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Catalogne : le difficile numéro d'équilibriste de Carles Puigdemont

Revue de presse 11.10.2017

Mardi 10 octobre, Carles Puigdemont, président de Catalogne, a déclaré devant le Parlement catalan l'indépendance de la région, tout en suspendant immédiatement le processus afin de laisser la porte ouverte à d'éventuelles négociations avec Madrid. Cette stratégie intermédiaire a toutefois déçu les indépendantistes les plus radicaux et a provoqué la colère des partisans de l'unité de l'Espagne.

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Carles Puigdemont à l'occasion de son discours devant le Parlement de Catalogne, mardi 11 octobre - crédits : Carles Puigdemont (Facebook)

Carles Puigdemont, président de la Catalogne, s'est adressé hier au Parlement catalan dans le but d'évoquer les "conséquences politiques" du référendum qui s'est tenu le 1er octobre dernier, sur l'autodétermination de la Catalogne [RTBF]. Le média belge rapporte que le chef de l'exécutif catalan a insisté sur "la nécessité impérieuse de 'réduire les tensions' dans la région".

Le Monde explique que des milliers de personnes "se sont rassemblées près du Parlement […] pour suivre le discours de M. Puigdemont sur les écrans géants qui retransmettaient les images de TV3", une chaîne de télévision catalane pro-indépendance. La Vanguardia, quotidien catalan, rapporte également que "plus de mille professionnels de l'information", dont 358 étrangers, "avaient sollicité une accréditation au Parlement catalan" pour suivre les débats.

"Un grand écart digne du roi Salomon"

Alors que la tension était à son comble, Carles Puigdemont est alors apparu "curieusement souriant et décontracté compte tenu de la solennité du moment" [Le Temps]. Le discours initialement prévu à 18h a été reporté à 19h, car jusqu'au dernier moment "il y a eu des réunions pour que la CUP [parti de gauche radicale indépendantiste], accept[e] de ne pas rompre l'accord" passé avec la coalition indépendantiste, majoritaire au Parlement catalan [El Mundo].

Carles Puigdemont "a réalisé un grand écart digne du roi Salomon", estime Le Temps, pour qui "il a sans doute prononcé le seul discours possible pour éviter à la fois l’immense frustration des siens […] et en même temps l’épée de Damoclès d’une immédiate réponse autoritariste et sans concessions du pouvoir central à Madrid".

Ainsi, le président catalan a assumé "le mandat du peuple pour que la Catalogne se convertisse en un Etat indépendant sous la forme d'une république" [El Mundo]. Mais, comme l'explique la RTBF, M. Puigdemont a immédiatement proposé de suspendre "les effets d'une déclaration d'indépendance afin de pouvoir entreprendre dans les prochains jours un dialogue".

La Vanguardia rappelle qu'il s'agissait d'une "session 'ordinaire' [du Parlement], au cours de laquelle, suite à l'intervention présidentielle, la parole a été donnée aux groupes parlementaires". Enfin, sous la pression de la CUP, informe El Mundo, les 72 parlementaires indépendantistes se sont réunis pour signer un texte appelant à la constitution d'une "république catalane, comme Etat indépendant, souverain, de droit, démocratique et social'". Une déclaration qui ne devrait toutefois pas être publiée au Journal officiel.

"Déçus, résignés, surpris"

Pour Le Temps, Carles Puigdemont a suivi la voie slovène, qui en se séparant de la Yougoslavie en 1991 "a aussi laissé son indépendance en suspens pour quelques mois, mais qui après l'a rendu effective". Cela n'a pas empêché les indépendantistes de la CUP de parler de "trahison", alors que El Mundo relate que les parlementaires de ce parti "n'ont pas applaudi le discours".

Le Monde décrit les militants indépendantistes après le discours comme "déçus, résignés, surpris". Ces derniers ont cependant "vite essayé de se faire une raison", relate le journal. Une déception relativisée par Le Temps, car pour tous ceux "qui craignaient un embrasement et de violentes altercations, le discours de Carles Puigdemont a certainement provoqué un grand soulagement".

Du côté de Madrid, la numéro 2 du gouvernement Soraya Saenz de Santamaria a déclaré dès hier qu'"il [était] hors de question d’accepter une médiation", alors que selon elle "les autorités catalanes ont 'brisé l’ordre constitutionnel'" [Le Temps]. A cet égard, RFI annonce qu'un conseil des ministres s'est réuni aujourd'hui à Madrid. A 12h Mariano Rajoy s'est exprimé depuis La Moncloa, la résidence officielle du Premier ministre espagnol, où il a demandé au président catalan de "dire s'il a déclaré l'indépendance" [Le Monde]. Le chef du gouvernement espagnol a également dénoncé la "confusion délibérée" de Carles Puigdemont, et "menacé de déclencher la procédure de suspension d'autonomie de la Catalogne" [Le Figaro]. Mariano Rajoy doit en outre s'exprimer devant le Parlement national aujourd'hui.