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Budget 2017 : La France parviendra-t-elle enfin à respecter la règle des 3 % ?

Revue de presse 28.09.2016

Présenté aujourd'hui en Conseil des ministres, le projet de loi de finances du gouvernement prévoit un déficit budgétaire de 2,7% en 2017. Cette prévision, conforme au Pacte de stabilité et de croissance européen fixant la limite à 3% pour les membres de la zone euro, est jugée "improbable" par le Haut conseil des finances publiques. Tandis que les candidats LR à la primaire de la droite la considèrent fantaisiste… tout en voulant s'affranchir de cette règle européenne.

Michel Sapin

Un budget prévisionnel pour 2017 sérieusement remis en cause

Les chiffres avancés par Bercy sont-ils trop optimistes ? Pour la première fois depuis dix ans, le déficit public devrait repasser l’an prochain sous la barre des 3% du produit intérieur brut (PIB). Mais selon le Haut conseil des finances publiques,"l'hypothèse d'une croissance à 1,5% l'an prochain - base sur laquelle est construit le projet de loi de finances - est 'optimiste'", soulignant que les prévisions des économistes sont plutôt proches de 1,2%, rapportent Les Echos.

L'estimation de la croissance est loin d'être le seul défaut reproché au budget annoncé, qui "pêche du côté des dépenses", analyse Le Figaro. Le site reprend les conclusions du Haut conseil des finances publiques : "Les économies escomptées de futures négociations sur l'assurance-chômage sont jugées 'irréalistes'. De plus, le Haut Conseil s'inquiète des 'incidences possibles' sur le déficit des recapitalisations annoncées d'EDF (4 milliards d'euros) et d'Areva (5 milliards)".

L'article évoque également des manœuvres fiscales, qui rapporteront artificiellement plus à l'Etat en 2017 qu'en 2018, facilitant ainsi la prévision de 2,7% de déficit public. Parmi ces mesures, le crédit d'impôt aux entreprises ne sera versé qu'avec un an de retard en 2018, ce qui permettra à l'Etat d'économiser cinq milliards d'euros en 2017.

"Le Haut Conseil a toujours fait preuve de scepticisme devant les perspectives budgétaires de la France" a rétorqué Michel Sapin, ministre des Finances, ajoutant que les avis de l'institution avaient été "le plus souvent démentis par les faits" [Les Echos (avec l'AFP)]. "Cet engagement, nous le tiendrons. Certains le jugent 'improbable'. Pourtant, nos résultats passés nous confortent dans notre confiance […]. Ce qui était hors d’atteinte fut atteint. Ce qui est improbable sera prouvé", a-t-il également déclaré [Le Monde].

Un budget hautement politique dans le cadre de la campagne présidentielle

La droite n'a pas manqué de faire savoir la sévérité avec laquelle elle juge ces prévisions budgétaires : "'Salades', 'bidon', 'bricolage', 'bidouillage' et autres amabilités, rétorquent les principaux candidats de la droite, lancés dans une primaire interne, qui dénient toute crédibilité à ce budget et s’apprêtent, quant à eux, à recreuser les déficits, en en imputant la faute à l’'héritage' laissé par l’actuelle majorité", note Le Monde.

Comme le souligne le quotidien, si les candidats LR jugent ce budget irréaliste, ils ne comptent pas eux-mêmes respecter la règle des 3% s'ils sont élus à l'issue de l'élection présidentielle de 2017. "Outre les candidats situés à la gauche du gouvernement, comme Arnaud Montebourg, Benoît Hamon ou Jean-Luc Mélenchon, la remise en cause de cet engagement [des 3% de déficit budgétaire] gagne, de façon surprenante, les rangs de la droite.", s'étonne Libération. Le journal estime ainsi qu'au final "tous les candidats de droite sont prêts à fâcher, de nouveau, nos voisins européens. Pour, principalement, rajouter une nouvelle couche de baisse d’impôts aux entreprises… et supprimer l’ISF".

Dans une interview donnée à L'Opinion, le commissaire européen Pierre Moscovici s'est insurgé contre cette prise de position des candidats de droite contre la règle européenne : "Il faut en finir avec cette absurde préférence française pour les déficits ! […] C’est une paresse intellectuelle et politique spécifiquement française, qui consiste à remettre en cause les règles européennes plutôt que de faire les réformes nécessaires en France".

Ce budget officiellement respectueux des règles bruxelloises n'est peut-être qu'une manœuvre politique de la part de la gauche, s'interroge L'Express, qui considère qu'il s'agit "surtout d'un budget testament, qui risque d'être chamboulé après le mois de mai. Que la nouvelle équipe soit de droite ou de gauche". Même son de cloche pour Nicolas Beytout, éditorialiste à L'Opinion : "ce projet de loi de finances est le dernier de ce gouvernement, et probablement le dernier de François Hollande. Aucun de ceux qui ont fabriqué le budget pour 2017 n’aura à l’appliquer jusqu’à son terme. A quoi bon, dans ce cas, s’embarrasser de la vérité, à quoi bon se préoccuper de crédibilité ? Il n’y aura que ceux qui s’inquiètent de la dévalorisation accélérée de la parole publique pour s’en inquiéter", conclut-il amèrement dans son éditorial.

La situation de la France n'est pas un cas unique en Europe, comme en témoigne la demande de Matteo Renzi d'assouplissement du Pacte de stabilité et de croissance, considéré comme "vieux et absurde" par ce dernier, alors que l'Italie a bénéficié d'une "flexibilité sans précédent" selon la Commission européenne [Reuters UK].

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