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Catalogne : le "oui" à l'indépendance l'emporte, l'Espagne plonge dans la crise

Revue de presse 02.10.2017

Dimanche 1er octobre, avec un taux de participation de 42,3%, les Catalans ont répondu "sí" (oui) à 90% (soit 2,02 millions de voix) à la question "voulez-vous que la Catalogne devienne un Etat indépendant sous forme de République ?". Mariano Rajoy, le chef du gouvernement espagnol, a tenté d'empêcher la tenue du scrutin, parfois au prix de la violence.  

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Les Unes de la presse espagnole au lendemain du referendum. A gauche, La Vanguardia (quotidien régional catalan de centre-droit) et à droite, El Mundo (quotidien castillan de centre-droit).

Un chaos prévisible

"Les images sont à la Une de la plupart des journaux et un mot revient, invariablement, celui de 'chaos'", résume France Culture. En effet, des images de violences de la police nationale à l'encontre des Catalans "qui refusaient d'évacuer les centres de vote ou qui manifestaient" [Le Point] ont largement circulé sur les réseaux sociaux, dimanche. Car si "la police locale, les Mossos d’Esquadra, [s'est limité] à constater ce qui se passe" bien qu'elle ait "reçu l’ordre d’évacuer les bureaux de vote mais sans créer d’incidents" [Le Monde], la police nationale a été particulièrement violente. A tel point qu'une délégation de 14 parlementaires britanniques "a déclaré qu'elle portera plainte contre l'Etat espagnol au Tribunal pénal international de La Haye", rapporte Libération.

De nombreuses "évacuations musclées et fermetures des bureaux de vote, charges policières, confiscations des urnes" [RFI] ont amené "844 personnes à solliciter une assistance médicale", rapporte Le Point. Il en va de même pour 33 policiers, "certains ayant essuyé des jets de pierre". Des "hélicos" ont été déployés et des "balles en caoutchouc ont été tirées sur des manifestants qui ne faisaient que voter" [France Inter].

"Certains diront […] que l’équation était inéluctable", écrit France Culture. Tandis que les tensions politiques entre la Generalitat, l'autorité catalane, et le gouvernement de Mariano Rajoy sont allées croissant depuis un mois, la situation d'hier a été une vraie "poudrière" [France Culture]. "Si le Premier ministre espagnol a effectivement empêché que la consultation catalane se tienne normalement, il ne sort pas pour autant gagnant de ce bras de fer", explique l'envoyé spécial du Parisien à Barcelone.

L'échec politique de Rajoy

En effet, "à défaut d'avoir pu gagner la bataille légale, les indépendantistes ont visiblement remporté, hier, la guerre de l'image", analyse France Culture. Même si un média comme El Mundo (quotidien madrilène hostile à l'indépendance) "salue ce matin le travail exemplaire de la police espagnole".

Face à ses images violentes, les représentants politiques du gouvernement espagnol ont justifié les interventions policières par l'illégalité du scrutin. "Qualifiant de 'farce' le scrutin, Madrid a rétorqué que le gouvernement catalan s'était 'comporté de façon absolument irresponsable' ", rapporte Le Parisien. Alors que la numéro 2 du gouvernement, Soraya Saenz de Santamari, citée par le quotidien, a ajouté que "la Generalitat a prétendu abroger la loi et la justice en Catalogne, et avec elle la démocratie".

Car en effet, même si Carles Puigdemont, le chef du gouvernement catalan, a déclaré que "la Catalogne avait gagné le droit à un Etat indépendant" [France Inter], "cette consultation, jugée illégale par la Cour constitutionnelle, n'était assortie d'aucune des garanties nécessaires : aucune commission électorale n'a supervisé l'organisation, le recensement n'était pas transparent, le vote n'était pas secret, etc.", constate Le Point. Mariano Rajoy a ainsi proclamé qu'"il n’y a pas eu de referendum d’autodétermination en Catalogne, aujourd'hui", dénonçant un "simulacre" de consultation [RFI]. Pour Bernard Guetta, sur France Inter, le Premier ministre "n'a pas tort", même s'il "se trompe totalement".

Une cassure en Espagne

De fait, "l'indépendantisme n'a cessé de grandir en Catalogne depuis le début des années 2010, alimenté par la crise économique et l'annulation partielle d'un statut qui conférait à la région de très larges compétences", rappelle Le Point. Mais face à "une telle journée d'affrontement, une cassure s'est effectuée en Espagne", analyse France Inter. "Cette fois, l'indépendantisme catalan s'est radicalisé et il ne sera maintenant pas facile de recoudre les morceaux", poursuit le journaliste Bernard Guetta avant d'expliquer que "la satisfaction affichée par M. Rajoy est extrêmement irritante pour les Catalans".

En effet, "le précédent référendum de 2014 avait donné 80% des voix en faveur de l’indépendance" : le résultat actuel n'est donc "pas très surprenant" mais permet de constater que "la situation s’est radicalisée en Catalogne" [RFI]. Ainsi, "cette confrontation politique est considérée en Espagne comme la pire crise politique vécue par le pays depuis le coup d'Etat militaire avorté de 1981", souligne Le Point.

Dans la presse madrilène, seul El Pais concède "que la défaite [de Rajoy] d'hier est une défaite pour le pays tout entier", rapporte France Culture. La Vanguardia constate également qu'une "incapacité collective à s'attaquer à un problème profond est un échec partagé". La Une d'El Nacional (favorable à l'indépendance) est pour sa part plus directe : "Shame on you, Mr. Rajoy" (honte à vous M. Rajoy) est inscrit en grosses lettres.

L'Union européenne silencieuse

En Europe également, le référendum catalan fait l'actualité. Les réactions des responsables politiques européens sont nombreuses pour déplorer les "violences policières" à l'instar de Jeremy Corbyn, leader du Parti travailliste britannique. D'autres personnalités, comme Guy Verhofstadt, président des libéraux au Parlement européen, ont appelé à une "négociation" [Politico].

Toutefois, de nombreux observateurs regrettent le manque de réaction des institutions européennes : " les appels à l'action depuis l'Union européenne pour calmer la situation sont de plus en plus nombreuses, bien que Bruxelles soit pour l'instant demeurée silencieuse", constate Politico dans sa newsletter quotidienne. "Conscient de la situation de blocage, M. Puigdemont en a appelé à l'Union européenne, l'enjoignant à 'ne plus regarder ailleurs'", rapporte également Le Point.

En effet, selon France Inter, "il est urgent de faire entendre raison à messieurs Rajoy et Puigdemont et peut-être est-ce le rôle des institutions européennes". Les eurodéputés verts ont par ailleurs demandé un débat en urgence à Strasbourg, pour pousser la Commission européenne et le Conseil de l'UE à s'exprimer. Dans un communiqué de presse publié lundi, la Commission européenne a rappelé que la question du référendum est une affaire "intérieure", même si l'institution déplore les débordements : "la violence ne peut jamais être un instrument de la politique", a-t-elle indiqué [La Vanguardia].

Et maintenant ?

Pour l'heure, l'avenir de la Catalogne et de l'Espagne paraît fort incertain. Et ce même si Carles Puigdemont a affirmé que la déclaration d'indépendance de la région serait proclamée dans "les jours qui viennent". Mais si le oui l'a effectivement emporté à 90%, "il est difficile d'imaginer le gouvernement catalan déclarer son indépendance unilatéralement, vu la façon calamiteuse dont s'est déroulé le scrutin", explique Le Parisien. De même, "pour la maire de gauche de Barcelone, Ada Colau, les séparatistes ne pourront pas proclamer 'tous seuls' une indépendance que personne ne leur reconnaîtrait", ce qui nécessiterait quoi qu'il en soit une réforme constitutionnelle puisque "la justice espagnole avait estimé que ce référendum était inconstitutionnel", conclut le quotidien.

Un effet domino est également redouté. A cet égard, Le Temps propose un panorama des mouvements indépendantistes qui ailleurs en Europe sont sur "le qui-vive", comme en Ecosse. Pour Nicola Sturgeon, Première ministre d'Ecosse, bien que "son échec relatif aux élections de juin 2017 [ait] poussé le Scottish national Party à mettre en veilleuse sa demande d’une nouvelle consultation", il est "préoccupant qu'un Etat, quel qu'il soit, puisse dénier le droit d'un peuple à exprimer démocratiquement sa volonté", relate le quotidien suisse.