone

Manifestation pour l'unité de l'Espagne le 30 octobre à Barcelone - Crédits : Ciudadanos (Facebook)

Manifestation anti-indépendance

"La grande avenue du Passeig de Gracia où s’est déroulée la manifestation était noire de monde dimanche après-midi", selon RFI. Dès 10h30, les partisans de l'unité de l'Espagne étaient nombreux dans les rues de Barcelone à clamer des slogans tels que "Puigdemont en prison", sous "une forêt de drapeaux espagnols, catalans et européens" [Le Monde].

Selon la police municipale, le nombre de manifestants s'élevait à 300 000, "tandis que la Société civile catalane, l’association organisatrice, a chiffré la participation à 1,1 million de personnes", note Le Monde. "Des ordres de grandeur comparables au 8 octobre", poursuit le quotidien, en référence à la première manifestation des anti-indépendantistes, une semaine après le référendum du 1er octobre. "C’est un fait majeur, puisque les démonstrations massives dans la rue étaient traditionnellement l’apanage des indépendantistes", observe Libération. Pour El Mundo, quotidien espagnol cité par France Culture, "la manifestation massive et impressionnante organisée hier signe le réveil heureux de la résistance". Toutefois, des manifestants d'extrême-droite ont créé quelques heurts avec la police.

Une scène a été dressée "à l’angle du Passeig de Gràcia et de la Gran Via" [Libération], et sur laquelle se succèdent les orateurs. "Tous les partis anti-indépendance sont représentés" [Libération] et notamment "le Parti socialiste catalan, le parti de centre droit Ciudadanos, et le Parti populaire, la formation de Mariano Rajoy", rapporte RFI. Le socialiste catalan Josep Borrell, ancien président du Parlement européen y dénonce "une 'tragédie historique' causée par les séparatistes", relate Le Monde. "'Votarem, votarem' (nous voterons) scande la foule" [Libération] face à la scène.

Des élections régionales le 21 décembre

Car en effet, c'est une "atmosphère de pré-campagne électorale" [Le Monde] qui était ressentie dimanche. Vendredi 27 octobre, après avoir mis sous tutelle la Catalogne, le gouvernement espagnol a effectivement "annoncé la destitution du président catalan Carles Puigdemont, la dissolution du Parlement régional, ainsi que l'organisation d'élections le 21 décembre", rappelle Le Figaro. Et la Société civile catalane a "appel[é] les Catalans à se rendre massivement aux urnes" [RFI].

Pour les anti-indépendance, "participer au futur scrutin est une évidence" et ces élections sont l'espoir de "rétablir le vivre ensemble", relate Le Monde. Toutefois, "le front commun contre l’indépendantisme n’est pas acquis". La coalition indépendantiste, qui avait obtenu 48% des voix aux régionales de 2015, est donnée "au coude-à-coude" avec les partisans de l'unité, selon "un sondage publié ce dimanche par El Mundo", rapporte Le Figaro. Mais pour le quotidien français, en limitant la mise sous tutelle à la tenue des élections, "M. Rajoy a tendu un piège aux indépendantistes, qui auront du mal à présenter son intervention comme autoritaire". D'autant plus que pour les indépendantistes, ces élections n'ont rien d'une évidence.

Confusion chez les indépendantistes

Samedi 28 octobre, depuis son fief de Gérone, ville catalane située au nord de Barcelone, le président destitué du Parlement catalan dissolu, Carles Puigdemont, s'est exprimé. Après avoir résumé "en trois minutes et trente secondes ce qu'il a appelé 'une journée historique'" [Le Figaro] dans une brève allocution télévisée, M. Puigdemont a appelé à "s'opposer démocratiquement" à la mise sous tutelle de la région. Toutefois, ce message est apparu relativement confus à de nombreux indépendantistes. Pilar Rahola, une analyste politique proche des dirigeants indépendantistes a même prestement écrit sur Twitter : "Pardonnez-moi, mais je n'ai pas compris le sens de la déclaration du président Puigdemont. Où est-on ?", relate Le Figaro.

Censé organiser l'indépendance, Carles Puigdemont a été filmé au restaurant après son allocution : "l’image d’un homme banalement attablé en attendant son repas cadrait mal avec celle du dirigeant qui avait infligé la veille un camouflet jamais vu à la monarchie espagnole", estime Libération. Et bien que le drapeau espagnol ait été enlevé du bâtiment de la délégation du gouvernement régional de Gérone, il "flottait encore [dimanche] sur le siège du gouvernement catalan à Barcelone", rapporte Le Figaro. Car "officiellement, la Catalogne est désormais dirigée par la numéro 2 du gouvernement espagnol, Soraya Saenz de Santamaria" [Le Monde]. "Partisane d’une ligne dure envers la région rebelle" [Le Temps], elle a déjà commencé à organiser la mise sous tutelle : "les photos des ex-membres du gouvernement régional commencent déjà à être décrochées des commissariats", rapporte La Vanguardia.

Et pour les 200 000 fonctionnaires catalans – particulièrement les 150 hauts-fonctionnaires démis de leurs fonctions – la question est désormais de savoir s'ils doivent désobéir à Madrid et se rendre à leurs bureaux, aujourd'hui lundi 30 octobre. De fait, explique le quotidien suisse Le Temps, ils pourraient "être poursuivis pour 'usurpation de fonctions'".

Une société fracturée

Quoi qu'il en soit, pour Francisco Fuentes, envoyé spécial d'Euronews à Barcelone, c'est une semaine intense qui débute ce lundi : "sur le plan politique, les partis indépendantistes de Catalogne vont devoir choisir la stratégie à adopter et sur le plan judiciaire, des poursuites pourraient être engagées à l’encontre de ceux qui ont unilatéralement déclaré l’indépendance". Enfin, "même si les rues de Barcelone ne sont le théâtre d’aucun heurt, d’aucun affrontement ni d’aucun éclat de voix, elles renferment l’incompréhension de deux camps", écrit Le Monde. Pour une manifestante interrogée par le quotidien, "ils seront fracturés pour longtemps".