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Budget : vers une réorientation de la politique de cohésion, colère des pays d'Europe centrale

Revue de presse 30.05.2018

La politique de cohésion de l'Union européenne pourrait bien être remodelée pour la période 2021-2027. Dans une communication dévoilée mardi 29 mai, la Commission européenne plaide pour une augmentation des financements en faveur des pays d'accueil des migrants et de ceux largement touchés par le chômage des jeunes. Des propositions qui pourraient principalement bénéficier aux pays d'Europe du Sud, au détriment de l'Europe centrale.

Budget européen

Photo : iStock - Crédits : MistikaS.

Devant le Parlement européen réuni à Strasbourg, la Commission européenne a dévoilé, mardi 29 mai, ses propositions concernant la répartition des financements versés dans le cadre de la politique de cohésion de l'Union européenne pour la période 2021-2027. Des annonces loin d'être anodines puisque la politique de cohésion est, après la politique agricole, le principal champ d'action de l'Union européenne. Elle vise en effet à réduire les disparités économiques entre les différentes régions européennes.

Les régions et l'Union européenne

A peine annoncées, les propositions de la Commission ont provoqué des remous, particulièrement en Europe centrale. En effet, Boursorama explique que "ces fonds sont [jusqu'à présent] attribués principalement aux pays dont le PIB par habitant est situé sous un certain seuil". Mais l'exécutif européen plaide pour l'intégration de nouveaux critères d'attribution.

Si la proposition de Bruxelles était adoptée, le PIB par habitant resterait le critère prédominant pour l'allocation des fonds (80%) mais les niveaux de chômage et d'éducation des jeunes seraient davantage pris en compte (15%), tout comme les performances en matière d'émissions de gaz à effet de serre (1%), ainsi que l'accueil et l'intégration des migrants (3%) [El Pais, Espagne]. En conséquence, les fonds versés aux pays d'Europe centrale devraient être revus à la baisse, tandis que les pays durement frappés par la crise financière et le chômage verraient leurs financements augmenter.

Les pays du Sud de l'Europe : "grands gagnants" de la nouvelle politique de cohésion

Le journal catalan La Vanguardia note donc que les pays du sud de l'Europe seraient les "grands gagnants" de ce nouveau budget. L'Espagne, troisième bénéficiaire des fonds de cohésion, verrait ainsi ses financements augmenter de 5%.

Un enthousiasme toutefois tempéré par le média européen Politico. Selon le journal en ligne, le projet de la Commission est assorti de conditions. La Commission souhaite "renforcer les liens entre l'octroi de fonds européens et les réformes structurelles et économiques". Pour Politico, cela "ternit un peu l'éclat" des propositions de l'exécutif européen. Une autre critique soulevée par le media est que des pays qui, comme le Portugal, ont souffert des réformes économiques après la crise, et s'en sortent maintenant relativement bien économiquement, ne seraient pas éligibles à une hausse des financements européens.

Résultat "des nouveaux critères d'attribution et de la bonne santé économique des pays de l'Est", ces derniers devraient recevoir une part moins importante des fonds de cohésion, explique Euronews. Le montant réservé à la Hongrie serait ainsi réduit de 24% et celui de la Pologne de 23%, rapporte le EU Observer. "Les pays comme la Slovaquie, les pays baltes ou la Pologne reçoivent moins d'argent dans notre proposition de budget pour la politique de cohésion, parce qu'ils sont devenus plus compétitifs, qu'ils ont grandi économiquement", s'est justifié le commissaire au Budget Günther Oettinger devant les eurodéputés, le 29 mai [Boursorama].

Réduction "inacceptable"

Cette baisse, le gouvernement polonais la juge "inacceptable". Avant même l'annonce officielle, le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki prévenait que dans ces conditions, il n'y aura certainement pas d'accord [Boursorama]. Euronews rapporte que les pays de l'Est de l'Europe voient dans les propositions de Bruxelles une "punition" pour avoir refusé d'accueillir les réfugiés. La Commission européenne a, pour sa part, rétorqué qu'il s'agit d'un "juste retour des choses", notamment pour des pays comme l'Italie ou la Grèce, en première ligne dans la crise migratoire. L'exécutif européen estime également qu'il est trompeur de comparer les fonds disponibles par pays, car les financements sont calculés par région, rapporte le EU Observer.

Le média européen craint toutefois que ces réductions drastiques des fonds, pour des pays qui sont parmi les plus eurocritiques, aient des conséquences politiques. Notamment en exacerbant les tensions entre les pays de l'Est et de l'Ouest de l'UE. "Les gouvernements de Varsovie et de Budapest sont [également] susceptibles de profiter de ce débat pour montrer aux électeurs que l'UE et les pays d'Europe occidentale n'ont pas à cœur les intérêts de l'Est", souligne Politico. Le journal en ligne note que dans de nombreux pays, cette baisse devrait également avoir un impact négatif sur les investissements publics.

Radio Poland relativise toutefois : "malgré les coupes budgétaires, la Pologne reste le principal bénéficiaire de la politique de cohésion". "Lorsqu'on mesure le niveau d'aide par habitant, les pays baltes et l'Europe centrale figurent parmi les plus gros bénéficiaires", abonde le Financial Times. A titre d'exemple, le quotidien économique britannique note que même avec cette nouvelle politique, "la Slovaquie et la Lettonie recevraient encore 300 euros par personne environ au cours de la période 2021-2027, soit trois fois plus que les citoyens italiens".

Négociations tendues

Dernière nouveauté introduite par l'exécutif européen : l'élargissement du nombre de régions considérées "en transition". Jusqu'à présent, cette catégorie était réservée aux régions dont le revenu national brut était compris entre 75 et 90% de la moyenne européenne. La fourchette retenue va désormais de 75 à 100%, rapporte le Financial Times. Cette disposition devrait bénéficier à davantage de régions de pays d'Europe occidentale, au premier rang desquels la France. Ce qui est critiquée par les régions les plus pauvres, explique Politico. De cette manière, la baisse des fonds pour les contributeurs nets au budget européen est contenue. Elle ne serait que de 5,4% selon le média bruxellois.

Ainsi, les tractations futures promettent d'être "tendues", note Boursorama. L'orientation de la politique de cohésion s'inscrit en effet dans le cadre plus large des négociations du prochain cadre financier pluriannuel (CFP) pour 2021-2027, qui établit le budget global de l'Union européenne pour cette période. Début mai, la Commission a présenté ses propositions générales. Et Bruxelles lance, avec la politique de cohésion, une série de communications détaillées par secteur. Les négociations entre États membres, qui devront aussi être approuvée par le Parlement européen, s'étaleront ensuite sur plusieurs mois.

Budget européen : ce que contiennent les propositions de la Commission européenne